‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 100 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

perdît une cause juste par l'emploi des moyens violents ne crurent pas que le moment fût opportun pour marquer leur blâme; ils ne pensaient pas, d'ailleurs, que la mort de trois hommes, dont deux au moins étaient de grands coupables, dût les détacher de la cause qu'ils avaient soutenue jusqu'alors. «Tous ceux qui -"en la dite assemblée étoient dirent par doute qu'ils croyoient que cela avoit été triait à bonne cause et juste, et le ratifiaient; dont plusieurs de Paris qui là tt étoient les remercièrent ®. u

Puisque les députés de la bourgeoisie ne désavouaient, pas l'acte le plus funeste Le régem

Il u 1 , 1 appelé au parlement.

qui eût encore été commis pour la défense des intérêts populaires, Etienne Marcel se trouvait armé d'une sorte de dictature, et il se bâta d'en user. Dès le lendemain, 2/1 février, il fit prier le régent de se rendre au parlement. Ce prince y vint avec quelques personnes de son conseil, et le prévôt le requit publiquement de veiller à l'exécution des ordonnances des états, de souffrir que les états continuassent de gouverner, comme ils avaient fait précédemment, et que trois ou quatre gentilshommes, suspects au peuple, fussent remplacés dans son conseil par le même nombre de bourgeois. En ce moment-là, toute résistance était impossible : Etienne Marcel entra donc sans difficulté au conseil, avec Robert d (\ Marcel au conseil, Corbie et les deux écbevins Charles Toussac et Jean de l'Isle. Déjà les états avaient imposé au dauphin, en 1 3 56 , la présence de plusieurs bourgeois dans le conseil royal Mais, soi! négligence de la part de ces bourgeois, soit plutôt que ce prince s'obstinât à ne pas les convoquer, ce conseil était resté le conseil des états sans devenir celui du dauphin. Il y avait donc le grand conseil du roi, composé des membres désignés par les états et que le duc de Normandie évitait d'assembler, puis le conseil du duc lui-même, qui était d'ordinaire le seul qu'il consultât. De là, probablement, la nécessité de stipuler que quatre bourgeois feraient réellement partie de ces réunions où l'on avait pris si souvent des résolutions contraires à celles des états. Les chefs de la bourgeoisie n'y assistaient pour ainsi dire que par surprise; on l'a vu, si quelques délibérations avaient été prises devant eux et avec eux, c'est qu'ils étaient venus sans être attendus, ou que la gravité des circonstances n'avait pas permis de se passer de leur concours®.

En même temps, le conseil des trente-six réformateurs, formé par les états et Rétablissement qu'avait rompu la retraite des noble , fut rétabli et rentra dans l'exercice de ses conseil des trente-six. fonctions. Ceux des commissaires nommés pour veiller à la perception du subside dans les provinces, et qui appartenaient à l'ordre de la noblesse, furent remplacés par des clercs ou des bourgeois. Les nobles se refusant à l'exercice de cette

11 Grandes Chroniques , t. VI. p. 91, 9-2. seils royaux résulte d'un passage d'une lettre du

(s' Voy. au chap. ni, p. 107. régent, en date du 18 mars 1 358. (Voy. même cha-

La preuve de cette distinction des deux con- pitre, p. 199-)

198 ÉTIEJNNE MARCEL.

charge, il avait bien fallu pourvoir à leur remplacement, et cette mesure était d'autant plus nécessaire que l'embarras des finances n'avait jamais été plus grand.

inutiles tentatives Depuis la captivité du roi, la bourgeoisie parisienne avait pris une grande part

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au gouvernement du royaume; mais elle n avait pas encore vu le dépositaire du pouvoir royal à sa merci. Ce n'est qu'à partir du 2/1 février 1 3 5 8 qu'elle semble avoir triomphé du plus grand des obstacles en soumettant le dauphin; encore ce prince n'attendait-il que l'occasion de se soustraire à une domination si pesante. Cette tentative pour conduire la France au nom du régent est l'honneur d'Etienne Marcel. Le prévôt se rendait un compte exact de sa situation : il voyait bien que, dans l'isolement où était Paris, le nom seul du pouvoir royal avait encore quelque autorité sur les provinces, et qu'on ne pouvait s'en passer pour les gouverner. C'est pourquoi, tandis qu'il effrayait le régent par la crainte d'un rival qu'on pourrait lui préférer, il voulait se servir du pouvoir établi pour conjurer l'anarchie et couvrir ses propres projets.

Les bourgeois II fallait une haute intelligence des choses de la politique pour comprendre les service dek royauté, avantages d'un gouvernement populaire protégé par la majesté royale. Avec une dynastie de princes incapables, et une noblesse qui avait compromis son antique gloire par ses folies, ses exactions, ses cruautés et tant de batailles perdues, il n'eût pas été surprenant que la bourgeoisie, dont les lumières et les richesses s'augmentaient chaque jour, et qui donna les hommes véritablement supérieurs de ce temps-là, devînt le soutien véritable de la royauté. Ne l'ayant pu conduire, ils mirent leur honneur à la servir, et ils s'y consacrèrent avec autant d'intelligence que de zèle. C'est parmi les bourgeois qu'on trouve les plus utiles serviteurs de la monarchie grandissante et toujours en lutte plus ou moins ouverte avec les seigneurs féodaux. Dès le règne de Philippe le Bel et sous ses premiers successeurs, on citait Etienne Barbette, Enguerrand de Marigny, Pierre Barbier, secrétaire de Philippe le Long; les Bracque sous Philippe de Valois, les Arrode, dont la fortune datait du xme siècle; les Bureau, qui devaient donner au xve des personnages si considérables; Guillemin Sanguin, Miles Baillet, Hugues Aubryot et Philippe de Maizières, celui-ci conseiller sous Charles V, celui-là prévôt de Paris; les Orgemont, qui firent bâtir ce somptueux palais des Tournelles que les rois devaient bientôt préférer à leur hôtel Saint-Paul, et d'autres encore, tels que Charles de Savoisy et Jean de Montaigu, qui s'illustrèrent sous les règnes subséquents. La France, accoutumée à suivre les volontés de ses rois, ne demandait guère qui les leur inspirait, ou était flattée de voir si près du trône des Français de naissance obscure; et , si Marcel avait fait affluer l'argent dans le trésor loyal, il aurait peut-être réussi, en multipliant les marques de respect, à faire accepter le concours, non de quelques bourgeois, mais de la bourgeoisie entière.

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