‹ Etienne Dolet, le martyr de la RenaissanceChapitre 89 sur 133 · CHAP. XX. — PRÉSAGES DE LA FIN · texte numérisé non relu

CHAP. XX. — PRÉSAGES DE LA FIN

Un poème faisant partie des Carmina, lequel est adri

Mélanchthon (p. 31), fut certainement l'objet de vifs reproches:

Ridere quse possim, stolidorum et stultorum Natio mihi multa suppcditat: sed nil prorsus Magis libet ridere quam nonnullorum Amentiam, qui ceu deorum cognati Jovisque coeli participes, de Diis semper Sermonem habent : et qua ad polum efferri passis, Qua deprimaris in nigri tenebras regni Docent. Ineptum hominis genus et intolerandum. Scilicet accubuerunt Jovi et divum mensis Cœlestia ut nobis modo isto dispensent l.

Et l'épigramme suivante n'était guère de nature non plus à assurer à son auteur la bienveillance du vicaire général, quoiqu'il n'y ait rien à reprendre dans cette pièce au point de vue théologique :

Incurvicervicum cucullatorum habet

Grex id subinde in ore, se esse mortuum

Mundo : tamen edit eximie pecus, bibit

Non pessime, stertit sepultum crapula,

Operam Veneri dat, et voluptatum assecla

Est ominum. Idne est, mortuum esse mundo? Aliter

Interpretare. Mortui sunt, hercule !

Mundo cucullati, quod iners terrœ sunt onus,

Ad rem utiles nullam, nisi ad scelus et vitium.

On exigea que Dolet retirât ces livres de la vente, et qu'il s'engageât par écrit à ne plus les faire circuler et à ne pa^

1 »I.a foule des sots et des lourdauds me fournit une abondante matière à moquerie, mais il n'y a absolument rien qui me mette plus en gaîté que l'insanité de ceux qui, comme s'ils étaient apparentes aux dieui uent partie avec eux du ciel de Jupiter, parlent toujours des de'ites et vous enseignent comment on peut arriver au ciel, et comment on peut êtl l'obscurité du royaume des ténèbres. Stupide et insupportable race d'hommes! Il est évident qu'ils se sont assis à la table de Jupiter et des dieux atin d' à même de nous communiquer de cette façon les tS.»

les réimprimer, à moins qu'il n'obtînt une permission officielle. Il est probable qu'il les avait imprimés — il le fit dans la suite pour plusieurs autres — sans les soumettre au prévôt de Paris ou au sénéchal de Lyon, comme il le devait, ainsi que le dit le procès, de par le privilège que le roi lui avait donné à Moulins1.

Les trois années qui suivirent l'installation de Dolet comme imprimeur (1539, 1540, 1541) furent probablement les plus heureuses, et certainement les plus prospères de sa vie. Une femme et un fils qu'il aimait tendrement, un cercle d'amis littéraires qui comprenait presque tous les gens de lettres de Lyon, ainsi que beaucoup d'autres des provinces françaises éloignées, des occupations suivies et lucratives, une grande réputation d'érudit, et des affaires qui marchaient bien, voilà en résumé ce qui rendait Dolet heureux. Nous ne pouvons, il est vrai, qu'entrevoir sa vie privée. Plongé dans ses travaux littéraires et dans ses affaires, méprisant les plaisirs et vivant une vie laborieuse, il ne trouva guère le temps d'écrire de ces lettres soignées qui, encore que remplies de phrases et de compliments, nous fournissent cependant tant de détails intéressants sur la première partie de son existence. Néanmoins il est parfois question de lui dans la correspondance de Jean de Boyssone, et il existe une lettre que ce dernier écrivit à Dolet pendant la période qui nous occupe. Jean de Boyssone siégea pour la première fois au tribunal de Chambéry en 1539, et Dolet rendit alors grand service à son ami : il reçut de Toulouse ses livres et autres objets et les lui expédia en Savoie. Le Ier mai 1539 (ou 1540) Boyssone écrivit à Dolet pour lui accuser réception de ses livres, et en même temps envoya à son ami un paquet de lettres qu'il lui demandait de faire passer à Toulouse «soit par Jean Madamaxum {sic) ou par quelque autre muletier, classe de gens qui ne manque pas

1 Procès, p. 11. Mais dans YExtraict du Privileige, tel que Dolet l'imprima en tête de plusieurs de ses livres, on ne lit rien de pareil.

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