‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 113 sur 186 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

de recueillir tria fleur et la perle de la science,!' il envoyait l'autorisation de fermer pendant la nuit les deux issues de la rue du Fouarre, où se faisaient les cours

Sans retard, il partit pour Gorbie, où il allait attendre les députes d'Amiens, Amiens fidèle à Paris, qu'il avait fait mander. Il voulait conclure avec eux un accord dont le premier effel eût été d'enlever au roi de Navarre la bonne ville d'Amiens, une de celles qui lui avaient toujours garde le plus de dévouement. Elle en donna, dans cette occasion, une nouvelle marque : au lieu d'envoyer ses députés, elle fit savoir au duc de Normandie qu'il pouvait se rendre dans ses murs, et qu'il y serait bien reçu, à la condition d'y venir sans aucune escorte de gens armés. Cette réponse de la ville prouve que le parti du régent y avait gagné peu de terrain ; ce qui le prouve mieux encore, c'est qu'au seul bruit de l'approche de ce prince une émeute éclata, qui le força de s'arrêter en route et de retourner à Gorbie'21.

Cet échec du régent fut bientôt connu des Parisiens; mais, s'il leur causa de Tentatives d'accord

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la joie, il n'inspira pas au politique Marcel une confiance téméraire. Le prévôt des marchands ne se faisait point d'illusion sur les chances de succès qui lui restaient encore. Il sentait que, livré à ses propres forces, Paris ne pouvait rien; (pie mettre aux prises le roi de Navarre avec le régent, c'était partager la France en deux factions presque égales et fort redoutables l'une pour l'autre ; que l'effet le plus certain d'une telle entreprise était de favoriser la marche des Anglais et les ravages des compagnies. C'est pourquoi il souhaitait toujours un arrangement qui, en mettant d'accord le régent, le roi de Navarre et le corps municipal de Paris, assurât à la cause nationale toutes les forces dont disposaient les deux princes, et permît, à la faveur de leur rivalité à la fois entretenue et contenue, de sauver le royaume. Il pouvait espérer d'y réussir, puisque le régent montrait par ses actes le désir d'exercer, comme précédemment, son autorité sur Paris, et, afin de l'entretenir dans ces dispositions favorables, il recevait respectueusement ses moindres ordres. Une réconciliation n'était donc pas impossible entre ce prince et la bourgeoisie; il était du moins honorable de l'essayer.

■le l'Université

Etienne Marcel ne pouvait mieux faire que de prier les chefs de l'Université de Médiation tenter la démarche en son nom. Le duc de Normandie non-seulement paraissait prendre un vif intérêt aux moindres affaires de ce docte corps, mais, en outre, à la réserve d'une sommation dont il a été parlé plus haut'3', l'Université était tonjours restée neutre de fait, sinon d'intention, dans les querelles de la commune de Paris et du pouvoir royal. En cette conjoncture difficile, elle ne refusa point ses

' Ord. des rois de France. 1. III. ji. %Z*j. — 2' Trésor des Charles, reg. 86. î° 78 v°. — Lettres d'abolition pour In ville d'Amiens. — 1 Voy. chap, vi. ]>. 1 S 5 .

-m ÉTIENNE MARCEL.

bons offices au prévôt des marchands. La députation qu'elle envoya au régent se composait de deux maîtres et du bedeau de chaque nation, que conduisait le recteur lui-même ^. Au nom de la municipalité de Paris, le recteur pria le duc de Normandie de pardonner à la ville, et promit que les Parisiens feraient amende honorable, s'il garantissait la vie sauve à ceux qui avaient pu l'offenser®. Une concession si grave, qui mettait la révolution aux pieds du vaincu de la veille, eût été une faute, s'il avait été possible qu'au milieu de tous les dangers qui l'entouraient Paris pût encore se suffire à lui-même. 11 fallait à tout prix mettre fin aux complots du dehors et ramener le régent pour gouverner sous son nom.

Mais ce prince comprit que, si l'on venait le supplier, c'est qu'on le croyait nécessaire, et, quoique fort désireux de rentrer dans son palais, il fit paraître une fermeté inattendue. Il ne voulut point prêter l'oreille aux propositions des Parisiens. Il répondit crque jamais à Paris n'entreroit, si auroit eu pleine satisfac- « tion de ceux qui courroucé l'avoient ... Il leur mandoit et écrivoit bien génère ralement que nulle paix ne leur tiendroit jusques à tant que douze hommes de cr Paris, lesquels qu'il voudroit élire, il auroit à sa volonté ®. n C'était, disait-il, un point sur lequel il ne pouvait transiger; seulement, il voulait bien s'engager à ne pas mettre à mort ceux qui lui seraient abandonnés.

La députation ne put obtenir d'autre réponse. Etienne Marcel comptait trop peu sur la bonne foi du régent pour accepter ses conditions et ses promesses. Fût-il sincère, ce jeune et faible prince ne saurait résister à ses courtisans et à ses officiers, s'ils le pressaient de se faire l'instrument de leurs rancunes. Le prévôt aurait pu sacrifier sa vie pour le salut de ses concitoyens; mais avait-il le droit de sacrifier aussi celle de ses amis? Rien, après tout, n'était désespéré. On ne voyait pas dans le peuple la moindre marque de découragement : sa confiance dans les chefs qu'il s'était donnés semblait inébranlable.

Prise du Louvre Les conditions du régent furent donc repoussées, et Marcel ne songea plus cru à

par Marcel. " 1 a O 1 ~1

compléter les préparatifs d'une défense énergique. Il osa même prendre l'offensive. Par une attaque soudaine, il s'empara du Louvre, qui se trouvait en dehors de la ville, et l'y renferma en reculant les murailles, afin que, cessant d'être une Nouvelles fortifications, menace, cette forteresse couvrît Paris du côté du couchant. Les portes qui conduisaient à la Seine furent fermées, ce qui acheva d'irriter le régent, car il perdait par là tout moyen d'introduire ses émissaires. Les fossés furent creusés de nouveau et devinrent deux fois plus profonds qu'ils n'étaient auparavant ; les murs réparés furent garnis de balistes, de parapets; sept cent cinquante guérites

(1) Duboulay, Histoire de l'Université de Paris, (2) Contin. de Nangis, p. a55.

t. IV. p. Zkh. — On sait que l'Université de Paris (3) Froissarl. liv. I. pari, a . ch. lx\ et lxxii.

se (li\is;iil en nations.

Conditions du régent repnussées.

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