CHAPITRE SEPTIEME
Le meurtre des maréchaux lui en ôta jusqu'à l'espérance. Il eut beau revenir presque aussitôt, quand la réflexion lui eut fait sentir sa faute, à sa tactique des premiers jours, à ces tentatives de conciliation et d'accord qu'il avait jusqu'alors poursuivies, tout ce qui venait de lui fut repoussé avec une naturelle et légitime défiance.
\ partir de ce moment, le duc de Normandie ne se croit plus en sûreté au Défiance du régent, milieu des Parisiens; il médite de leur échapper, et, par tous les moyens en son pouvoir, il proteste, quoique timidement et à demi-mot, contre la tutelle qu'il subit. S'il prend le titre de régent, il ne veut point en paraître redevable à ses ennemis, qui le lui avaient ofl'ert, et il écrit (lettres du 18 mars) ce qu'il s'est con- « formé par là aux délibérations du grand conseil du roi, du sien même et de ce plusieurs autres prélats, barons et bourgeois, v S'il est forcé d'admettre dans ses conseils Etienne Marcel, Charles Toussac, Jean de l'Isle et Robert de Corbie, il affecte de ne pas écouter leurs avis, et ne s'y rend que lorsqu'ils parlent avec menaces. Un peu plus tard, il écrivait à leur sujet: ce Aucuns qui lors se disoient ce de nostre conseil W. u Le prévôt des marchands perdit bientôt toute espérance d'obtenir l'oubli du passé.
Le moment était donc venu d'appeler le roi de Navarre, afin d'obtenir du ré- Leurrais gent, par la crainte d'un rival prêt à prendre sa place, tout ce qu'il refusait à la persuasion. Charles le Mauvais reçut des lettres d'Etienne Marcel, de Robert Le Coq et des deux reines, qui l'invitaient à revenir sur-le-champ à Paris. Il y arriva le a 6 lévrier, suivi d'un grand nombre d'hommes armés. Les Parisiens allèrent en foule à sa rencontre : c'était un honneur qu'on ne manquait pas d'accorder aux princes; on y mit, cette lois, un peu d'affectation. Ils le conduisirent près des Augustins, à l'hôtel de Nesle, propriété de la couronne, que le dauphin avait mis à sa disposition sur la demande du prévôt^.
Etienne Marcel ne tarda point à se rendre auprès du roi de Navarre; mais, conditions loin de se mettre à sa discrétion, il lui fit voir que la bourgeoisie était libre de qui lui !ont accordéestout accorder ou de tout refuser. Il lui dit que les Parisiens ne formaient pas de vœu plus ardent que d'établir une paix durable et générale; qu'en conséquence il devait approuver et reconnaître la mort des maréchaux, et se réconcilier sincèrement avec le régent; qu'à ce prix on lui ferait obtenir justice. Il prépara, en effet, un traité par lequel le duc de Normandie, au nom du roi, cédait à son beau-frère le comté de Bigorre, la viguerie de Rivière et celle de Reux. Ces deux vigueries, situées dans la sénéchaussée de Toulouse, représentaient les dix mille livres tournois de rente perpétuelle qui lui avaient été promises et qu'il n'avait
'' Lettres d'abolition pour la ville d'Amiens, septembre 1 35 8. — Trésor des Cbarles, reg. 86, f 78 v°. — [,) Grandes Chroniques, t. VI, [>. 90.
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jamais reçues. Marcel fit donner, en outre, l'hôtel de Nesle au roi de Navarre, qui n'en avait pas a lui, où il pût loger dans Paris. Enfin, sur la demande de ce prince, qui n'oubliait pas ses amis, il fit accorder des lettres de rémission à Friquet, l'ancien gouverneur de Caen, et à six autres personnes, qui obtinrent, comme lui, la restitution de leurs biens
Les clauses de ce traité jetlent une vive lumière sur les événements antérieurs et sur la politique de Marcel. On y voit d'abord que le régent ne disait pas la vérité, lorsqu'il jurait, en présence de Picquigny, qu'il avait fidèlement exécuté ses promesses. Rien n'était plus faux, puisque tout restait à faire. Mais ce qu'il convient surtout de remarquer, c'est qu'au lieu de faire des sacrifices déraisonnables pour s'assurer le concours du roi de Navarre, Etienne Marcel mettait à néant les dangereuses prétentions de ce prince sur la Champagne et sur la Normandie. Il aurait dû les soutenir, au contraire, s'il voulait , comme on l'en accuse, établir le Navarrais sur le trône de France.
coatre l'accord.
Intrigues de \n noblesse Charles le Mauvais fut mécontent de ces conditions, tandis qu'augmentait l'irritation du régent qui le voyait ff petit à petit entrer en l'amour de ceux de Paris, « et aussi de plusieurs autres bonnes villes et cités du royaume de France ^.n Toutefois, espérant en l'avenir, il dissimula ses sentiments et se prêta de bonne grâce, du moins en apparence, à une réconciliation nouvelle avec le dauphin. On les vit dîner ensemble et se prodiguer de nouveau, par intérêt ou par crainte, les inarques d'une amitié qui n'était pas dans leur cœur, cr Ils faisoient, dit Pierre cr d'Orgemont, moult grand semblant d'eux moult aimer ®. v Mais la noblesse avait trop vu de ces accords, aussitôt rompus qu'établis, pour s'y laisser prendre; ou, si ('lie y crut un moment, elle ne négligea rien pour en abréger la durée. Le meurtre des maréchaux lui avait fourni un prétexte pour murmurer, s'agiter et recommencer ses intrigues. Destitué par les états, et retiré à Coudrai, le premier président Simon de Buci travaillait, du fond de sa province, à brouiller les deux cousins. Marcel eut beau faire un exemple et obtenir du dauphin qu'il confisquât les biens de ce remuant magistrat : cette rigueur n'arrêta personne. Les intrigues des nobles devinrent même si manifestes, que les Parisiens, courroucés, s'assemblaient souvent en armes et proféraient des menaces contre les officiers royaux qui étaient rentrés en charge malgré les états. Comme la mort des maréchaux faisait voir ce qu'on pouvait attendre d'une multitude en furie, ces officiers s'éloignèrent précipitamment de Paris, où quelques-uns, du reste, pour un motif ou pour un autre, ne tardèrent pas à rentrer ' .
"' Une de ses maisons fat même donnée parla (3) Froissart, 1. I. ch. lxiv.
municipalité à Jean de l'Isle, pour le récompenser (3> Grandes Chroniques, t. VI, p. 93.
des services qu'il rendait aux deux princes. (Trésor ,4) eFA toujours esloienl ceux de Paris ainsi
îles Charles, reg. 86. f° 1 '1 r°.) '-comme esmeus, et se armoient et assambloient