‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 144 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

reine Jeanne, le roi de Navarre, le duc d'Orléans, le comte d'Etampes, tous membres de la famille royale et peu favorables au régent; enfin les décisions sur le sort des Parisiens devaient être prises <r concordablement et non autrement, r> c'est-à-dire à l'unanimité. Les conventions arrêtées entre Marcel et le roi de Navarre comme avec les bonnes villes et avec tous autres étaient maintenues, et le duc de Normandie prenait l'engagement de faire ouvrir les passages par eau et par terre , afin que toutes denrées et marchandises pussent arriver sûrement à Paris. Une seconde conférence devait avoir lieu à Lagny, cinq jours après (2/1 juillet), en présence du nouveau conseil dont ce prince acceptait le concours ; un certain nombre de députés des Parisiens étaient même appelés à y prendre part, sans doute pour régler quelques points de détail et pour arrêter définitivement toutes choses, selon les instructions de la bourgeoisie et de ses chefs.

A Paris, les clauses humiliantes de ce traité soulevèrent l'opposition du plus Mécontentement

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grand nombre. On ne savait pas à quel point la situation était désespérée. Etienne Parisien. Marcel cachait avec soin que les greniers étaient vides et qu'on manquait d'argent pour les remplir. Comme on n'entendait parler du régent qu'en des termes pleins de violence ou d'amertume, personne ne pouvait se résoudre à lui faire des soumissions; personne ne comprenait qu'en échange de cette satisfaction nécessaire les Parisiens obtiendraient la protection d'un nouveau conseil, formé tout exprès pour les sauver. On disait, d'ailleurs, qu'il fallait d'autres garanties, parce que le duc de Normandie avait accoutumé de ne point tenir ses promesses.

Ces dispositions étaient adroitement entretenues par les hommes qui s'étaient engagés à livrer Paris. Un traité conclu sans leur concours les privait des fortes récompenses qu'ils espéraient. C'est pourquoi, après avoir accusé Marcel d'envoyer tout l'argent de la ville à Saint-Denis, et d'y être toujours lui-même, sans doute pour partager avec le roi de Navarre, ils répétaient qu'il venait de faire sa paix avec le régent en livrant le peuple à discrétion; et la multitude, sans réfléchir que ses chefs seuls, étant odieux au parti de la noblesse, couraient risque de la vie, accueillait, commentait et propageait ces calomnies. Pour ces misérables motifs, elle soutenait les plus exaltés, qui ne voulaient d'aucun accommodement. Le lendemain, 20 juillet, des soldats du régent, croyant que tout était terminé, se présentèrent aux portes pour entrer dans Paris, et furent repoussés avec colère, sans obtenir d'autre réponse que l'injonction de retourner vers «leur duc. n Un d'eux, trésorier de France et qu'on nommait Macé Guette, était parvenu, malgré cette jalouse surveillance, à se glisser dans la ville : on se saisit de lui, dès qu'il fut reconnu, et on le conduisit vers le prévôt, qui, pour éviter qu'on ne se portât sur sa personne à quelque extrémité, le fit aussitôt sortir de Paris

(1) Grandes Chroniques, t. VI, p. 12 5- 128.

conjuration L'empire qu'Etienne Marcel continuait d'exercer, clans les petites choses comme dans les grandes, irritait l'impatience de ceux qui conjuraient contre lui; faute de pouvoir l'atteindre assez rapidement parleurs perfides mensonges, ils formèrent le dessein de le renverser en lui ôtant ses appuis. On savait quel prix il attachait au concours du roi de Navarre et surtout de ses hommes d'armes. C'était une force militaire d'une organisation incomplète sans doute, mais suffisante à la rigueur et prête en toute occasion à combattre, au lieu que les hourgeois, braves à leurs heures, je veux dire quand quelque grand objet excitait leur enthousiasme ou leurs colères, ne se soutenaient pas dans ces dispositions belliqueuses, et avaient toujours hâte de retourner à leurs foyers. Aussi, pour obtenir le dévouement des mercenaires de Navarre, Etienne Marcel les payait-il très- régulièrement, quoique les finances de la ville fussent en fort mauvais état, r? Toutes les rr semaines il envoyoit deux fois deux sommiers chargés de florins à Saint-Denis, rr devers le roi de Navarre, qui les recevoit liement^. j> La population de Paris, qui voyait ses défenseurs dans l'inaction, se plaignait que leurs services ne fussent pas en proportion des sommes qu'ils coûtaient : elle ne sentait pas que la seule présence des Navarrais tenait ses ennemis en respect.

Les conjurés profitèrent de ce mécontentement et n'eurent pas de peine à persuader aux Parisiens qu'ils n'avaient pires ennemis que ces mercenaires qu'on rencontrait toujours se promenant dans la ville. Par un raffinement de perfidie, on affectait de les nommer Anglais, quoiqu'ils fussent de différentes nations, sous prétexte que quelques-uns d'entre eux avaient été à la solde du roi d'Angleterre.

Mais qu'importait que ces plaintes fussent sans fondement, pourvu qu'elles produisissent leur effet sur une population qu'égaraient la crainte et la souffrance? C'est pourtant de ces misérables inventions des partis que s'appuient quelquefois les plus graves accusations de l'histoire. Il y a cinq siècles qu'Etienne Marcel passe, aux yeux de la postérité, pour avoir traité avec les Anglais et formé le dessein de leur ouvrir les portes de Paris, et l'on est confus de voir que ce terrible reproche, qui suffirait à flétrir la mémoire du plus grand citoyen, n'a d'autre origine que l'idée, qui vint aux ennemis du prévôt, d'appeler Anglais des hommes d'armes qui ne l'étaient pas.

Désordres et massacre Malheu reusement , quel que fût leur pavs, ces mercenaires ne savaient point

des mercenaires. l 1 1 <J l

se courber sous le joug de la discipline, sans laquelle il n'y a pire fléau qu'une îrmée. On a vu qu'à l'exemple de leurs camarades des troupes royales ils dévasaient les environs de Paris, sans que la paye qu'ils recevaient régulièrement, les léfençes du roi de Navarre et les prières d'Etienne Marcel pussent les en détourner. A Paris, ils étaient obligés de s'observer davantage ; mais ils portaient la

Froissart. liv. I. part. 2, ch. lxxi.

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