CHAPITRE ONZIÈME
final des Parisiens, il n'avait plus qu'à étouffer son désir de régner et à tout disposer pour que l'appui qu'il leur avait donné ne lui fît pas perdre le rang, les biens et les autres avantages qu'il possédait.
Ou'il ne voulût s'enganier sans retour d'aucun côté, c'est ce qui résulte de toute e Les princes
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sa conduite et singulièrement des circonstances qui suivirent la conclusion du traité de paix. Les deux princes assistaient à la messe, comme pour donner une sanction religieuse aux engagements qu'ils venaient de prendre. L'évêque de Lisieux officiait : il et consacra deux personnes (c'est-à-dire deux hosties), en espérance crque de l'une fût faite deux parties et usées par les dits régent et roi. Et quand rr la messe fut chantée, les dits régent et roi jurèrent, sur le corps-Dieu sacré et que le dit évêque tenoit entre ses mains, qu'ils tiendroient et âccômpliroient , rrsans enfreindre, tout ce que chacun avoit promis. Et après le dit évêque brisa r l'hostie et en voulut faire user à chacun des dits régent et roi; mais le dit roi rr dit qu'il n'étoit pas à jeun; et, pour ce, le dit régent n'en prit point aussi Ce qui achève cette comédie, c'est que ces deux princes, qui craignaient de se parjurer sur l'hostie consacrée, se parjurèrent sans difficulté sur le crucifix, par un serment qu'ils étaient résolus de ne pas tenir. Ils se retirèrent ensuite, le roi de Navarre à Saint-Denis et le régent à Charenton.
Le lendemain, 10 juillet, tandis que ce dernier, cr résolu , dit-il, à tenir la paix Rupture du traité, ce en la manière que prud'hommes le dévoient faire, n se retirait à Meaux, Charles le Mauvais, accompagné des Anglais et autres mercenaires qu'il avait à sa solde, se rendit à Paris, aux environs de la porte Saint-Denis, où il voulait avoir une entrevue avec les chefs populaires, afin de leur faire accepter le traité. Il les croyait fort découragés et ne doutait pas, sinon de leur reconnaissance, du moins de leur résignation. Quelle ne fut pas sa surprise de se voir accueilli comme un ennemi et comme un traître! 11 aurait dû, s'écriait-on de toutes parts, s'entendre avec le prévôt des marchands et ne rien conclure sans son aveu; s'il avait fait autrement, c'est qu'il n'avait en vue que son propre intérêt. La discussion s'échauffa bientôt jusqu'à la violence, et la personne même du roi eût couru quelques dangers, si ses Anglais ne l'eussent protégé contre les Parisiens. S'apercevant alors qu'il s'était trop avancé, Charles le Mauvais s'excusa auprès des alliés qu'il venait de trahir. Il déclara formellement qu'il pouvait, si tel était leur désir, renoncer au traité sans faire un parjure, puisqu'il n'avait pas communié. Cette proposition apaisa les ressentiments; mais, comme le passé inspirait une juste défiance, le Navarrais dut, en retournant à Saint-Denis, laisser pour gages de sa bonne foi les hommes d'armes qui lui avaient servi d'escorte.
(l) Grandes Chroniques , t. VI, p. 12'fc, 122.
Etienne Marcel jugea qu'il fallait saisir l'occasion de faire voir au régent que le traité était rompu et de compromettre sans retour le roi de Navarre. C'est pourquoi, dès le lendemain, il fit faire une sortie contre les troupes royales. A côté des Parisiens marchaient les mercenaires de Navarre; mais, obligés de combattre contre des hommes avec qui, la veille encore, on leur disait que la paix était conclue, ils n'agirent qu'avec mollesse, et tout le poids de la lutte retomba sur les Parisiens. Les bourgeois attaquèrent avec un grand courage : quoique mal soutenus, ils tinrent bon jusqu'à minuit, et ne se retirèrent que devant le nombre écrasant de leurs ennemis.
nire ira 'fou*0 rinces ^cnec était peu de chose au prix du succès qu'on venait d'obtenir en met-
tant le roi de Navarre dans l'impuissance de nuire. Ce prince avait perdu toute la confiance des Parisiens et n'était plus leur capitaine que de nom, tandis que la présence de ses hommes d'armes dans les rangs des bourgeois venait d'irriter les rancunes du régent. Pour augmenter les embarras de son cousin et le contraindre à se prononcer, le régent feignit d'ignorer l'infraction déjà faite au traité de l'avant-veille , et, dès le 12 juillet, il envoya requérir le roi Charles de lui prêter assistance, aux termes de leurs conventions. Mais le Navarrais était homme de ressource : il se tira fort adroitement de ce pas difficile. 11 imagina de prendre les devants en récriminant le premier contre son beau-frère, et il l'accusa ouvertement d'avoir violé le traité, tandis qu'il était lui-même à Paris pour l'y faire approuver. Le régent n'avait fourni d'autre prétexte que les rapines de ses gentilshommes et de ses mercenaires, et l'on a vu que le roi Charles avait moins que personne le droit de lui en faire un crime; mais le but était atteint et la rupture expliquée d'une manière qui ne pouvait qu'être agréable aux Parisiens.
Lettre de Marcel aux Bennes villes.
Toutefois, s'ils en éprouvèrent quelque contentement, ils avaient appris à leurs dépens qu'il v aurait imprudence à trop compter sur le roi de Navarre, et c'est sans doute cette conviction, si pénible après tant de sacrifices, qui détermina Etienne Marcel à demander le concours des bonnes villes de la langue d oil et même des communes de Flandre, dont la prospérité lui faisait envie et avec lesquelles il entretenait d'étroites relations. Même après tant de déceptions et de souffrances, il refusait donc de livrer Paris sans conditions au roi de Navarre; car. s'il l'eût voulu faire dès ce moment, comme il s'y résigna plus tard, il aurait pu s'abstenir de ce suprême appel. Mais, avant de tout perdre pour tout sauver, il restait fidèle aux projets de ses meilleurs jours, et ne voyait encore le salut de la Fiance que dans le règne de la bourgeoisie, la confédération des bonnes villes, l'alliance avec les communes flamandes et la direction suprême des états
généraux.
Le 1 1 juillet, à l'instant même où les Parisiens exécutaient cette sortie qui (il