CHAPITRE HUITIÈME
y fuient fixées avec des crampons en fer. Le faubourg Saint-Victor fut entièrement détruit, parce qu'il pouvait nuire à la défense de la ville'1'.
La grande affaire du moment, c'était de créer une armée. Sur le conseil de Efforts
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Marcel, léveque de Laon, qui n avait rien à ménager depuis sa luite de Loinpiègne, venait de garnir ses châteaux de troupes, de vivres, d'armes et d'artillerie; tous les personnages considérables du parti populaire avaient reçu l'ordre d'en faire autant sur leurs domaines. Marcel, pendant ce temps, s'était procuré de fortes sommes d'argent, afin qu'une bonne paye, solidement garantie et régulièrement fournie, l'assurât de la fidélité de ses soldats. Il envoyait de toutes parts pour enrôler des hommes aguerris et pour acheter des armes. Mais presque partout il était victime des malversations de ses agents et de la mauvaise foi des mercenaires. Jean de Donat était parti pour Avignon, afin de remettre à Pierre Maloisel, agent du prévôt, deux mille florins d'or au mouton. Maloisel s'empressa d'engager Arnaud de Gervoles, ce terrible chef de bandes qu'on nommait l'Archiprêtre, et qui, pendant plus de trois ans, avait ravagé la Provence sans pitié ni merci12'. Il vivait pour lors grassement sur le territoire d'Avignon, aux frais du pape, qui tremblait devant un tel défenseur. L'Archiprêtre reçut les sommes que lui offrait Maloisel, mais il n'eut garde ensuite de quitter Avignon pour venir dans le Nord gagner péniblement un argent qu'on avait eu l'imprudence de lui avaucer. Avec le reste des sommes que Donat lui avait apportées, Maloisel acheta des armes; des gens du comte de Poitiers, gouverneur de Languedoc et frère du régent, qui se trouvaient à la cour pontificale, s'en emparèrent et les gardèrent sans les payer'3'.
S'il n'y avait eu là qu'une perte d'argent, le malheur, quoique grand, n'eût point paru irréparable; mais Marcel y vit, non sans raison, combien il lui serait difficile de se faire une armée, et, par suite, de quelle importance il était de
[) n-Castrum de Lupara juxta antiquos muros
- Parisienses in manu sua cives receperunt, illos
- qui ipsum ex parte ducis regentis custodiebant rrcilius excellentes, portas versus aquasobslruentes, f-et introitum versus villam de cœtero facientes; -quod quidem factum ipsum dominum ducem ad -indignationem amplius provocavit. Tune enim -omnes inceperunt se aerius defendere et munire, rt muros reparare, fossata jam inchoata sollicite irprofundare, et super fossata ad partem orientatrlem muros parvos novos construere, balistas ad -exitus portarum elevare. Ëodem anno fuerunt •clausae perpetuo plures portœ, et tune fossata anle rr portas exlerius elevata, utputa Inferni, quœ prœ- -tentlebat ad Cartusienses, inter Prœdicatores et
cf Minores; porta Sancti Victoris et suburbium des- (ftructum, porta quœ prœtendebat ad prata Sancti rfGermani, et plures aliœ, quarum nomina ignoerramus. Eodem anno fuerunt destructa bospilia et rrdomus quas fratres Prœdicatores liabebant et Mifrnores extra muros Parisienses. r, (Contin. de Nangis, p. 256, 257.)
(2) Arnaud de Cervoles était proche parent des Talleyrand dePérigord. On l'appelait Y Archiprêtrc , à cause d'un bénéfice d'église qu'il possédait, quoique laïque. (\'oy. H. Martin, Hist. de France, t. V. p. 176.)
(3) Trésor des Chartes, reg. 90, p. i3a. — Secousse. Mémoires sur Charles le Mauvais, t. II, p. 162.
gagner définitivement le roi de Navarre, qui en avait une, t'allùl-il subir ses conditions léonines, et celles de son frère, Philippe de Longueville. On ne pouvait prévoir qu'un éclat effroyable allait, par une diversion puissante, apporter à la révolution bourgeoise un secours inattendu, et en même temps l'exposer à de nouveaux et terribles dangers.