CHAPITRE HUITIÈME. 2Î
nemi sur qui elle pût exercer sa colère, elle se tourna contre Robert Le Coq, qui avait repris sa place dans les conseils du régent. Elle demanda qu'il en fût exclu sans retard, en proférant contre lui les plus efl'royables menaces.
L'évèque de Laon dut céder à l'orage et se retirer à Paris, le seul endroit du Le coq mu-ni à Paris, royaume où il fût, dès ce moment, en sûreté'1'. A peine fut-il arrivé à Saint-Denis. qu'Etienne Marcel et le roi de Navarre l'y vinrent voir. Il leur apprit que les courtisans du duc de Normandie avaient été sur le point d'outrager l'inviolabilité dont il était couvert par sa dignité de prêtre et d'évêque; que le sort en était jeté, et qu'il n'y avait plus lieu d'espérer un accommodement. Ce fut donc la faute des officiers et des conseillers du régent si Robert Le Coq, après avoir servi si longtemps d'intermédiaire entre les deux partis rivaux, se vit contraint d'embrasser sans réserve la cause populaire, non-seulement pour sauver le royaume, qu'il voyait sur la pente de l'abîme, mais encore pour se sauver lui-même.
Son départ n'apaisa point les furieux de Compiègne. Pour forcer le duc de Nor- Acte d'accusation mandie de le mettre au nombre de ceux dont il voulait tirer vengeance, ils rédigèrent un acte d'accusation qui pût rester comme un instrument toujours prêt pour perdre leur ennemi. Cet acte étrange, œuvre de liaine et de sottise, ne contient pas moins de quatre-vingt-onze articles. 11 y est fort peu question du roi, de son fils et des intérêts de la France, mais beaucoup des olliciers royaux, qui se plaignent sur tous les tons et sous toutes les formes de l'injustice criante qu'on a commise à leur égard en les privant de leurs emplois. Après avoir exposé les antécédents de Robert Le Coq, les bienfaits qu'il avait reçus, les bautes charges qu'il avait remplies, les auteurs de l'acte d'accusation lui reprochent d'être « léger, périlleux en paroles et mauvaise langue, n et ils citent, à l'appui de cette assertion, des propos inconsidérés peut-être, mais fondés pour la plupart, et qui ne pouvaient échapper qu'à un esprit libre et sincère.
L'évèque de Laon aurait dit du mal de la cour de Rome. — L'accusation ne s'explique pas davantage à ce sujet. — Il aurait dit que le connétable d'Espagne était «un bâtard qui n'avoit jamais fait de bien, qui haïssoit le royaume; que le rr roi n'avoit d'autre Dieu que lui,» et ce autres paroles que nous n'osons rap- (f porter, t Ceci est évidemment une allusion à ce que Le Coq avait pu dire sur les relations infâmes qu'entretenaient, selon le bruit public, le roi et le connétable. — On a vu plus haut® qu'il ajoutait que le roi était «de très-mauvais sang et ff pourri, 11 qu'il ne valait rien, qu'il gouvernait très-mal, qu'il n'était digne d'être roi ni de vivre; qu'il avait fait mourir sa femme; qu'il n'avait droit au royaume, lequel devait appartenir au roi de Navarre et non à ces bbstbrdkbxs (les fils du
(1) Grandes Chronique s , t. VI. p. 107,108. — (2) Chap. 111. p. <jk.
roi). — On a vu aussi (p. 1 16) que, un jour, parlant de la déposition du chancelier, qu'il aurait demandée, il dit que ce n'était pas une grande affaire, puisque autrefois les états avaient déposé le roi de France. Un de ses complices lui ayant marché sur le pied, il se reprit : cr Ce que j'ai dit qu'autrefois les trois états déposèrent le roi de France, j'entendois à dire que le pape le déposa à la requête rdes trois états, d — En d'autres occasions, il aurait dit à Marcel que le roi lui ferait couper la tête ainsi qu'aux bourgeois, et qu'alors même qu'on leur donnerait des lettres de rémission on les mettrait à mort, ou qu'on trouverait moyen de les tourmenter. — Ces propos, en supposant qu'ils aient été tenus, prouveraient que l'évêque de Laon était un esprit d'une grande clairvoyance, et qu'il n'avait peut-être d'autre tort que de parler trop ouvertement.
Pour incriminer les actes les plus simples, les accusateurs y veulent voir toujours une intention mauvaise, et, d'un article à l'autre, ils tombent dans les plus choquantes contradictions. L'évêque de Laon fut joyeux de la captivité du roi, disent-ils, il fit tous ses efforts pour l'empêcher de revenir, il diffama son gouvernement. C'est l'ambition déçue qui l'a conduit à poursuivre les officiers royaux, à s'allier avec le roi de Navarre. Ce n'est pas le moindre de ses crimes d'avoir blâmé le gouvernement et fait remonter le blâme jusqu'à la personne du roi, d'avoir conseillé aux réformateurs des états le secret sur leurs actes, cr car il n'est crrien que le roi ne puisse et ne doive savoir; n c'est une conspiration d'avoir fait jurer aux états d'agir d'accord, puisque le gouvernement appartient au prince. Enfin l'évêque de Laon n'est pas moins répréhensible pour avoir blâmé l'emprisonnement de Charles de Navarre, car cr il savoit bien que c'étoit le roi qui l'avoit rr ordonné, ce que le roi n'eût jamais fait sans bonne et juste cause, n Neuf articles sont consacrés à prouver, ou plutôt à affirmer que Le Coq avait brouillé plusieurs fois le dauphin avec son père. On lui reproche d'y avoir réussi, et cependant on ajoute qu'il vit bien qu'il n'y réussirait pas (art. 20, 3o).
Quels motifs les accusateurs donnent-ils à cette haine de Robert Le Coq contre Jean le Bon? Ce prince lui aurait préféré pour l'évêché de Laon, qu'il lui donna ensuite, Robert Chauviau, évêque de Châlons; Simon de Buci aurait été en butte aux persécutions ultérieures de l'évêque de Laon pour avoir soutenu à Avignon, au nom du roi, cette candidature, et pour s'être opposé, sans toutefois y réussir, à la grâce du frère de Robert Le Coq, qui avait tué en 1 35o le clerc de maître Guy de Saint-Sépulcre, sur le seuil de la maison du premier président, près la porte Saint -Germain des Prés. — Si Robert Le Coq haïssait le chancelier, c'est qu'il convoitait sa place.
Une pareille argumentation, ou plutôt ces misérables arguties font voir quelle distance il y a de ces courtisans aux bourgeois, et de quel côté, dans la lutte qu'ils soutenaient les uns contre les autres, on savait parler, raisonner et agir. Pour les premiers, il n'existe d'autre règle de gouvernement que la volonté du maître,