‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 127 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

été d'une extrême conséquence de les faire tous prisonniers et de les garder comme otages, car le désir de rendre à la liberté les princesses de sa famille eût forcé le régent de prêter sérieusement l'oreille aux ouvertures de Marcel. Mais ce n'était pas de bandes indisciplinées et mal aguerries qu'on avait besoin pour surmonter les obstacles, c'était de bons et solides soldats, capables de soutenir le choc de leurs ennemis.

\\cc de si Faibles ressources, il était difficile d'emporter le marché et prudent Attaque du marché, dr se borner à surveiller cette place redoutable, à empêcher qu'on n'y introduisît des renforts. Pendant ce temps, les assiégeants eux-mêmes auraient pu en recevoir, car ils en avaient demandé à Paris. Suivant quelques-uns, ils s'en tinrent à cette tactique prudente et d'autant plus praticable qu'ils se voyaient reçus en amis, hébergés et fêtés par les habitants de Meaux, où ils étaient arrivés le lendemain de leur départ W. Mais la plupart des auteurs et des textes semblent établir que l'audace prévalut dans les conseils des Parisiens. Ce fut, en tout cas, une faute grave, puisqu'ils ne purent même repousser ceux qui venaient au secours des nobles dames enfermées dans le marché.

Il se trouvait pour lors à Châlons deux aventuriers qui venaient de gagner leur paradis en combattant les païens de Prusse, expédition aussi méritoire et moins pénible que n'eût été une croisade en Terre Sainte. Ces deux aventuriers étaient Gaston, comte de Foix, surnommé Phébus. à cause de sa beauté, et le captai de Buch, seigneur gascon, dévoué aux Anglais®. Avertis du danger que couraient tant de nobles dames, ils ne crurent pas que la chevalerie leur permît d'y rester insensibles. Ils accourent donc avec quarante lances, qui faisaient une petite troupe d'environ cent cinquante ou deux cents hommes (3) exercés aux combats et redoutables par leurs armures offensives et défensives, surtout pour des adversaires mal aguerris et mal armés.

A l'arrivée d'un si précieux renfort, les défenseurs de la forteresse reprirent Combat du ponl courage, et, avec le secours de ces volontaires, marchèrent au combat. Le hasard, plutôt que leurs calculs, fut cause que la rencontre eut lieu sur le pont de la

' rlls firent mettre les tables et tes nappes rrparmy les rues, le pain, le vin et les viandes sus. set burent et mangièrent se il vouidrent et se resrrfraichirent. n (Grandes Chroniques, t. VI, p. îiîî. — Tre's. des Chartes, reg. 86, p. 21 1. — Secousse. Preuves, p. 92. — Bibl. Nat. ms. fr. n° ^1987, anc. suppl. fr. n° 53o, f° 66 v°.)

s) Il était si peu porté pour le dauphin et la couronne de France, cpie plus tard il fit tous ses efforts pour empêcher le couronnement du roi

Charles V, qu'il pensa y réussir, et mourut dans les prisons de ce même prince. (Christine de Pisan, 1 " part. ch. xxxi, t. I, p. 62g.)

(3) M. Bonnemère admet le chiffre de quarante, sans penser qu'une lance était un homme d'armes qui traînait à sa suite plusieurs valets ou écuyers utilisés pour les combats. D'autres renchérissent encore et parlent de vingt-cinq hommes seulement, ce qui ne les empêche pas d'admettre les neuf ou dix mille assaillants dont parle Froissait.

Marne, qui joignait la ville au marché. Par là, les Parisiens, rrces villains, noirs, tf petits et très-mal armés, n comme les appelle Froissart perdirent l'avantage du nombre, et ceux d'entre eux qui purent se mesurer avec leurs ennemis, les trouvant bien repus et vigoureux, couverts de fortes armures, de longues lances et de bonnes épées, virent l'impuissance de leurs corps épuisés par la marche autant que par la misère, de leurs flèches, de leurs faux et de leurs fourches sur ce rempart humain, garni de fer, qu'ils ne pouvaient tourner. La victoire n'était donc point douteuse; mais les gentilshommes ne s'attendaient pas à la payer si cher. En se précipitant tête baissée, ils rencontrèrent les archers parisiens, qui étaient au premier rang. Ces braves gens, quoique médiocrement armés et mal soutenus, les reçurent avec une bravoure inouïe et couvrirent la terre des cadavres de leurs ennemis; mais ils s'épuisaient à cette lutte inégale, et, faute de pouvoir faire place à des troupes fraîches, à la fin ils furent écrasés. Tout le reste, une fois découvert, fut mis facilement en déroute, et l'on peut croire ce que dit Froissait , quand il parle en triomphateur de ces malheureux qu'on poursuivait et qu'on abattait par tas , comme des bêtes, ou qu'on forçait de se précipiter dans la Marne il n'y a exagération que dans le nombre de ces tristes victimes, qu'il porte à sept mille : pouvait-il dire moins, puisqu'il avait supposé dix mille assaillants? Puis, passant le pont à la suite des fuyards, les nobles vainqueurs et les gens du dauphin attaquèrent même les bourgeois inoffensifs; ceux qui ne tombèrent pas sous leurs coups furent jetés en prison. Le feu ayant été mis au faubourg, les malheureux habitants qui voulaient fuir étaient rejetés dans les flammes à coups de lance (3). Le maire Soulas, bien qu'il n'eût commis d'autre crime que de défendre l'indépendance et les intérêts de la commune dont il était le chef, fut pendu avec plusieurs autres qu'on accusait d'être ses complices'4'. Le régent, sa famille et ses amis étaient restés assiégés cr vingt-deux jours environ, n

!l) Froissart, Iiv. I, part. 2, ch. lxviii.

;!) trAdonc ceux qu'étoient devant, et qui senrftoient les horions on qui les redonloient à avoir, rrreculoientde hideur, tant à une fois qu'ils chéoient rrl'un sur l'autre. Adonc issirent toutes manières trde gens d'armes hors de barrières et gagnèrent rr tantôt la place, et se boutèrent entre ces médians rfgcns. Si les abbatoient à grands monceaux et " (noient ainsi que bêtes; et les raboutèrent tons hors ttde la ville que oneques en nul d'eux n'y eut ordonnance ni conroy, et en tuèrent tant qu'ils en «étaient tous lasses et tanne's, et les faisoient saillir 111 la rivière de Marne.» (Froissart. ibid.)

,3) «Un manuscrit des Chroniques de Saint-Denis , "qui a appartenu à Charles V, contient une niiniarrture qui représente le combat de Meaux : sur 1rs «tours du marché llottent des pennons blancs. C'est

rr la première fois que le drapeau blanc ligure dans tfiin monument de notre histoire, comme l'observe «l'éditeur de la nouvelle édition des Chroniques, « M. Paulin Paris. » (Note de M. H. Martin , Histoire de France, t. V, p. 198.)

(i) Les Grandes Chroniques prétendent que Jean Soulas avait promis au régent de lui rester fidèle. Rien n'est moins probable, puisque le dévouement des habitants de Meaux à la cause des Parisiens est notoire et avoué par tous les documents. — »El rtjasoit ce cpie Jehan Soulas, lors maire de Meaux . rret pluseurs autres de la dite ville eussent juré au rrdit régent que il luy seraient bons et loyaux, et ne rrsoufferoient aucune chose estre faite contre luy né tr contre son honneur, néantmoins il firent ouvrir tries portes de la dite cité aux dis de Paris et Cilly. » (Crandes Chroniques, t. VI, |>. 1 i3.) 11 n'est jamais

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