CHAPITRE DOUZIEME
France, du seigneur de Roye, du comte de Tancarville, de plusieurs autres chevaliers, des députés qui lui avaient apporté les soumissions de la ville, Simon Maillarl , Jean Alphons et Jean Pastoret, de révoque de Paris , qui rendait à César ce qui appartenait à César, du clergé de la ville, de i' Université, d'un grand nombre de religieux, de notables et d'habitants de Paris, des métiers, enfin, que leurs chefs conduisaient bannière en tete. Comme la municipalité n'existait plus, Jean Maillait, Pépin des Essarts et Jean de Charny en firent l'office, et présentèrent au jeune prince les compliments d'usage.
«Nous fumes très-honorablement, grandement et de bon cœur reçu, écrivait rr quelques jours plus tard le duc de Normandie, comme prince ne peut être en ville tt reçu(1). n Partout, en effet, sur son passage, éclataient des acclamations bruyantes; mais dans celte multitude si empressée on pouvait voir bien des visages sombres et des citoyens qui ne cachaient pas leur mécontentement. L'un d'eux, plus hardi que les autres, osa élever la voix au moment que le duc de Normandie passait devant lui : crPardieu, sire, s'écria-t-il , si j'en eusse été cru, vous n'y fussiez jà rt entré; mais, après tout, on y fera peu pour vousln A ces paroles, le comte de Tancarville, qui était à cheval, en avant de son maître, lira l'épée pour châtier l'insolent; le régent, calme et froid dans le triomphe, retint le bras de Tancarville et se contenta de répondre en souriant : et On ne vous en croira pas, beau ce sire! « — et Pensa ce prudent prince, ajoute Christine de Pisan, que, si l'on tuoit «cet homme, la ville se fût bien pu émouvoir ®. v> Pour qu'au lendemain de la défaite et dans un tel moment, un des vaincus osât parler ainsi au vainqueur; pour que le régent, qui venait de faire paraître un si impérieux désir de vengeance, subît cet outrage, sans permettre qu'il fût châtié aussitôt; pour que son panégyriste n'ait vu d'autre motif d'une clémence si imprévue que la crainte de perdre en un instant le fruit de la victoire, il faut que cette victoire parût peu assurée et qu'il fût bien dangereux de pousser à bout les partisans de Marcel.
Jean Maillart fit suivre au duc de Normandie une route convenue d'avance. En passant devant Sainte-Catherine du Val des Ecoliers, le régent vit les cadavres d'Etienne Marcel, de Philippe Gitlart et de Jean de l'isle, exposés sur ces marches mêmes où l'on avait vu, quelques mois auparavant, ceux de ses fidèles maréchaux. Sur la place de Grève, il trouva les corps de Charles Toussac et de Joceran de Mâcon, décapités le matin, et put s'assurer par ses yeux que ses ennemis avaient subi leur châtiment.
Les restes mortels de ces malheureux furent ensuite jetés à la Seine, r Etienne Marcel, du moins, dit M. Henri Martin, avait accordé la sépulture à ses
Voy. au chapitre suivant.
' <t Et visa ce très-prudent prince, nonobstant frluy fut légière la vengence, s'il luy plust que par -celluy occirre, la ville qui, par malvaise exorta-
rrcion, esloit commeue, cité rebelle se l'ust bien rrpeue esmouvoir, dont grant meschief f'ust vetmus. n (Christine de Pisan, i" paît. ch. xxiv, t. 1, p. 619.)
et victimes. » On peut dire de plus, à l'honneur du prévôt, que, malgré les difficultés et les entraînements d'une lutte acharnée, il n'avait, en deux ans, ordonné la mort que de six personnes, à supposer, ce que rien ne prouve, qu'il eût désigné luimême Regnaud d'Acy aux coups de la foule. Les deux maréchaux frappés par un cruel et déplorable calcul de sa politique, Philippot de Repenti, Thomas Fougnant, Jean Perret, condamnés et exécutés pour crime de trahison, en vertu d'un jugement sommaire, tels furent les adversaires qu'il crut ne devoir pas épargner. C'est trop, sans aucun doute; mais le jour même de la rentrée du régent dans Paris, cinq des chefs de la bourgeoisie avaient déjà payé de leur vie leur participation aux événements accomplis depuis la bataille de Poitiers, et, quoique les Parisiens eussent, parla, humblement subi les conditions qu'il avait mises à son retour, il lui parut nécessaire, en même temps qu'il pardonnerait aux jacques et leur accorderait en masse des lettres de rémission, d'affermir son pouvoir par de nouvelles et inexorables rigueurs envers les bourgeois de Paris.