‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 104 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Etats provinciaux à Senlis (25 mars). — États de Provins (9 avril). — Harangues du régent et des députés de Paris. — Les nobles demandent vengeance pour ies maréchaux. — Le régent s'empare du marché de Meaux. — Mesures pour la défense de Paris. — Dévouement des ordres religieux. — Emprunt contracté par Marcel. — Tentative de conduire l'artillerie à Meaux. — Lettre de Marcel au régent (18 avril). — États de Vertus (29 avril). — États généraux de Compiègne (k mai). — Le Navarrais lente une réconciliation. — Abstention de nombreux députés. — Robert Le Coq revient à Paris. — Acte d'accusation contre lui. — Ordonnance de Compiègne. — Elle est communiquée à Marcel. — Règlement pour l'Université. — Amiens fidèle à Paris. — Tentatives d'accord avec le régent. — Médiation de l'Université. — Conditions du régent repoussées. — Prise du Louvre par Marcel. — Nouvelles fortifications. — Efforts pour créer une armée.

Les états généraux avaient été, depuis quelque temps, trop contraires aux in- Étais provinciaux térêts de la royauté pour que le régent eût conçu le projet de les réunir, fût-ce hors de Paris. C'était aux états provinciaux qu'il faisait appel, je veux dire à de petites assemblées qui avaient trop peu d'importance pour n'être pas humbles devant lui , et qui se sentaient trop flattées de l'attention qu'il leur donnait pour ne pas lui accorder tout ce qu'il demanderait. Telle était du moins son espérance, et il faut avouer qu'elle n'était pas sans quelque fondement. C'est à ce moment qu'il commence à donner les premières marques de l'habileté politique qui a rendu son règne célèbre. N'ayant ni les moyens de réunir une armée, ni le talent de la commander, ni la possibilité de reconquérir toutes les provinces du nord, il exige que les états assemblés par lui ménagent les idées de la bourgeoisie, et même se les approprient, quand elles ne sont point inconciliables avec la prérogative et les intérêts de la royauté. Il ne fallait pas, en effet, s'exposer aux refus des provinces, moins disposées que par le passé à accorder tout ce qu'on leur demandait, et sachant bien, par une expérience récente, qu'elles pouvaient faire leurs conditions. De là vint que les idées obtinrent les concessions refusées aux personnes, avec le secret dessein, il est vrai, de révoquer ces concessions quelque jour; mais les faire, même temporairement, n'était-ce pas avouer que, si elles

étaient gênantes, du moins on ne les pouvait dire incompatibles avec l'existence et la dignité du pouvoir royal?

Avant d'aller à Provins, où les états de Champagne devaient se rassembler le 9 avril, le régent se rendit à Senlis, pour y présider ceux de Picardie et de Beauvaisis. Les nobles ne s'y trouvaient qu'en petit nombre, et il n'y avait presque personne des deux autres ordres. Le roi de Navarre, quoiqu'il eût été de moitié dans la convocation, avait trop de prudence pour se mettre, hors de Paris ou de ses domaines, dans les mains d'un parent dont il avait appris à se défier. Il envoya son fidèle Jean de Picquigny l'excuser, pour cause de deux bosses qu'il rravoit ès aines, si comme le dit monseigneur Jehan disoit. v L'ouverture de ces états eut lieu le 2 5 mars; tout s'y passa en paroles : quelle intluence pouvaient exercer les nobles de deux provinces sur les destinées du royaume? Le régent n'avait eu d'autre but que de leur arracher quelque argent, et il s'aperçut bien vite que ni les villes ni les campagnes ne se croiraient engagées par le vote de quelques hobereaux qu'elles détestaient.

États de Provins. Le jeune prince espérait mieux des états de Champagne. Le sire de Conllans, l'un des deux maréchaux tués auprès de lui, était de cette province, et l'on y avait conservé pour sa mémoire l'affection qu'on portait à sa personne. Rien n'égalait, croyait-on, la fureur des Champenois contre Paris, et il paraissait facile de les engager dans une lutte décisive dont le dessein était déjà formé. Le 9 avril, les députés des trois ordres s'assemblèrent à Provins, mais en si petit nombre, disent les auteurs du temps, que le régent put les inviter tous ensemble à dîner'1'. Harangue au régeni Cette fois encore, le roi de Navarre était absent. Le lendemain, le duc de Norman-

et

de* députés de Paris, die prit la parole. Soit qu'il fût confus de ne voir autour de lui que si peu de ses féaux, soit qu'il jugeât inutile de discourir longuement devant des hommes dont il connaissait le zèle, il se borna à dire «que le royaume de France étoit à trèsce grand méchef et avoit moult à faire; n puis il demanda une aide et recommanda aux députés présents d'être «tout un. d Sur le meurtre des maréchaux, il ne dit rien que par allusion : sans doute la présence des députés de Paris le gênait, et, quoiqu'il ne voulût point retourner dans cette ville tant qu'elle serait au pouvoir des bourgeois, la crainte d'y être ramené trop tôt l'engageait à ménager encore Marcel et ses amis. S'il avait soif de vengeance, il ne voulait pas, pour se satisfaire, s'exposer inutilement. Robert de Corbie et Pierre de Rosny parlèrent après lui. Au nom de Paris, ils demandèrent aux Champenois leur alliance et les invitèrent à ne point s'émerveiller cr si aucunes choses avoient été faites à Paris; ce car, quand ils sauroient les causes et auroient ouï ceux qui ces choses avoient ce conseillées, ils en seroient tout apaisés, n L'allusion au meurtre des maréchaux

(1) Grandes Chroniques, t. VI, p. io-2.

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