‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 154 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Quoique cet exemple soit le seul qui nous soit parvenu avec quelque détail, il n'est pas douteux que Nicolas de la Court neuve trouva des imitateurs : un certain nombre de citoyens ne renièrent point le chef illustre qui avait mérité leur confiance, et leur ferme courage réveilla celui de plusieurs âmes timides. Il s'en trouva même qui soutinrent, après la mort de Marcel, les principes d'administration et de gouvernement dont il avait rêvé et préparé le triomphe. Les forces de cette opposition étaient sans doute considérables, quoique les auteurs n'en parlent point, puisque, avant de rentrer dans Paris, le régent crut qu'il était nécessaire de nommer une commission chargée d'admettre les turbulents à composition, moyennant finance W. On verra plus bas que cette opposition eut quelque durée, et que la foi des partisans de Marcel était une foi sincère, puisqu'elle sut agir au milieu des dangers.

H n'y avait personne, parmi les vainqueurs, qui approchât d'Etienne Marcel Déception par le talent ou le caractère; mais le découragement des uns et le zèle remuant des autres rendirent la tâche facile. Le plus pressé parut de veiller aux portes et de placer sur les murailles de la ville des hommes disposés à les défendre. Ces mesures étaient déjà prises quand le roi de Navarre, qui ne savait rien encore des événements, se présenta devant Paris, persuadé que les portes allaient s'ouvrir devant lui. Quand il vit que tout était découvert et qu'il n'y avait plus aucun espoir de succès, transporté de fureur, il attaqua la bastille Saint-Antoine. Les Parisiens et les mercenaires du régent repoussèrent cet effort suprême, et Charles le Mauvais, contraint de s'éloigner, tira une stérile vengeance de cet échec en ravageant les environs.

Cependant Jean Maillart, maître de la ville, avait chargé en toute hâte son Discours frère Simon et deux avocats au parlement, messire Jean Alphons et maître Jean mesures de m Pastoret'2', de se rendre auprès du dauphin, à Meaux, pour l'informer que ses ennemis étaient morts et le supplier de rentrer dans Paris «■ comme leur bon rr seigneur, pour eux secourir et défendre contre les dits roi et Anglois. y> Pendant que ces trois députés s'acquittaient de leur ambassade, le nouveau chef du peuple assemblait les Parisiens aux halles et racontait, avec toutes les exagérations qui pouvaient donner du relief à la victoire, l'horrible complot qu'il venait de déjouer cette nuit même. Tout l'auditoire lui marqua par des applaudissements sa joie et

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reux retour de la fortune. Il n'y avait donc plus de raison de renoncer à ses biens et d'exposer toute une famille aux vengeances du parti victorieux. — Jean le Flamand obtint les biens de Vincent du Val Ricbier, qui s'était déclaré contre le régent. (Très, des Chartes, reg. 86 , f° 66 r\)

(1) Trésor des Chartes, reg. 86, p. 43i. — Secousse, Mémoires sur Charles le Mauvais, t. II, p. 8o.

(2) Jean Pastoret fut, en i364, avocat général au parlement, et, en 1879, grand maître des eaux et forêts.

sa reconnaissance, les uns parce qu'ils étaient véritablement satisfaits, les autres parce qu'il y allait de leur vie ou de leur liberté de le paraître. Maillart, en effet, venait de faire proclamer que quiconque connaîtrait des personnes «de la secte et de ceux qu'on venoit de tuem eût à les conduire au Châtelet. Il est juste de reconnaître qu'il avait défendu, en même temps, de toucher à leurs biens, à leurs femmes et à leurs enfants; mais cette menace d'emprisonnement qu'il suspendait sur toutes les têtes suffisait à prévenir la résistance, sans qu'on pût l'accuser lui-même de trop d'acharnement contre ses amis de la veille.

Conditions du r%ent. Les inquiétudes redoublèrent quand on apprit par ses envoyés la réponse du régent. «Si merciflmes Notre-Seigneur Jésus-Christ qui avoit jugé notre parti le rr meilleur, et qui, sans notre su et sans dominager autres que nos dits traîtresses rr avoit mis en nos mains, et nous avoit rendu les cœurs de nos bons sujets, qui par tria fausse suggestion et mauvaise induction des dits roi et traîtres avoient été dévovés(1). ■» Apparemment il y avait encore d'autres rr traîtres n à « dommager, y carie prince refusait de rentrer dans Paris avant que certaines personnes qu'il désignait eussent perdu la vie. Mais, afin de conserver les apparences de la justice, il nommait en même temps une commission chargée de juger ceux dont il voulait être débarrassé. Cette commission était composée de Pierre Demainville et Guillaume de Bescot, présidents au parlement; Etienne de Paris, Pierre Hardy et Jean Bernier, maîtres des requêtes de l'hôtel du régent; Adam de Sens, Thomas Vannin, Aubéry Roussel, conseillers au parlement; Guillaume de Brune, bailli de Troycs et de Meaux, et Guillaume Staise, prévôt royal de Paris. Elle s'acquitta rapidement de sa tâche : constituée le ier août, dans la journée, elle avait rendu, le soir Amis de Marcel même, son simulacre de jugement, ou, pour mieux dire, sa sentence. Le lendemain, Charles Toussac et Joceran de Màcou étaient décapités en place de Grève12 . Le bruit courut qu'un d'eux, tandis qu'on le conduisait au supplice, s'était écrié : rr Hélas! ô roi de Navarre ! plût au ciel que jamais je ne t'eusse vu ou entendu (3). d

Rentrée du régem Le régent crut enfin que les Parisiens s'étaient assez humiliés devant la majesté royale, et qu'il pouvait revenir à Paris. Le 2 août, sur le soir, il y fit sa rentrée en grande compagnie^'. Il était accompagné d'Arnoul d'Audeneham, maréchal de

Lettre du régent. Voy. au chapitre suivant.

(2) Grandes Chroniques , t. VI, p. 1 35.

(3) "Unus intra burgenses, dum traheretur, ut ••ferlur, prorupit in hœc verba, vel similia : Heu •fine! orex Navarrœ, utinani te nunquam vidissem rr vel auclivissem !» (Continuai, de Guillaume de iNangis, p. 273.)

w Une note excellente des éditeurs du continuateur de Nangis (p. 273) fait voir que cette date est

bien celle de la rentrée du régent dans Paris. Elle est donnée d'ailleurs par les Grandes Chroniques. Un mauvais texte de ce précieux manuscrit a pu seul induire Secousse à dire le 3 ou même le à août. (Voy. le continuateur de Nangis, p. 270.) Secousse [Mém. sur Charles le Mauvais, t. II, p. 80) donne d'ailleurs une lettre du régent qui se termine par ces mots : rr Donné à Paris, le segont jour d'aoust «Tan 1 3 5 S . t»

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