‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 141 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

mandie, convocation générale fut faite des trois étals du royaume de France, cierge', nobles et bonnes villes, pour avoir couseil sur le fait de la délivrance du roi notre dit seigneur, et sur la défense du royaume et des sujets, et le bon gouvernement cFicelui qui, par long temps, parles faux et déloyaux conseillers et corrompus officiers, avoit petitement été gouverné, dont les grands maux, que chacun a vus pour les dites causes et plusieurs autres, sont avenus au royaume et aux sujets, et aussi pour avoir finance convenable par consentement de tous pour le fait de la guerre, et combien que des dits états fussent à la dite journée très-grands et notables nombres, et des remèdes sur tous les dits points et aussi des aides fussent tout en accord, toutefois la ebose fut empêchée, délaiée et froissée par les malices et fausses inductions des dits conseillers et officiers, à l'opinion des quels s'inclina Mgr le duc plus qu'à tout le bon conseil qui donné lui fut par tous les états du dit royaume, dont grand mal s'ensuivirent et grandes perditions de pays, et pour ce furent faites autres assemblées pour les dites causes. Les dites saintes ordonnances faites premièrement et en écrit rédigées furent par tous louées et approuvées, promises et jurées, et par Mgr le duc en las de soie et en cire verte confirmées et par lui promises et jurées, ès quelles avoit cinq points principaux :

Premièrement, que justice lut réformée, tenue et gardée; la multitude de mauvais et corrompus officiers qui détruisoient le peuple ôtée; les grandes aliénations faites du patrimoine du royaume en personnes indignes au grand dommage du roi et du royaume fussent rappelés et au patrimoine réincorporés; la personne de Mgr le duc de bonnes personnes sages et loyaux, de bons, vrais et loyaux conseillers, fût associée et bien ornée, et rejetés de sa compagnie plusieurs de petit état et de petit sens qu'il croyoit, plus que métier ne lui fût, qui étoient ou sont de mauvaise famé et renommée; défense bonne et convenable par fait d'armes contre les ennemis fût aux sujets du royaume administrée et prêtée, les prises qui se faisoient sur le peuple sans rien payer, dont le peuple avoit été très-grandement dommage', fussent du tout ôtées. Les quelles ordonnances en tous les points dessus dits furent, par Mgr le duc et plusieurs mauvais étant près de lui, froissées et cassées, et grandes divisions entre les états engendrées, car les plusieurs des nobles, des choses par eux consenties, accordées, promises et jurées, et aussi du clergé, se départirent et du tout des bonnes villes se divisèrent, ni rien des choses accordées se payèrent, et à la volonté de Mgr le duc du tout se conformèrent, afin que sur eux, sur leurs terres ni sur leurs sujets ne fût aucune chose prise ni levée; et pour ce, trèscher seigneur et très-vrai ami, que nous et plusieurs autres bonnes villes les susdites ordonnances par nous et tous autres, comme dit est, accordées et jurées, voulûmes tenir et accomplir sans comparaison, et par ces défauts et plusieurs autres voyons nous et le royaume en état de perdition.

Et pour ce que souvent à Mgr le duc et son conseil en faisions requête d'y remédier, nous avons moult encouru la malevolonté de lui et des dits nobles, en nous mettant sus, à grand tort, que nous voulions avoir le gouvernement du royaume, et combien que Mgr le duc bel en répondit et à faire le promit, rien n'en faisoit, mais tout le contraire, et contre nous et ceux qui ensuivoient notre opinion éloit en courage si forment mû, que par maintes voies procuroit et laisoit procurer notre destruction, et s'étudioit faire, en la bonne cité de Paris, des menu> contre nous grande commotion. Pour la quelle chose et aucunes autres aucuns mauvais de ses conseillers en très-bon petit nombre en ont été justement mis à mort, qui en ce et en plusieurs autres grands maux le nourrissoient et introduisoient, depuis les quelles choses le dit Mgr le duc, avec grande quantité de nobles voulant la destruction universelle de nous, des gens des bonnes villes et de tout le plat pays, sont en armes et en osl pour notre destruction devant la bonne ville de Paris, et ont été à Meaux, là où de bonne foi les citoyens les avoient reçus, là où ils ont détruit la cité et tous les citoyens et fait plusieurs horribles maux, selon ce que de

ce et des choses dessus dites et de plusieurs autres vous pourra plus pleinement apparoître par certains rôles, les quels nous vous envoyonss ous le contre-scel de la ville de Paris clos. Et vous supplions et prions tant et si acertes comme plus pouvons que, tout votre commun assemblé, et en audience, vous plaise les dits rôles faire lire avec ces présentes et clairement exposer à votre commun les choses qui contenues y sont.

Très-chers seigneurs et bons amis, nous pensons que vous avez bien ouï parler comment très-grande multitude de nobles, tant de votre pays de Flandres, d'Artois, de Boulonnois, de Guinois, de Ponthieu, de Hainaut, de Corbiois, de Beauvoisis et de Vermandois, comme de plusieurs autres lieux, par manière universelle de nobles universaument contre non-nobles, sans faire distinction quelconque de coupables ou non coupables, de bons ou de mauvais, sont venus en armes par manière d'hostilité, de meurtre et de roberie, deçà l'eau de la Somme et aussi deçà l'eau d'Oise, et, combien que à plusieurs d'eux rien ne leur ait été méfait, toutefois ils ont ars les villes, tué les bonnes gens des pays sans pitié et miséricorde quelconque, robé et pillé tout tant qu'ils ont trouvé, femmes, enfans, prêtres, religieux, mis à cruelles géhennes pour savoir l'avoir des gens et iceux prendre et rober, et plusieurs d'iceux faire mourir ès géhennes, les églises robées, les calices , sanctuaires, chapes ôtées et robées, les prêtres célébrans pris et les calices ôlés de devant eux, et les aucuns d'eux le corps Notre Sire jeté à leurs varlets. le précieux sang Notre Sire jeté à la paroi, les vaisseaux où é toit le corps Notre Sire pris, les églises, abbayes, prieurés et églises paroissiales qu'ils ne ardoient mis à rançon, et les personnes de sainte Eglise, les pucelles corrompues et les femmes violées en présence de leurs maris, el brièvement fait plus de maux plus cruellement et plus inhumainement que oncques ne firent les Wandres ni Sarrasins, et plusieurs des dites pilles ont portées en Flandres, en Artois et en Vermandois, et très-grande quantité en ont laissée à Compiègne, qui ès dits faits les a soutenus et soutient à la destruction du plat pays et des bonnes villes, et encore ès dits maux persévèrent de jour en jour, el tous marchands qu'ils trouvent mettent à mort et rançonnent et ôtenl leurs marchandises, tout homme non noble de bonnes villes ou de plat pays et les laboureurs tous mettent à mort et robent et dérobent, ont pris quarante et cinq mules chargées de draps de Flandres et d'ailleurs, et iceux ont pillés et ôlés aux marchands qui les menoient avec les dits draps.

Et ainsi voyons clairement qu'ils nous entendent universaument tous des bonnes villes et du plat pays sans pitié ni miséricorde, si Dieu ne nous secourt et aide, et nos bons amis, frères et voisins, mettre à destruction. Et bien savons que Mgr le duc, nous, nos biens et de tout le plat pays, a mis en abandon aux nobles, et de ce qu'ils ont fait et feront sur nous les a avoués, ni n'ont d'autres gages de lui que ce qu'ils peuvent rober; et combien que les dits nobles, depuis la prise du roi notre sire, ne se soient voulu armer contre les ennemis du royaume, si comme chacun a vu et su, ni aussi Mgr le duc, toutefois contre nous se sont armés et contre le commun, et pour la très-grande haine qu'ils ont à nous, à tout le commun, et les grandes pilleries et roberies qu'ils font sur le peuple, il en vient grande et si grande quantité que c'est merveille. Si avons bien métier de l'aide de Notre Sire, de la vôtre et de tous nos bons amis, el ceux qui aideront à défendre le bon peuple, les bons laboureurs et les bons marchands, sans les quels nous ne pouvons vivre, contre ces meurtriers, robeurs et cruels ennemis de Dieu et de la foi, acquerront plus grand mérite envers Notre Sire que s'ils alloient tous croisés contre les Sarrasins; et certes ils ont jà fait tant de maux deçà la Somme et en Beauvoisis et deçà l'eau d'Oise, el tant tué de laboureurs, qu'il est grand doute que celte année, qui ès dits pays étoit très-fertile de blés et de vins, ne soit du tout gâtée et périe, et qu'il n'y ait qui laboure el cueille les vins, ni aussi où mettre les vins, pour les vaisseaux des villes qui sont tous ars. el aussi les villes.

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