‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 134 sur 186 · CHAPITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIEME

les autres allèrent joindre le régent W. Ainsi Etienne Marcel perdit l'espérance qu'il avait nourrie de semer la division parmi les nobles et d'attirer dans l'alliance de Paris tous ceux qu'il croyait dévoués au roi de Navarre.

Il fallait du moins mettre ce prince en demeure de rendre le service qu'on Rencontre

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attendait de lui, je veux dire la délivrance de Pans. On aurait pu exiger qu il terminât l'entreprise par ses propres forces, qui n'étaient guère inférieures à celles du régent; mais, afin de ne lui laisser aucun prétexte de différer, Marcel lui donna une armée de quinze mille Parisiens. Ces volontaires , réunis aux compagnies de Navarre, partirent sous la conduite du roi Charles et s'aventurèrent assez loin dans la Brie à la recherche des troupes royales. Celles qu'ils rencontrèrent étaient inférieures en nombre, et tout semblait promettre une facile victoire, lorsqu'on vit le roi s'avancer au galop et presque seul vers ses adversaires. L'armée qu'il conduisait blâmait sa témérité, non sans une secrète admiration, et déjà elle s'apprêtait à le suivre, pour le soutenir au besoin; quelle ne fut pas sa surprise, en le voyant reçu comme un ami par les chefs du parti opposé ! Une conversation

Conduite douteuse

s engagea entre eux, fort pacifique, à en juger par les apparences; puis le Navarrais revint vers les siens, et, sans coup férir, donna l'ordre de la retraite. Les Parisiens obéirent et se replièrent sur Senlis et Gonesse : ils accusaient hautement leur chef de trahison.

du Navarrais.

Ces étranges nouvelles soulevèrent à Paris d'effroyables colères. Les mécon- introduction

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tents s écrièrent que ce n était pas la peine d'inviter en quelque sorte le roi de compagnies dans Paris. Navarre à mettre la main sur la couronne, puisqu'il ne pouvait ou ne voulait pas donner la protection qu'on lui demandait en échange. Saisissant l'occasion pour «■tendre leurs accusations jusqu'à Marcel lui-même, ils lui reprochaient d'introduire dans la ville ces redoutables aventuriers qui avaient jeté la désolation et l'épouvante aux alentours. Le prévôt, en effet, pour opposer au régent des forces suffisantes, venait de traiter avec la grande compagnie cantonnée à Epernon et de la mettre à la solde de Paris. Si l'on en était réduit à introduire l'ennemi dans la place, ne valait-il pas mieux en ouvrir les portes au duc de Normandie et aux nobles, qui, du moins, étaient Français? Ainsi, chacun pensait avoir des raisons de se plaindre, les uns delà position faite au roi de Navarre, les autres de l'introduction des brigands. C'était Marcel qui avait pris l'initiative de ces deux mesures : il devait y compromettre son autorité. Quant à Charles le Mauvais, du premier coup il avait perdu la sienne, et il voyait bien qu'il aurait à Paris beaucoup d'embarras. C'est pourquoi il feignit la colère, et, se plaignant des dispositions que les Parisiens témoignaient à son égard, il se hâta de se retirer à Saint-Denis.

(1) Grandes Chroniques, t. VI. p. 117, 118. — Contin. de Nangis. p. 261.

Ravages En apprenant que les Parisiens avaient mis son rival à leur tête (1 k juin), le

ewr s par e gent. r£ n^ ^e gon co^ ^ était entré dans une irritation extrême. Dès le i5 juin, il avait quitté Sens et s'était rendu successivement à Provins, à Château-Thierry, à Gandelus, à la Ferté-Milon, poursuivant sur son chemin les malheureux restes de la Jacquerie. Tout le pays situé entre Seine et Marne fut ravagé par ses gentilshommes, auxquels venaient se joindre ceux des pays voisins. «Et toujours arcrdoient les gentilshommes aucunes maisons qu'ils trouvoient à ceux de Paris, rr s'ils nétoient officiers du roi ou du régent, et prenoient et emportoient tous les ce biens meubles qu'ils trouvoient et estoient aux dits habitans, et ne s'osoit hom me «qui allât par pays avouer de Paris. Et aussi tuoient les gentilshommes tous ceux rr qu'ils pouvoient trouver qui avoient été de la compagnie des jacques, c'est-à- •rdire des communes qui avoient tué les gentilshommes, leurs femmes et leurs crenfans, et abattu maisons; et tant qu'on tenoit certainement que l'on en avoit rebien tué dedans le jour de la Saint-Jean-Baptiste vingt mille et plus, n L'aveu est à noter sous la plume de Pierre d'Orgemont; peut-être même faut-il en rabattre, car il n'y voit pour ses amis qu'un titre de gloire; mais il est certain du moins que personne n'osait plus se prononcer pour la cause populaire : la terreur régnait à trente lieues à la ronde

Entremise Ce découragement général poussa le prévôt des marchands à faire un nouveau

de la reine Jeanne. ■ . r, . ^ j . y . e . .

pas vers la conciliation, bur sa prière, la reine Jeanne, qui ne remsait jamais ses bons offices pour rétablir la paix, se rendit du côté de Meaux, où se trouvait pour lors le régent, et le sollicita de consentir à un accommodement raisonnable; mais une pareille démarche était pour ce jeune prince comme le gage d'un prochain triomphe, et il en savourait trop d'avance la satisfaction pour prêter l'oreille aux propositions de ses ennemis tant qu'ils ne se rendraient pas à merci.

Dans de pareilles extrémités , le plus faible ne peut proposer la paix sans trahir le secret de sa faiblesse et donner au plus fort la mesure de ce qu'il peut exiger. Il faudrait donc voir, dans la démarche du prévôt, une faute politique, si le sentiment de son impuissance finale ne l'eût condamné à cette tentative suprême. Dans tous les cas, ces efforts répétés sont une marque nouvelle du désir sincère qu'éprouvait encore Marcel de ne livrer, s'il était possible, ni le royaume, ni ses amis, ni lui-même, à un prince dont il n'était pas sûr, à ce roi de Navarre qui ne cherchait en toutes choses que ce qui pouvait servir son ambition. L'histoire, qui a les documents sous les yeux, n'est guère excusable de s'y être tompée; mais les contemporains méritent plus d'indulgence, car, lorsqu'ils s'élevaient le plus violemment contre Etienne Marcel, ils n'étaient pas dans le secret de ses négociations et de ses desseins. Ils l'accusaient de s'opposer à la délivrance du roi, de

Grandes Chroniques, t. VI. p. 118.

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