‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 147 sur 186 · CHAPITRE ONZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIEME

tant le malheur des uns, on ne lui savait point gré d'avoir sauvé les autres, et, pour avoir résisté sans succès aux fureurs aveugles de la multitude, il achevait de perdre sa popularité ^.

H eti eût fait sans trop de regret le sacrifice, s'il n'avait vu dans la défiance des siens un obstacle presque insurmontable aux mesures qu'il voulait prendre pour tenter encore de sauver Paris. Il avait à se préserver d'un double écueil, les soupçons de ses concitoyens et ceux du roi de Navarre. L'hostilité de ce prince lui paraissait surtout redoutable, car elle lui aurait ôté ses dernières armes; il s'estima heureux de n'avoir, pour la conjurer, qu'à accomplir un acte de justice. Il restait encore au Louvre quarante-huit Navarrais, qu'on n'avait pu faire sortir de Paris en même temps que leurs compagnons : après le double massacre de la porte Saint-Honoré, il devenait fort dangereux de les rendre à la liberté, et cependant il fallait empêcher le peuple de Paris de venger son désastre sur des innocents. En conséquence, le 27 juillet, c'est-à-dire lorsque le calme fut revenu dans les esprits, Marcel se rendit au Louvre, accompagné d'environ deux cents hommes d'armes en qui il avait toute confiance; malgré le peuple qui murmurait sourdement, mais n'osait encore se soulever contre son chef, il fit conduire les prisonniers hors de Paris par la porte Saint-Honoré. Ceux qui formaient l'escorte avaient leurs arcs bandés, et demandaient ironiquement, le long du chemin, si l'on avait quelque chose à dire sur la délivrance des Anglais. Cette bravade inutile ne fut point relevée, mais elle ne pouvait avoir d'autre effet que d'irriter le mécontentement public et de compromettre sans retour Etienne Marcel auprès de ceux qui l'avaient jusque-là si fidèlement soutenu.

(l) C'est une question assez obscure de savoir si Marcel rentra en ville avant ou après le combat de ta porte Saint-Honoré. M. Henri Martin dit avant, d'après Froissart; or Froissart ne dit pas le mot, quoiqu'il semble résulter de son récit qu'il l'entend ainsi. Voici ses propres paroles : rrOr avint «rque le prevost des marchands, qui étoit ennuie rr d'être sur les champs et qui nulle rien n'a voit rrfait, en tour remontée, rentra à Paris parla porte t Saint-Martin. L'autre bataille se tint plus longuen- ment sur les champs , et rien ne savoit du retour h- du prevost ni de sa bataille qu'ils fussent rentrés

rrà Paris, car, s ils l'eussent sç.u. ils y fussent rentrés rraussi.n (Froissart, liv. I, part. 2 , ch. lxxii.) — Il est probable que , si Marcel était rentré avant le combat, il n'en eut la nouvelle que lorsque la lutte fut terminée, et, puisqu'il croyait avoir pris toutes ses mesures pour qu'aucune rencontre n'eût lieu , il lui était permis de revenir à Paris quand il jugerait à propos. Il semble donc qu'on ne peut rien inférer de ces faits contre Etienne Marcel; on oublie, d'ailleurs , qu'ils durent s'accomplir dans un laps de temps très-court, puisque la sortie n'avait eu lieu qu'après les vêpres.

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