‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 103 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Paris. Celte entreprise roussit, parce que Marcel ne soupçonnait pas que Jean Perret, qui disposait seul des passages du tleuve, fût disposé à servir le duc de Normandie; celui-ci, heureux de se sentir libre, se rendit à Saint-Ouen, et bientôt à Meaux

Le lendemain, à la nouvelle de la fuite du régent, la colère d'Étienne Marcel Marcel

# dissimule

fut d'autant plus profonde qu'il se voyait contraint de la dissimuler. Il sentit, en son mécontentement.

effet, quel danger il y aurait de laisser croire que cet événement avait eu lieu

malgré lui, et il fit dire partout dans la ville que monseigneur le duc n'en était

sorti que de l'aveu du corps municipal. C'était le parti le plus sage, car la rigueur

ne lui avait pas réussi. Le 1 9 mars, il avait fait mettre à mort, aux balles, un

homme assez obscur, Philippot de Repenti, arrêté deux jours auparavant à Saint-

Cloud, sons prévention de complot. Cette justice expéditive, qui montre trop

que seul le premier pas coûte dans les funestes voies de la violence, n'avait fait

qu'effrayer le régent et bâter son départ. Le prévôt des marchands feignit donc

d'entretenir avec ce prince des relations aussi fréquentes et non moins amicales

qu'auparavant; il parut môme s'associer à tous ses projets. Le duc de Normandie

ayant fait connaître son intention de présider les états de Provins, il n'osa s'y

opposer, quoique une pareille assemblée, hors de Paris et sous l'influence de ses

ennemis, dût être fatale à sa cause; il alla jusqu'à promettre d'y envoyer les

députés de la bourgeoisie parisienne, et obtint, en échange, que la convocation se

ferait au nom du régent et du roi de Navarre (2).

On ne pouvait mieux réparer un malheur irréparable et tirer meilleur parti Marcel

envoie des députés aux

états de Provins.

croit que ce fut, en réalité, de l'aveu de Marcel que le régent quitta Paris , et il en reprend le prévôt comme d'une faute. 11 aurait raison si cette faute avait été commise; mais tout porte à croire qu'elle ne le fut pas. D'abord elle serait si grossière, qu'il y a peu de vraisemblance à en accuser un liomine si avisé. Ensuite , le supplice de Philippot de Repenti, qui avait eu lieu peu de jours auparavant, et pour la même cause, montre combien Marcel était peu disposé à permettre le départ du régent. Enfin on ne s'expliquerait pas, avec cette hypothèse, le supplice de Thomas Fougnant et de Jean Perret, qui payèrent bientôt de leur vie l'assistance qu'ils avaient prêtée au fils du roi. — Qu'on admette, au contraire, que l'évasion eut lieu secrètement , tous les faits s'expliquent à merveille , ceux qui précèdent comme ceux qui suivent. Envoyer des députés à l'assemblée de Provins était un mal nécessaire et un acte de sagesse, puisque le régent

(1) Abiit et récessif, dit simplement Jean de Venelte (p. a54). — Quelques chroniques disent : à Meaux, sans parler de Saint-Ouen. Meaux fut en effet la résidence que choisit le régent, et il ne fit à Saint-Ouen qu'un séjour passager. C'est sans tloute ce qui explique pourquoi il n'en est pas question dans les chroniques.

(2) rrLe dit Phelippot eut la teste couppée ès -halles de Paris et puis fut pendu au gibet, pour '-ce qu'il confessa que il estoit de la compaignie de 1- plusieurs qui avoient empris de prendre le dit duc rde Normandie, régent du royaume, à Saint-Oyen, •^en l'oslel de la noble maison, là où il esloit alé "trois jours ou quatre devant. Mais plusieurs di- « soient que ce n'estoit point pour mal, mais estoit te pour le mettre hors de la puissance et des mains "de ceux de Paris." (Grandes Chroniques, t. VI, p. 98.)

M. Henri Martin raconte autrement les faits. Il

20/i ETIENNE MARCEL.

d'une situation si difficile. En envoyant des députés à Provins, Etienne Marcel faisait voir que, s'il voulait donner aux états généraux une grande part dans le gouvernement du royaume, c'était parce qu'il le croyait juste et nécessaire, et non parce qu'il se flattait de commander. Mais, comme tout était à craindre des officiers royaux et des amis du régent, depuis que, par leur éloignement, ils ne craignaient plus rien pour eux-mêmes, Marcel eut soin de charger des membres du clergé de représenter les Parisiens. Dans les idées du temps, les clercs étaient inviolables; ils pouvaient donc se présenter en toute sûreté devant la noblesse et le régent, et affronter sans danger les colères qui eussent coûté la vie à d'autres. Robert de Corbie , théologien, et Pierre de Rosny, archidiacre de Brie en l'église de Paris partirent, comme députés de cette ville, pour les états de Provins. L'évêque de Laon les accompagna : le régent, qui lui témoignait chaque jour plus d'aversion, s'était caché de lui pour préparer sa fuite, et Robert Le Coq n'avait pas voulu l'aller rejoindre à Saint-Ouen. C'est sur la prière d'Etienne Marcel qu'il alla reprendre sa place au conseil royal.

Cependant le prévôt, quoiqu'il eût dissimulé sa colère, avait fait rechercher par sa police les hommes qui avaient aidé le régent dans sa fuite. Quand il les connut par leurs noms, il les fit surveiller de près, n'osant encore, pour ne pas se trahir, se rendre maître de leurs personnes; mais il ne tarda pas à les jeter en prison, et il les y garda quelque temps, attendant, pour décider sur leur sort, de savoir si le régent se prêterait ou non aux tentatives d'accommodement qu'on allait encore faire auprès de lui.

se trouvait hors de Paris; mais prêter la main à ce qui devait amener la convocation de cette assemblée eût été une insigne folie, contraire à tous les projets de Marcel. Le seul motif qu'il pouvait avoir de laisser partir librement le prince qu'il avait tant d'intérêt à garder auprès de lui était de

ne point lui faire violence en le retenant. Mais cet avantage était de trop peu de prix pour qu'il s'exposât, afin de se l'assurer, au danger de livrer le jeune prince à ses détestables conseillers.

(l) Secousse dit par confusion Robert de Roussi. — Voy. Grandes Chroniques, t. VI, p. 102.

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