‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 156 sur 186 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Le régent au Louvre. — Son discours au peuple. — Sa lettre au comte de Savoie. — Mesures répressives. — Lettres de donation. — Faveurs accordées à Maillart. — Biens d'Etienne Marcel et de Robert Le Coq confisqués. — Nouvelles exécutions. — Aveux arrachés par la torture. — Ladit massacré. — Le Navarrais traite avec l'Anglais. — Détresse publique. — Remaniement des monnaies. — La charge du prévôt diminuée. — Services de Hugues Aubryot. — Compositions pécuniaires. — Lettres de rémission. — Restitutions de biens.

Ce qui donna d'abord quelque assurance au régent, ce furent les dispositions Le régent au Louvre, moins incertaines et plus favorables des provinces. Partout on s'y prononçait pour le vainqueur de Paris. A Reims, ville, il est vrai, toujours plus occupée de repousser les Anglais que de seconder les réformes, l'archevêque Jean de Graon. quoiqu'il les eût depuis longtemps abandonnées, était odieux pour les avoir quelques jours soutenues, et devait s'enfuir pour échapper au sort de Marcel ^. A Laon, Robert Le Coq, jadis si fort aimé dans son diocèse, n'évitait également la mort que par la fuite, et six bourgeois, réputés ses complices, payaient ce crime de leur vie^2). A Amiens, dont les habitants n'avaient jamais séparé dans leur affection le prévôt des marchands du roi de Navarre, le parti du régent, devenu le maître, s'unissait au comte de Saint -Pol pour se défendre contre Charles le Mauvais et les siens, pour tenir fermées devant lui les portes de la ville , pour faire mourir à la potence leur maire et l'abbé de Saint-Jean du Gard avec quinze autres personnes (3). A Rouen, en retour d'une docilité inespérée, la population obtenait d'abord rémission pleine et entière du passé, puis confirmation de la juridiction municipale, que battaient éternellement en brèche les officiers royaux (4).

C'était donc de Paris seul qu'on pouvait craindre quelque résistance. En conséquence, au lieu de rentrer dans son palais, le régent se fit conduire au Louvre, et cette précaution fait voir qu'il mettait sa confiance dans de fortes murailles plutôt que dans le dévouement et la fidélité des Parisiens. Pour dissimuler ce sentiment de

(1) Histoire de Reims, par le chanoine Anquetil, <3) Continuateur de Nangis, p. 27/4, 275. —

t. H, p. 195. Grandes Chroniques, t. VI, p. îio.

(S) Histoire de la ville de Laon, par Malleville, (4) Histoire de Rouen pendant l'époque communale,

1 8 A 0 , t. II, p. 2/11. par M. Chéruel, t. II, p. 202-209.

défiance, il envoya aussitôt chercher la duchesse de Normandie, qui était restée à Meaux, et il voulut qu'elle habitat avec sa cour l'hôtel Saint-Pol, dans la rue Saint-Antoine. C'était sa résidence préférée, toutes les fois que quelque danger ne le contraignait pas à se retirer derrière les murailles de sa forteresse. Rien ne ressemblait moins à un palais moderne que cette vaste métairie qui, s'étendant jusqu'à la rivière, contenait les habitations séparées des princes et des seigneurs de la cour, au milieu d'un parc à moitié fortifié, où l'on voyait en outre des lices, un jeu de paume, des vergers, des ménageries, des volières, des colombiers, des poulaillers, tandis que les chambres de l'habitation royale étaient ornées de grossières peintures, dont une taxe frappée sur les Juifs avait payé les frais.

Discours du r%eni Le lendemain, le régent se rendit à la maison aux piliers. Selon les usages du

au peuple. lu

gouvernement populaire, dont il n'osait encore s'affranchir, il prononça un discours dans lequel, comme on devait s'y attendre, il présenta la te conjurations sous les couleurs les plus noires. 11 énuméra tous ses griefs : l'alliance des Parisiens avec le roi de Navarre, avec ses complices et adhérents; le choix qu'ils avaient fait de lui pour les gouverner et les défendre; le port des agrafes et chaperons vermeil et azur, en signe d'alliance de vivre et mourir avec le prévôt contre toute personne; les armes prises contre l'autorité souveraine; l'usurpation d'aucuns droits royaux; la rébellion envers le roi; les reproches à son fils et lieutenant; le meurtre des maréchaux et de Regnaud d'Acy ; l'exécution, sans motifs sérieux, de Jean Perret et de Thomas Fougnant; les lettres qu'on lui avait envoyées à Meaux et qui contenaient plusieurs paroles rudes, laides et malgracieuses; l'occupation du Louvre et la prise de l'artillerie qu'il se faisait amener hors de Paris; l'expédition ou consentement à l'expédition de l'épicier Pierre Gilles; l'organisation de la compagnie appelée confrérie de Notre-Dame, en laquelle ils avaient fait plusieurs serments, convenances et alliances sans son autorité et licence. Il leur reprochait, en outre, d'avoir emprisonné, questionné et maltraité plusieurs de ses gens et officiers, leurs femmes, familiers et domestiques ; pris les biens de plusieurs officiers royaux, pour les appliquer au bien de la ville ou au leur propre; refusé le cours donné à la monnaie aux états de Compiègne, pour en faire eux-mêmes une selon leurs besoins; abattu, brûlé, détruit plusieurs châteaux, forteresses et autres maisons des nobles; pillé et fait piller leurs biens; avoir dit au peuple que le régent le voulait détruire et faire piller par ses gens d'armes, et qu'il ne voulait point la délivrance du roiW.

Lettre du régeni En même temps, le duc de Normandie adressait à plusieurs princes, notam-

au comte de Savoie. v), 1 n • i 1 1 i 1 ï 1 ï • ' / • J

nient a I empereur et au comte de Savoie, des lettres dont le double objet était de

(1 Lettres d'abolition accordées à la ville de Paris. Trésor des Chartes, reg. 80 , p. a6o. — Voy. Ordonnances des mis de France, t. III, p. 3'iG.

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