‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 143 sur 186 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

varre en qualité de capitaine. Meaux eùl fait comme elles, si cette infortunée cité avait eu le temps de se relever de ses ruines. Beaucoup d'autres, sans aucun doute, demeurèrent fermes dans l'alliance de Paris.

Le succès du plan que Marcel proposait aux bonnes villes dépendait du temps qu'on aurait pour l'exécuter; or les événements se précipitaient avec tant de rapidité, que les Parisiens avaient assez à faire de garder les portes et les murailles de la ville. Ils ne voyaient pas sans frémir les environs livrés à la merci des troupes royales; mais, faute de monde, ils devaient se résigner à ces pertes irréparables, et se réserver pour des intérêts plus généraux. Fallait-il, par exemple, approvisionner Paris, plutôt que de renvoyer les bouches inutiles; ils préparaient et faisaient des sorties avec autant d'habileté dans les dispositions, que d'audace dans l'exécution.

La plus considérable dont parlent les auteurs eut lieu le 1 h juillet. La disette devenait menaçante, et l'on entrevoyait déjà son sinistre cortège, la famine et la peste. Corbeil , d'où le pain venait à Paris, était occupé par les troupes du régent. Pour dégager cette ville, Marcel se mit bravement à la tète des Parisiens et d'un petit nombre des mercenaires de Navarre. Il avait ordonné, en partant, que, tandis qu'il mareberait sur Corbeil, on poussât une vigoureuse sortie du côté de la porte Saint-Antoine, afin d'occuper une partie des troupes du régent : ceux qui étaient ebargés de cette diversion tinrent tète, durant tout le jour, à leurs adversaires, et ce ne fut qu'à la nuit qu'ils rentrèrent à Paris.

Pendant ce temps, Etienne Marcel avait conduit avec beaucoup de bonheur l'expédition principale. Arrivé devant Corbeil, il défit les bommes d'armes du régent et les força de battre en retraite; puis, revenant sur ses pas, il se dirigea vers le pont établi en face des carrières, et qui incommodait si fort les Parisiens. Comme il n'était pas attendu de ce côté-là, il put, en se mettant dans l'eau cr jusqu'au nomcrbriln avec sa colonne, arriver au pont et surprendre les ennemis. Il parvint même a détruire en partie cet ouvrage; mais les troupes royales, combattant sous les yeux du prince qui les payait, firent un grand effort: après une lutte acbarnée et des pertes sensibles, elles repoussèrent les bourgeois, non sans laisser entre leurs mains cr monseigneur*1 Rigaud de Fontaine, successeur de Robert de Clermont en qualité de maréchal de Normandie. Etienne Marcel n'avait au dehors aucun établissement : il ne pouvait donc prolonger la résistance; il rentra d'autant plus volontiers dans Paris qu'il avait délivré Corbeil, emporté des vivres, détruit le pont de Charenton, et fait prisonnier un de ses ennemis les plus considérables

(l) Grandes Chroniques, t. VI, p. 1 1> 5. — Contin. de Nangis , p. -260. — Les chroniqueurs parlent trèsconfuse'ment de celte affaire. Quelques-uns ne disent rien de l'expédition sur Corbeil . mais ils parlent de

l'attaque du pont de Charenton, et ajoutent quelle eut lieu le 1/1 juillet, qui est le jour auquel les premiers rapportent l'expédition de Corbeil; il est donc impossible de ne pas admettre que ces deux attaques

Nouvelles négociations. CeS sorties, ces attaques, cette résistance opiniâtre, mettaient le régent dans une surprise dont il ne pouvait revenir. N'espérant pas, avec ses trente mille hommes, se rendre maître de Paris, il avait compté sur la famine, et trouvait qu'elle tardait trop à son gré; il s'attendait à des dissensions intestines qui permettraient à ses partisans de lui ouvrir les portes, et il voyait qu'ils n'osaient pas se soulever, même lorsque les plus redoutables soutiens de la cause populaire étaient en marche sur Gorbeil. C'est pourquoi, sans renoncer encore à rentrer dans Paris par la défection ouverte ou la trahison de ses partisans, il se montrait plus disposé à prêter l'oreille aux sollicitations de la reine Jeanne , car, s'il ne parvenait, par un traité, à ses fins, qui étaient d'avoir ses ennemis à sa discrétion, il pouvait, du moins, par des négociations, endormir leur prudence et donnera ses amis le temps de préparer leurs complots.

Fidèle à son désir déterminer cette lutte par un arrangement, Etienne Marcel ne pouvait qu'accepter la proposition que faisait la reine Jeanne d'intervenir encore, de concert avec l'archevêque de Lyon, expressément chargé par le pape de faire tous ses efforts pour rétablir la paix. Quant au roi de Navarre, bien qu'il n'eût confiance en personne, et que personne ne pût se fier à lui, il voulut être encore l'intermédiaire de cette négociation.

Entrevue 11 fut arrêté qu'une nouvelle conférence aurait lieu entre le duc de Normandie

et le roi Charles, à Vitry, au bout du pont construit devant les carrières. Mais l'expérience du précédent traité ne fut pas perdue : Etienne Marcel exigea qu'à la reine Jeanne et à l'archevêque de Lyon, cr qui là avoit été envoyé de par le pape, a se joignissent l'évêque de Paris, dont on connaissait le dévouement à la cause populaire, l'échevin Jean Belot, le prieur de Saint-Martin-des-Champs, Colin le Flamand, et « autres de Paris, v pour assister à l'entrevue. Il est sensible qu'on avait fait choix de gens que leur caractère ou leur obscurité protégeait contre l'inimitié du duc de Normandie, et qui n'étaient pas au nombre de ceux dont il voulait la mort.

Traité condu. Les personnes désignées se réunirent , le 19 juillet, sur un des bateaux dont le pont était composé. Après de longues délibérations, les Parisiens consentirent à se mettre à la merci du régent. Ce n'était qu'une satisfaction d'amour-propre qu'ils donnaient à ce prince, car ils y mettaient cette condition, qu'il ne pourrait décider de leur sort qu'en conseil. Or on avait poussé les précautions jusqu'à déterminer d'avance quels seraient, ce jour-là, les membres du conseil : c'était la

eurent lieu l'une après l'autre. De même les chroniqueurs ne voient pas quel était le véritable objet de l'attaque vers la porte Saint -Antoine. Il y en a qui, sans faire mention des succès des Parisiens

dans cette journée, disent simplement qu'ils furent repoussés; mais cela ne doit s'entendre que de leur retraite vers le soir. On comprend sans peine, chez des auteurs hostiles, l'omission de tout le reste.

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