‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 157 sur 186 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

leur exposer les événements accomplis et de leur demander des secours, afin de compléter sa victoire. Avec eux il s'étend moins sur les premiers actes de la révolte . dont il montre le début dans le meurtre des maréchaux, et davantage sur les circonstances qui pouvaient la rendre plus odieuse à des étrangers, savoir : la présence à Meaux, avec «la duchesse sa compagne, de ses sœurs, de plusieurs autres rr dames, pour iccllcs emmener prisonnières et déshonorer, de révérends pères en cDieu, l'archevêque de Lyon, l'évoque de Paris et le prieur de Saint-Martin des ce Champs, messagers du saint-siége de Rome, n II insiste sur ce que le meurtre de Marcel et de six autres « traîtres -n fut l'œuvre du ce bon peuple et commun de Paris, ce qui s'assembla avec aucuns de nos bons amis de la dite ville, sans notre su. y Deux fois il répète ce dernier mot.

Il revient, sans se soucier de répétitions fastidieuses, sur l'aveu que firent les coupables de tous les crimes pour lesquels ils furent punis de mort, et il semble qu'il ne fut pas bien certain de voir sa sévérité approuvée. Il multiplie les accusations, mêlant les plus absurdes aux plus vraisemblables : ce Par deux fois, dit-il, ce ils avoient détourbé la délivrance de monseigneur, afin qu'il ne retournât d'Antrgleterre, et avoient juré avec le dit roi de Navarre de le faire mourir par delà en cr prison. a Ce complot, s'il faut l'en croire, remontait au temps où le roi de Navarre fut délivré (il ne dit pas par qui et laisse croire que c'était par sa volonté), et avait été juré sur le corps de Notre-Seigneur Jésus-Christ, entre le roi Charles et quatorze ou seize de ses gens et conseillers, te desquels, ajoute-t-il, nous savons ce bien les noms, que nous taisons ici pour certaine cause, n II ajoutait, comme un 'grief sérieux, qu'il avait été trouvé en l'hôtel d'un hérétique physicien ou astronome du roi, appelé Dominique, « plusieurs vuoulx, sorceries, poudres et autres ce détestables choses et faits contre la foi chrétienne, et telles que toute chrétienté ce doit abominer, ni n'en doit-on parler, lesquelles on pourvoit tenir et supposer qu'elles ■eussent été faites contre nous. 15 S'il n'en dit pas plus long, c'est pour ne pas ce ennuyer 11 le comte de Savoie, ce et aussi pour garder au dit roi son honneur plus ce que nous pouvons, combien qu'il soit notre ennemi. « Paroles étranges, après toutes les accusations si graves dont cette lettre est remplie. Nous la donnerons ici, comme nous avons fait celle de Marcel.

Très cher et très amé frère Pour ce que vous sachez et à vous et à tous nos autres amis et féaux soient manifestées les grandes, mauvaises et fausses trahisons faites et pourpensées contre monseigneur, nous, vous et nos autres frères par le prévôt des marchands qui naguères étoit en la ville de Paris, etaucuns autres de la dite ville et d'ailleurs, comme de nous Lous faire tuer et meurtrir, et nous ôter notre héritage, et aussi de la très déloyale et déraisonnahle cause pour la quelle, après la paix et accord fait entre nous et le roi de Navarre et la dite ville de Paris, le dit roi nous a défié et s'est rendu ennemi de monseigneur, de nous et du royaume de France. Vous vous écrivons la certaineté en la manière que ci après s'ensuit.

Très cher et très amé frère. Il est vérité que, afin que à nous fussent amendées certaines

injures, rebellions et désobéissances, qui en carême dernier passé et autres fois nous avoient été faites en la ville de Paris, comme d'avoir tué et meurtri devant nous, en notre chambre au palais à Paris, aucuns bons et loyaux chevaliers de notre conseil, et aussi d'être venu assaillira grand quantité de gens d'armes le marché de Meaux, où étoient la duchesse notre compagne, nos sœurs et plusieurs autres dames, pour icelles emmener prisonnières et pour eux déshonorer, et avec ce d'avoir ému les gens du plat pays de France, de Beauvoisis, de Champagne et d'autres lieux contre les nobles du dit royaume, dont tant de maux sont venus, que nuls ne les doit ou peut penser. Et aussi pour avoir aucuns faux et déloyaux traîtres à monseigneur, à nous cl à la couronne de France, qui étoient en et de la dite ville, nous avec noz féaux amis et sujets vînmes devant la dite ville, le jour de saint Pierre et saint Paul dernier passé. Et y fûmes à siège environ xxn jours, es quels jours tant par madame la reine Jeanne comme par révérends pères en Dieu, l'archevêque de Lyon, l'évêque de Paris et le prieur de Saint Martin des Champs, messagers du saint siège de Rome, nous fûmes tant pressés, que nous, plus pour révérence du saint siège de Rome que pour autre cause, nous consentîmes à traiter avec les dits roi de Navarre et ceux de la dite ville de Paris, le dit roi étant à Saint Denis et aidant ceux de Paris contre nous. Et tant fut traité, que finalement bonne paix et bon accord furent pris entre nous d'une part, le dit roi et la dite ville d'autre, tant sur aucuns désaccords qui pouvoient être entre nous et le dit roi comme sur les désaccords touchant la dite ville. Et fut la dite paix jurée à tenir par nous et le dit roi sur le corps Notre Seigneur Jésus Christ qu'avoit consacré en la présence de nous deux, de la dite reine, des dits messagers du saint siège de Rome, et plusieurs autres, notre amé et féal conseiller l'évêque de Lisieux, et le devions recevoir comme bon ami et vrai chrétien, nous et le dit roi, et nous étions confessés et fûmes tout prêt de le recevoir, quant étoit de notre personne. Mais le dit roi s'étoit disvez (dévié?) à Saint Denis avant qu'il vînt aux traités, et nous fit muser tant comme il lui plut.

Et depuis, en confirmant le dit accord et la dite paix, laquelle nous de notre partie tenions bonne et loyale, vinrent par devers nous la dite reine, le dit roi, les dits messagers et aucuns des bourgeois de Paris. Et pour ce que nous cuidions et tenions fermement qu'ils tinssent de leur partie la paix et accord ainsi fait en la manière que prud'hommes le dévoient faire, et comme nous avions intention de la tenir, nous nous partîmes du dit siège et vînmes à Meaux, et nous étant au dit lieu, les dits roi et traîtres, qui jà avoient fait venir par devers eux en très grande quantité les Anglois ennemis de monseigneur, de nous et du dit royaume, mirent partie des dits Anglois en la dite ville de Paris; mais les bonnes gens d'icelle ville, qui ne peuvent souffrir et soutenir la grande iniquité des dits roi, Anglois et traîtres, mirent à mort très grande quantité des dits Anglois, et en prirent des plus notables et grands capitaines jusques à xlvii et plus. Et pour ce assaillirent les dits Anglois, la dite ville, et le dit roi qui étoit en icelle, Robert Le Coq, ceux de Picquigny, et plusieurs de la dite ville issirent contre eux, et déconfirent iceux Anglois, le dit roi et ceux qui ainsi en étoient issus. Et s'enfuirent les dits roi et Robert Le Coq, ceux de Picquigny et aucuns autres à Saint Denis. Et plusieurs du peuple de Paris moururent aux ebamps jusques environ le nombre de vi cents et plus. Et non obstant ce, depuis, malgré lesdites bonnes gens de Paris, par la suggestion et au pourchas du dit roi et de ceux de sa partie, le prévôt des marchans qui lors étoit et aucuns autres traîtres de monseigneur et de nous délivrèrent les dits Anglois ainsi pris, et les menèrent à Saint Denis par devers le dit roi, combien que l'on en eût eu pour leur rançon, si ils ne les eussent ainsi délivrés, assez d'argent pour le premier payement de la délivrance de monseigneur.

Et tantôt après la dite délivrance, nous étant toujours à Meaux, fut traité entre le dit roi, le dit prévôt des marchands et autres traîtres, que le mardi, au soir dernier jour de juillet dernier passé, icelui roi et les dits Anglois entreraient en la dite ville par nuit, et déjà avoil été ordonné

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