‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 80 sur 133 · CHAP. XVI. ' LE GENETHLIACUM II L'AVANT · texte numérisé non relu

CHAP. XVI. ' LE GENETHLIACUM II L'AVANT

tous les poèmes latins de Doli t et il n'est jam

JéSUS-Christ et de ses mérites. Mais nous 1 oublier, d'abord, que dans les compositions latines des hommes les plus pieux du siècle, les poèt< cherchaient toujours imiter les anciens et que Deus et Dm sont ordinairement

seules expressions employées en parlant de la Divinité; déplus, comme Née de la Rochelle l'a fait remarq de bon sens: «l'auteur avoit dit dans la lettre qui de cet ouvrage, que la naissance de son fils lui avait fourni l'occasion d'écrire de courts préceptes pour former la jeunesse à la prudence;» il ne faut donc pas lui faire un crime, s'il ne les a point rédigés en forme de catéchisme; car alors il aurait eu tort de ne point parler de Jésus-Christ et démérites, ou de ne point définir les trois personnes sous-entendues dans le nom substantif Dais, Dieu.

Mais la traduction, ou plutôt la paraphrase, ne saurait du moins être critiquée à cet égard. Après quelques vers d'introduction, elle commence ainsi :

En premier lieu, ta foy ce poinct tiendra Qu'il est ung Dieu tout puissant et unicque En ses efteetz : et si ce sans replicque Tu crois par foy, et en luy ta fiance Soit toute mise (o Dieu quelle asseurance, O quel repos) allors tu congnoistras Comme en tout lieu et honneur accrois!

Dans la conclusion, l'idée de l'immortalité de l'âme est développée avec beaucoup de force:

La mort est bonne et nous prive du mal, La mort est bonne, et nous oste du val Calamiteux: et puis nous donne entrée Au ciel (le ciel des âmes est contn Prends doncq en gré, quand d'icy part:: Et par la mort droict au Ciel t'en :

En cest endroict il ne fault avoir foy

A ceulx disants (et ne scavent pourquoy)

L'Ame et le Corps tous deux mourir ensemble.

L'Ame est du ciel, a son père resemble

(C'est Dieu) qui n'ha, et ne peult avoir fin :

Aussi n'ha il l'Ame au Corps mise, affin

Qu'avec le Corps par la mort soit mortelle.

Croy (et est vray) que l'Ame est immortelle,

Et que de Dieu a prins son origine,

Qui ne meurt poinct, et que mort n'extermine

De l'héritage ou nous serons tous myz

Par le mérite (o divine clémence)

De Jesu Christ : et en telle fiance

Meurs, quand plaira a Dieu d'icy t'ouster

Ou aultresfois luy a pieu te bouter l.

1 Si quelque lecteur s'intéresse assez à ces deux poèmes pour les comparer dans la réimpression qu'en a donnée Techener en i83o, il verra que non seulement l'Avant-Naissance est une paraphrase plutôt qu'une traduction , mais encore qu'il s'y trouve trois passages — desquels deux sont très longs — qui ne se rapportent à aucun passage du poème original latin. J'ai eu la bonne fortune de découvrir à la Bibliothèque Nationale un exemplaire interfolié du Genethliacum, avec plusieurs accessiones auctoris manuscrites. Ces accessiones, dont le papier, l'encre et l'écriture sont du seizième siècle, me semblent être de la main de Dolet et le volume paraît, d'après son aspect intérieur, avoir été préparé par lui pour une nouvelle édition. (Je dis : aspect intérieur, car la reliure est relativement moderne, et a été faite après les additions. Ces notes ont été entamées par la reliure. Les dernières lettres et, à un ou deux endroits, le dernier mot de ces additions ont disparu dans quelques pages. Il y a trois accessiones , ce sont des traductions ou plutôt des paraphrases des trois passages de l'Avant-Naissance dont on ne trouve pas trace dans le Genethliacum.

La première addition se trouve après le vers

la voici

« Re sine nullus eris : nostro sicvivitur aevo....»

« Prœterea, quem urget vitio proclivis egestas In scelus omne ruit, casus projectus in omneis Non tardante metu, non spe meliore vêtante Tarn déforme malum ne te vehementius angat Et vel nolentem ad crudelia crimina raptet Frugi esto et moderate partis utere rébus. »

Cette addition, qui est la moins importante et, à mon sens, la moins heu-

CHAP. XVI. LE GENETHLIAl LAVANT-] 337

rcuse au point de vue poétique, est la traduction du passa. sance qui commence par ce vers :

» lit d'avantage il te (ault re-

L'addition suivante a trait au choix d'une femme, et

« Felices liceat vitam sine lite mole

C'est la reproduction latine de deux passages de l'Avant-Naissance, l'un de huit vers, commençant par

« Saiche mon ù\/. que la beauté de celle...

et l'autre de cinq lignes, commençant par

«Ce bien et heur, tous gracieux esbatz...

Voici cette addition :

«Forma périt: dos tandem etiam consunutur ing At rémanent mores uxoris et ingenium trux. Non te connubium assidua anxietate fatiget Quod bene contracture Uttos subolescit in usus lit \elut alta quies petitur non causa doloris In quod sancitum est dabitur si forte jugalis Duxeris uxorem dignam placidoque hymenceo. »

I.a plus longue et de beaucoup la plus intéressante des additions vient après le passage dans lequel l'auteur, avec un bon sens rare à cette époque où la carrière des armes primait toutes les autres, avait engage" son rils à ne pas choisir cette profession. Mais en écrivant son Avant-Naissance, il se souvint qu'en cas d'invasion il était du devoir de tout citoyen d'aider à la défense de son pays, et il fit suivre ses conseils d'un long passage plein de vigueur dont voici les premiers vers :

«Mais je veulx bien que le cas advenant, Qu'en ton pays il y eust guerre ouverte, Tu craignes moins de la vie la perte.

Que par cruelz et félons ennemys, En servitude a jamais tu soys myz. »

En préparant sa nouvelle édition, il traduit la même idée en latin. 1 lion doit venir après ce \ers du Genethliacum :

«Et dederit signum sociis, ut pressius instent. »

11 change ce vers et ajoute ce nouveau passage :

■ l'r.etulerit notam sociis ut pnescius instent Sed tamen in patrias sedes si barbara - Irrumpant animam pro libertate paratus Fundere certa audax; hoste succumberc pejus Morte puta : quid enim dictu crudelius. hostem Quam spectare sérum p gros.

1 t velut indomitam rabie exagitante In laribus s.cvire suis, incendere tecta

Uxorem stuprare ; sinu privare parentum Lactantem sobolem tibi rébus denique cunctis Ablatis juga dura oppresso imponere collo. His vitam postpone malis; servire ferarum est Non hominum. Prius aura tibi quam candida desit Libertas nec in hostes armis incide victus. »

Dolet a dû réimprimer le Genethliacum en 1540, et il n'est pas improbable que l'exemplaire interfolié de la Bibl. Nat. soit celui dont il se servit pour la nouvelle édition, et que les additions y aient été ajoutées. Je n'ai pas pu découvrir un exemplaire de l'édition de 1640, mais cette édition figure (n° i3i) dans le Catalogue de la Collection de Livres rares et précieux de M. La Roche la Carelle, Potier, Paris 1859 (qui m'avait été communiqué par feu M. Baudrier); une note nous apprend que cette édition est «plus rare que celle de i53g». Voyez aussi le Catalogue des Livres de M. de Bo^e, in-f°, 1745 (p. 11 3), et in-8°, 1753 (p. 174, n° 886); et le Catalogue de la vente Yemeniz (n° i533). La Bibl. Nat. possède deux exemplaires de l'édition de i53g, mais aucun de celle de 1540 .

CHAPITIM; XVII

Page 1