CHAPITRE XXII
ITn vieil homme enchaisné, demy ignorant et demy savant, comme un Androgyne de
diable qui estoit de lunettes Comme une tortue d'escailles, et ne vivait que d'une viande qu'ils appellent en leur patois Appelât.
Rabi :
nr tes grandes que fussent les fonctions du premier président du parlement de Paris, chef de la judicature civile et criminelle de France, on doit reconnaître qu'en général elles étaient dignement remplies, et que la France peut, avec un j orgueil, citer une longue liste de présidents doctes et intègres. Cette situation, upée, au commencement du siècle, par l'ambitieux et peu scrupuleux, mais énergique et habile du Prat, cette situation, qui venait d'être laissée vacante par le vertueux et excellent Selve, et allait revenir au docte et piaulent Bertrandi, et sur laquelle, dans les deux siècles suivants, les Mariai, les de Thou, les Mole et les Bellièvre allaient jeter tant d'éclat, fut confiée de [529 a 1350 a Pierre Li/et, l'un des hommes les plus infimes à qui aient incombe ces importantes fonctions, que
la postérité ne connaît — si toutefois elle s'en occupe — ni comme juge, ni comme juriste, ni comme théologien, autant de titres dont il espérait se faire une gloire éternelle, mais comme l'objet de la sanglante satire de Théodore de Bèze, XEpistola Passavant/. Nous ne pouvons guère penser à son prédécesseur, le célèbre du Prat, sans nous rappeler que Beaucaire l'appelle avec assez de raison «le plus méchant des bipèdes »1; et c'est à juste titre que nous pourrions dire de Lizet qu'il était le plus stupide des bipèdes. Il surpassait Hercule, dit l'auteur de XÊpitaphc de Monsieur Pierre Lizet:
Car il fait mourir en mourant
La plus grand beste qui fut onques.
Il était fort exercé dans les formes et les pratiques de la loi, et n'était nullement suspect de se laisser corrompre par des dons d'argent2 — car nous ne devons pas passer sous silence la seule qualité qu'il possédait — voilà à peu près tout ce que l'on peut dire en sa faveur. Obstiné, étroit d'esprit, bigot jusqu'au fanatisme, il voulait faire valoir ses droits de dignitaire dans les questions les plus futiles comme dans les questions les plus importantes, et était aussi prêt à plier l'échiné quand ses intérêts étaient en jeu qu'à se montrer arrogant quand il pensait pouvoir agir ainsi impunément3. Disposé à outrepasser les droits du trésor, de la couronne et des épices des juges, il se montra également prêt, alors qu'il était avocat général, à trahir les droits du roi en faveur de ses propres clients. Il détestait l'ancien droit coutumier français, le palladium des
1uBipedum omnium [ut quidam ait) nequissimus. » Belcarius: Hist. Gallica, lib. XV, c. i.
2 II était si pauvre que lorsqu'il donna sa démission il fut nécessaire de lui octroyer l'abbaye de Saint-Victor afin qu'il eût de quoi vivre. Mais s'il n'était nullement suspect de se laisser corrompre par des dons d'argent, il était disposé, suivant Henri Estienne, à trahir la cause de la justice, si quelque autre tentation se présentait à lui. Intr. au Traité de la Conformité, chap. XVII.
3 » Ex viro, congressu primo, mulier posteriore factus », dit de Thou de l.izet en une certaine occasion, liv. VI.
libertés du nord de la France, et fit tous ses efforts pour substituer les lois de la Rome impérial» • a l'ancien droit commun des Français. Ses manières, son accent, son langage de paysan d'Auvergne, sa loquacité, l'ignorance dont il faisait preuve en tout ce qui ne touchait pas à sa prof. i vanité- qui
le portait à se croire grand théologien et grand savant, ne provoquèrent pas moin-, les raill<n es ennemis que
aspect extérieur et sa physionomie.
S'imaginant savoir très bien le latin, il aimait, pendant les séances, a montrer que cette langue lui était familière. La connaissance qu'il en avait était égale à peu près à celle de Bragmardo, que Rabelais nous présente en lui faisant dire : Ego habet bonum vino. Lorsque, comme cela se présentait parfois, il avait à prononcer une sentence en latin, il faisait fautes les plus ridicules, et on rapporte que ce fut une de ses phrases macaroniques qui, arrivant aux oreilles de François I , fit supprimer par un édit ( 1539 1 l'usage du latin dans les cours de justice. Le premier président, avant à débouter quelqu'un de sa demande, avait traduit la formule : déboutons et avons débouté par debotamus et debotavimus*.
Il abusait immodérément du vin et des femmes, et la rougeur extraordinaire de sa figure et de son nez et sa calvitie complète ne pouvaient manquer de fournir des traits aux faiseurs de satires; lorsque le nez du malheureux homme tomba a la Longue, on n'eut pas un mot de pitié à lui adresser. On se moqua de lui -.
1 Waddington : Vie de Ramus, ns; Gaillard: Hist. de 1 . VII,
J Voyez La Complainte de Messire Pierre Li^el sur le trespa .< >u—,
ajoutée a VEpistola Passavanti, et à plusieurs éditi non
Virorum. Puis II. Estienne: tntrod. au Traité d XVII.
n Le nez fut enchâssé en plusieurs beaux épitaphes, en attendant loisir de le canoniser, n Dans le dernier chapitre i u cite le fragment suivant comme taisant partie d'u composée par un scavant personnag
a Viel pourri au rouye m.
Déshonneur du sieele où
4io
Mais le plus vilain côté de son caractère n'a pas encore été révélé. Il y avait une chose qu'il aimait plus que les plaisirs de Bacchus ou de Vénus : c'était la persécution des hérétiques. Il n'était rien, s'il n'était pieux et orthodoxe. On ne sait pas au juste si cette terrible chambre où la lumière lugubre des torches rares rendait l'obscurité encore plus hideuse, la chambre ardente, est une de ses créations; ce qui n'est pas douteux, c'est que, pendant les séances de ce tribunal, quand on jugeait des hérétiques, il présidait presque toujours en personne1. L'époque pendant laquelle il occupa ses fonctions correspond à la dernière moitié du règne de François Ier, alors que l'on voyait s'évanouir les belles promesses de la jeunesse du roi, qui faisaient espérer qu'il serait véritablement le père des lettres et le réformateur de l'Eglise, et que la France avait le malheur de posséder un roi qui se laissait mener par ses conseillers ecclésiastiques, et qui tentait de détruire ce progrès intellectuel dont il avait autrefois aspiré à être le chef.
Pierre Lizet fut nommé premier président en 1529; il remplit ces fonctions jusqu'à sa démission forcée (1550), et quoiqu'il soit injuste de lui attribuer exclusivement la longue série de châtiments qui ont marqué cette période (à commencer par le martyre de Berquin, 1529), et dont le roi, qui les sanctionna, est le premier coupable, il n'en est pas moins vrai que la sévérité de la persécution fut augmentée par la pieuse brutalité du premier président, qui n'était jamais aussi heureux que lorsqu'il siégeait à la chambre ardente, jugeant et condamnant (lorsqu'il présidait ces mots étaient synonymes) les soi-disant luthériens. Heureux les accusés qui étaient jugés par la chambre de la Tournellc , où siégeaient ordinairement le troisième président, Bertrandi, ou Saint- André, le président à mortier, car dans la grand' chambre (dont la chambre ardente était une annexe), non seulement
1 Th. de Bèzc : Hist. Eccl., livre II.
l'accusé ne pouvait espérer être acquitte, mais les juges avaient toujours recours au châtiment le plus sévère1.
C'était surtout comme théologien que Pierre Lizet espérait s'imposer à la postérité. Quand en 1550 il fut forcé de donner sa démission, il entra dans les ordres et fut nommé abbé de Saint- Victor; il s'occupa alors de publier certaines élucubrations théologiques qu'il préparait depuis quelques années. En 1551 et en 1552 il fit paraître, dans un langage qu'il supp< être le latin, neuf traites de lourdes controverses qui, il le croyait avec complaisance, devaient confondre les réformateurs, soutenir la cause chancelante de l'orthodoxi< une ils étaient dédiés au pape» lui donner quelque chance d'obtenir la barrette, que du Prat (bien que veuf et âgé de 53 ans quand il était entré dans les ordres) avait obtenue et que Bertrandi devait bientôt recevoir. Si le style2 de ces ouvrages était dur et barbare, les questions traitées valaient encore moins. L'n s :ul spécimen de son argumentation nous suffira. Dans son traité contre la traduction des Ecritures en langue vulgaire, il prétend que dans les premiers siècles de l'Église il v avait deux sortes de latin, dont l'un était compris seulement par les
1 Les deux cours semblent avoir maintenu leurs traditions quelque temps encore après la retraite de Lizet. J'ai déjà p. 3oj dit en quoi ditlèraient les deux chambres en i558, et nous trouvons des plaintes qui nous apprennent que la
■ nbre de ht Tournelle présidée par Mariai et Séguier, présidents à m était moins sévère pour les hérétiques que la Grand' Chambre où I e M premier président, présidait. Vie de Dubourg, dans La France Protestante.
■n style se trouva si dur que le Pape, en ayant, par cas forru feuillet à ses affaires, s'en escorcha tout le Saint-Siège Apostolique. - Il 1 stienne: Introd. au Traité de Ia Conformité, en. XVII. L'histoire - i au
long par Th. de Bèze dans VEpist. Passavanti : « Dicitur quod Papa Julius modernus quamvis non plus sciât Je Latino quam unus miles et sit me nista quam theologista quum audivisset imam partera \estri libri, lenui: parvum numerura, ut jusserit portari ad suam latrinan aatam quam dicunt tru fa tores esse beati Pétri: ubi ipse Pap litate dei super terrain sed in qualitate humanitatis voluisset semel suas nates abstergere cum illo, reperit vestrum quod Bibi decortteavit totam sedem V
veritate erat montigena, tam erat Juins. •
caricature du st) le latin de I ;
savants; que ce fut dans ce docte langage que saint Jérôme traduisit la Bible, et que sa traduction, bien qu'on l'appelle la Vulgate, était absolument incompréhensible pour les gens du peuple à l'époque où elle fut faite !
Tandis que ces ouvrages ne valurent à l'ancien président ni louanges ni compliments de la part des catholiques, ils firent naître l'une des plus amusantes et des plus spirituelles satires que le seizième siècle, si riche dans ce genre de littérature, ait produites. Théodore de Bèze, qui ne savait pas encore qu'un air de sévérité béate était le caractère distinctif de la piété chrétienne, aidé peut-être par Viret, lequel, jusqu'à la fin de sa vie, se distingua par sa verve satirique, fit imprimer en 1553 son « Epistre de maitre Benoit Passavant en réponse à la commission que lui avait donnée le vénérable messire Pierre Lizet, ci-devant président au parlement de Paris, et présentement abbé de Saint-Victor prope muros ». On suppose que Passavant a été envoyé à Genève par Lizet afin d'y apprendre ce que l'on dit dans cette ville de ces merveilleux traités que l'auteur croyait irréfutables et propres à anéantir la république des hérétiques. Dans cette lettre, écrite dans le style des Epistolœ obscurorum virorum, le messager rend compte à son maître du résultat de son expédition, sans oublier aucune des critiques peu flatteuses dont le livre a été l'objet, et aucune des histoires encore moins flatteuses qu'il suppose avoir entendues à Genève sur le compte de l'auteur ainsi discrédité. Les plus impitoyables et les plus amères moqueries sont adressées à l'ancien président. Sa personne, ses mœurs, son ambition déçue, son style et son argumentation, rien n'est épargné. Le livre eut un succès immense. Tandis que les traités de Lizet tombèrent dans un oubli si x complet que ni La Croix du Maine ni Duverdier, bien qu'écrivant un demi-siècle après leur publication, ne surent en donner les titres exacts, et que Bayle ne put jamais en voir un seul et dut citer le catalogue de la bibliothèque Bodléienne comme autorité pour n'en fournir que les titres, YEpistola
Passavanti eut au moins six éditions dans le seizième siècle, fut fréquemment réimprimée dans le dix-huitième1 et dernièrement même a eu l'honneur d'être rééditée et traduite en français2.
L'abbé de Saint-Victor ne survécut pas longtemps a la perte de l'espoir qu'il avait d'acquérir, comme- théologien, la distinction qu'il n'avait pu avoir comme magistrat. Il mourut le 7 juin 1554 :*.
Lyon se trouvait dans la juridiction du parlement de Paris, et ce fut à ce tribunal, présidé par Lizet, que Dolet en appela. On devine san^ peine s'il avait des chances d'échapper a la condamnation. Non seulement il était accusé d'hén d'athéisme, mais il appartenait à une profession pour laquelle le premier président avait une aversion toute spéciale. S'il y axait des gens qu'il détestait plus que les hérétiques, c'étaient bien les imprimeurs et les libraires. Ami et allié de Béda (qui avait une grande influence sur lui ll, il est presque certain qu'il fut l'un de ceux qui pressèrent le roi de publier l'édit de 1535 tendant à supprimer l'imprimerie. En 1538 nous le voyons tout occupe a poursuivre Jean Morin , l'imprimeur de la première édition du Cymbalum Mundi ', et il existe une lettre du «pauvre- jeune garçon libraire», datée de la prison et écrite au chancelier Dubourg, dans laquelle il s'adresse à lui pour se plaindre du premier président et demander des lettres de grâce"'. A peu près vers la même époque Lizet écrit6 tout
1 Elle est ajoutée aux éditions des Fri^t'!ci i;?;, ut tut imprimée .1 tes de Le Duchat ,lans le> J/i moires Je l
rature de Sallengre ;
Passavant i edeBèje, traduit pour la première fois par 1
c. Avec le texte en regard. Paris, Lis
: Dupin: Aut. Eccl. du XVI tiède; I Pierre Li^et, Clermond-Ferrand 1 s => - , ; Blanchard: / Parlement Je Paris ; Crespin : Grand Marty s le : Dict., art :
S tice sur Des /', ri ■ <. mise en tel
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. ndance des Réforma vol. IV, p.
joyeux au chancelier pour lui dire comment, peu de temps auparavant, il a fait brûler un libraire nommé Jehan de la Garde avec ses livres, ainsi que « certaines autres personnes »!, et pour lui témoigner le vif désir qu'il a de poursuivre Morin. Il allait même jusqu'à avoir un libraire à ses gages , un certain André, qui était chargé de découvrir et de trahir ceux qui vendaient et achetaient des livres hérétiques2.
Heureusement pour le prisonnier, la sentence avait été prononcée à Lyon et non pas à Paris. Pour les cas d'hérésie, il était rare qu'un intervalle de plus de quelques heures séparât la sentence de son exécution, et un appel interjeté auprès du parlement, lorsqu'il pouvait être déposé et entendu immédiatement, ne servait qu'à hâter l'exécution et parfois même à augmenter la sévérité de la peine. Le 16 avril 1529 on condamna Berquin à un emprisonnement perpétuel. Il en appela immédiatement au parlement de Paris. Son appel fut entendu et rejeté le 17 au matin. Le parlement réforma le jugement et condamna Berquin à être brûlé vif, et la sentence fut mise à exécution le même jour dans l'après-midi.
Pierre Lizet étant président, il est probable qu'un appel au parlement n'eût pas été accordé; il est certain que s'il était accordé, la condamnation devait être confirmée, mais au moins on gagnait du temps et l'on pouvait alors s'adresser personnellement au roi. Un appel venant de Lyon ne pouvait être rejeté avec cette hâte inconvenante dont on avait fait preuve pour Berquin. Il fallait que l'appel fût déposé, que le prisonnier et les pièces du procès vinssent de Lyon. Heureusement Jean de Peyrat était encore lieutenant gouverneur et il allait prendre soin qu'on attendît autant que possible avant de mettre le feu au bûcher. C'est lui qui, nous l'avons vu plus haut, avait causé le retard apporté à l'exécution de Baudi-
1 L'une des a autres personnes» était un jeune homme de vingt ans. Sleidan donne un récit de son exécution. « Tolosamts adolescens nobilis et literantm studiosits » [Comment, lib. XII).
2 Grespin : Grand Martyrologe (édit. de 1597), p. 177.
chon de la Maison Neuve, pour permettre aux seigneurs de
Berne d'intervenir, et avait ainsi sauve la vie du grand citoyen
de Genève. Mais il n'y avait pas de temps a perdre. A moins
que le roi n'évoquât la cause, la condamnation ail;
cutée et le bûcher allumé, en quelques semaines seulement La
première démarche réussit. Par lettres patentes du 7
le roi retira le dossier du parlement et remit l'affaire au grand
Conseil. Il en devait résulter que, dans tous les cas, un délai
considérable allait s'écouler axant que la condamnation fût
confirmée ou excentre.
Cependant, l)<>let fut laissé en prison a Lyon, ou il resta plus de trois mois apn :s sa condamnation. On lui permit d'avoir des plumes et du papier et quelques livres au moins; il passa son temps à préparer, dans l'intention de les publier, des mémoires justificatifs personnels en latin et en français ' et à revoir et à corriger sa traduction des trois prem livres des Tusculanes, que, dans sa traduction des Episi Familiaires , il nous dit avoir déjà achevés. Elle parut, tandis qu'il était encore incarcéré, accompagnée d'une épitre au roi, datée de la prison de Lyon (15 janvier 1 543-1.
Dans eette epitre il raconte ses procès et ses condamnations, il proteste de son innocence et repousse toute accusation d'hérésie. Il a recours à la protection du roi, et avec plus d'énergie que de prudence dénonce le moine ignorant (Monsieur Le Moyne, comme il l'appelle quelqu- I vaut lequel il a été jugé, et conteste le droit que ce personnage pouvait
1 (Icux-d sont perdus. Di let en parle dans ',.\ préface de la traducti
Tusculanes.
'-' Peu vie temps seulement avant la publication vie la dernière Manuel de Brunet, on ne connaissait pas d'exemplaire de eette pit vie 'a traduction des Tusculanes ; et, pour dire q
I elle-même, on ;:t simplement sur une édition imprima
par Ruelle, en i?.^. Un exemplaire fut cependant entin décou\ert thèque publique vie Dôle, et en le consultant, j'ai mi qu Y. était pinte epitre au roi, dont j'ai parlé à pi US - uve • dans les éditioi . u M. Baudrier Le m plaire vie l'édition originale.
avoir de le juger et de se donner le titre d'inquisiteur de la foi «.
Les lettres patentes retirant l'acte d'appel du parlement et l'envoyant au grand Conseil n'eurent pas d'autre effet que de causer du retard, car ou le Conseil lui-même rejeta l'appel et remit l'affaire au parlement une seconde fois, ou les ennemis de Dolet obtinrent la révocation des lettres patentes. Tout ce que nous savons avec certitude, c'est que quelque temps avant le mois de juin (1543), l'acte d'appel fut remis au parlement de Paris, et que le prisonnier fut amené de Lyon et emprisonné à la Conciergerie pendant les débats.
Jusque-là les efforts des amis de Dolet, pour obtenir le pardon du roi , avaient été inutiles. C'était là une tâche difficile. Il ne restait auprès du roi qu'un seul ami de la littérature et des hommes de lettres. Pierre Duchàtel, alors évèque de Tulle et lecteur de François Ier, s'était rendu indisdispensable à son maître. Il était le dictionnaire et l'encyclopédie du roi. François Ier, qui avait vu et connu beaucoup de savants, avait coutume de dire que Duchàtel était le seul homme dont il n'eût pas épuisé la science après deux années d'intimité. Vif, intelligent, bien informé, a}^ant été dans sa seconde jeunesse tour à tour professeur, correcteur d'imprimerie, voyageur en quête d'aventures, Duchàtel était pour le roi un compagnon précieux et enjoué. Il avait fait la connaissance de François en 1536, et il s'était rapidement acquis la faveur royale qu'il conserva jusqu'à la mort du monarque. Tout d'abord fort ami des doctrines de la réforme, il professa ensuite l'orthodoxie la plus rigoureuse 2, et s'exprima parfois
1 « Matthieu Orry, soy-disant Inquisiteur de la Foy; je ne scais, si plutost se debvrait appeller inquietateur d'ycelle. » Préface des Tusculanes.
2 II n'échappa point cependant à l'accusation d'hérésie. Dans l'oraison funèbre qu'il fit de François Ier, il dit que l'âme du roi était allée tout droit en paradis. Les docteurs de la Sorbonne qu'il avait offensés en protégeant Robert Estienne) se plaignirent d'entendre proclamer une aussi horrible doctrine. Malgré sa piété, François 1er ne pouvait éviter de traverser le purgatoire. Des députés furent nommés pour aller chez le nouveau roi et accuser Duchàtel d'hérésie, Duchàtel
au sujet des hérétiques et de l'hérésie en termes que nous ne pouvons que regretter, mais qui ne justifient pas le langage dont se servirent à son sujet Théodore de Bèze et Henri Estienne. II n'essayait que rarement d'exercer une influence sur les opinions et les actions de son maître. C'était en de plus rares occasions encore qu'il taisait opposition au cardinal Tournon. Mais il résolut de tenter un grand effort pour d'une mort cruelle l'un des premiers hommes de lettres français, avec lequel il avait été autrefois en relations d'amitié. Il n'y avait pas de temps à perdre; on était sûr que le parlement confirmerait la sentence et que l'exécution suivrait bien vite. Il n'était pas possible de compter sur un nouveau délai. Une pétition au roi fut immédiatement rédigée par I )olet, dans laquelle il établissait le cas et les circonstances du pro réitérait ses offres de soumission et de rétractation, disait que le parlement allait le condamner, et demandait la grâce du roi. Le document est judicieusement libellé et bien fait pour attirer la bienveillance du roi sur le prisonnier. Il fut présenté par Duchâtel, qui plaida lui-même chaudement la cause de son ami. En somme, et malgré l'opposition du cardinal, il réusî L'affaire fut de nouveau arrêtée devant le parlement, sur l'ordre du roi le cas fut soumis au conseil privé, c'est là qu'elle fut examinée; un rapport favorable fut adressé au roi et avant la fin de juin 1543 (François étant alors à Villers-Cotten le brave évoque eut la satisfaction d'obtenir le pardon du roi en faveur du prisonnier.
Les lettres de grâce étaient explicites: l'hérétique devait faire abjuration de ses erreurs devant l' officiai de l'evéque de Parisi, tous les livres écrits et imprimes par lui, dont il
v 1 1 1 î venait d'être nommé grand-aumonier. Ils furent reçus ei in Saint-Germain (où le roi >e trouvait al
Mendoza, qui les pria de ne pis porter plaint connu le n.uure! du
roi», dit-il, n ayant jamais aimé à séjourner -.-re en un
aura-t-il pris !c chemin Ju pu si non que d'à