CHAPITRE TREIZIÈME
par le dil prévôt et autres traîtres, que nulles portes ne seroient fermées cette nuit, ni nulles cliaines tendues, et déjà avoit le dit prévôt ôté les clefs des portes de la ville à ceux qui les avoient en garde, et les avoit baillées et livrées aux gens du dit roi et mis gardes aux portes, autres qu'il n'y avoit, lesquelles gardes qu'il y mit étoient consentant de la dite trahison. Et ainsi dévoient entrer en la dite ville; et si tôt qu'ils y eussent été, ils eussent meurtri et mis à mort tout le clergé et gens d'Eglise, tous les officiers de monseigneur et de nous , tous les gentilshommes lors <;tant en la dite ville et les deux parts du commun d'icelle ville. Et dès avant avoient pour ce faire signées les maisons de nuit.
Mais le bon peuple et commun de Paris, qui ce jour, dont cette trahison devoit être faite par nuit, s'aperçurent de ce par la grâce de Dieu, qui ne voulut souffrir que cette horreur fût perpétrée, s'assembla et, avec aucuns de nos bons amis de la dite ville, alla par devers le dit prévôt, et se mut sur ce certaine rumeur entre eux, car ils avouoient le dit roi, et notre bon peuple nous vouloit avoir et requérait selon la paix qui avoit été faite, et pour cette rumeur par la grâce de Dieu et sans notre su le dit peuple avec nos dits amis se émut contre le dit prévôt et nos autres traîtres, et mit à mort en la place le dit prévôt et six autres de nos traîtres, et les autres prirent jusques au nombre de xxn ou environ, et encore en y a à prendre, des quels trouver et prendre notre dit peuple est encore en peine et en cherche. Et ces choses faictes, le dil peuple et nos bons amis et sujets de Paris envoyèrent par devers nous à Meaux en nous suppliant qu'il nous plût venir hâtivement en la dite ville, comme leur bon seigneur et pour eux secourir et défendre contre les dits roi et Anglois.
Si merciàmes Notre Seigneur Jésus Christ, qui avoit jugé notre partie la meilleure, et qui, sans notre su et sans dommager autres que nos dits traîtres, nous avoit mis en nos mains nos dits traîtres et nous avoit rendu les cœurs de nos bons sujets, qui par la fausse suggestion et mauvaise induction des dits roi et traîtres avoient été dévoyés. Et vînmes tantôt en la dite ville, et y entrâmes en très grande compagnie, malgré les dits roi, Anglois, et y fûmes si très honorablement, grandement et de bon cœur reçu, comme prince fut oneques ne peut être en ville reçu. Et depuis que nous y fûmes venu, des traîtres qui ainsi ont été pris, nous avons fait faire justice des aucuns, et aucuns en sont encore en prison, aux quels nous ferons faire justice et raison. Et ceux que ainsi avons fait justicier, c'est assavoir Pierre Gilles, Gille Caillart, châtelain du Louvre, Joceran de Màcon, Charles Toussac, Jehan Godart, Pierre de Puissieux, Jehan Prévost, Pierre le Blont et Jehan Bonvoisin, ont confessé devant tout le peuple, et Thomas de Ladit, chancelier du dit roi, a confessé sans force et sans contrainte, de sa bonne volonté, devant nous et nos amés et féaux le duc d'Orléans, notre oncle, le connétable de France, notre cousin, les seigneurs de Saint-Venant, de Meulan, de Garencières, de Vinay, nos conseillers, et messires Adam de Melun et Jehan de Groullée, nos chambellans, et devant plus de xxx bourgeois de la ville de Paris, que, depuis que le connétable de France fut tué par le dit roi, ils ne finirent, ne cessèrent de machiner la mort et déshéritement de monseigneur, de nous, de vous, de nos autres frères et de notre dit oncle, et de penser, c'est assavoir, le dit roi comment il fût, et eux comment ils pussent faire le dit roi, roi de France.
Item. Par l'instigation du dit roi, nos dits chevaliers furent meurtris en notre présence, en notre chambre au dit palais, comme dit est dessus, pour émouvoir dès lors notre peuple contre nous; si lors patiemment ne l'eussions toléré et souffert parla vertu de patience que Dieu nous donna lors.
Item. Ils ont confessé comment, en persévérant en leur propos, les dits roi et traîtres firent faire l'assaut qui fut fait par ceux de Paris au marché de Meaux, où ils cuidèrent prendre la duchesse notre compagne, nos sœurs et les autres dames qui y étoient, pour les déshonorer comme dit est.
Item. A confessé le dit Pierre Gilles que, lors qu'il meurtrirent nos chevaliers comme dit est, il nous cuidoient meurtrir et tuer, si Dieu plus que autre ne nous eût garanti.
Item. Ont tous confessé comment le dit roi et Anglois dévoient entrer en la dite ville de Paris la nuit dessus dite, et faire les détestables et abominables œuvres dessus dites, et en outre que nulle entente n'avoient que de faire le dit roi roi de France, et avec lui comme avec roi de France s'étoient alliés et pour tel le tenoienl.
Item. Que depuis, et avant que toutes ces rebellions de Paris avenissent par la coulpe et à la suggestion des dits roi et traîtres, ils ne tendoient à nulle autre fin fors que à nous, vous, nos autres frères et notre dit oncle tuer et meurtrir en quelconque lieu qu'ils nous trouvassent à leur dessus; et que, s'ils eussent été plus forts que nous, quand la dite paix fut jurée, et aussi quand elle fut depuis confirmée, ils eussent meurtri nous, nos gens et tous autres qu'ils eussent pu tuer.
Item. Que par deux fois ils avoient détourbé la délivrance de monseigneur, afin qu'il ne retournât d'Angleterre , et avoient juré avec le dit roi de Navarre à le faire mourir par delà en prison.
Item. Ont confessé plusieurs des dessus nommés, et par espécial le dit chancelier, que tantôt après la délivrance du dit roi, icelui roi et xim ou xvi de ses gens et conseillers traîtres, des quels nous savons bien les noms, les quels nous taisons ici pour certaine cause, jurèrent ensemble (pie, pour quelconque paix, accord ou traité qu'ils eussent fait ou fissent, ni pour serment fait ou à faire sur le corps de Notre Seigneur Jésus Christ ou autres quelconques, le dit roi ni les dits traîtres ne se désisteroient, des entreprises et trahisons dessus dites, et d'ôter du tout l'héritage de la couronne de France à monseigneur, à nous, à vous et à nos autres frères, et nous tous déshériter et meurtrir, c'est assavoir, monseigneur, nous, vous, nos aulres frères et notre dit oncle, lût aux champs, à ville ou lit, en chapelle ou autre lieu saint ou en quelque lieu qu'ils verroi en I leur avantage, et que, s'ils nous avoienL ainsi tous tués, ils auroientde léger gagné le demeurant.
Item. 11 a été trouvé en l'hôtel d'un hérétique physicien ou astronome du dil roi, appelé Dominique, plusieurs vuoulx, anneaux, sorceries, poudres et autres détestables choses et faits contre la foi chrétienne, et telles que toute chrétienté doit abominer, ni n'en doit on parler, les quelles on pourroit tenir et supposer qu'elles eussent été faites contre nous afin que le dit roi vin! à son entente par les choses dessus dites.
Et plusieurs autres détestables et énormes faits ont les dessus dits justiciés confessé devant le peuple, et le dit chancelier devant nous et les dessus nommés, que nous laissons à vous écrire pour doute de vous ennuyer et aussi pour garder au dit roi son honneur plus que nous pouvons, combien qu'il soit notre ennemi, et combien que nous ne fussions pas assez fort pour combattre aux dits roi et Anglois quand nous entrâmes en notre dite ville, pour ce que en bonne foi nous en avions envoyé, après la paix faite, comme dit est, la plus grande partie de nos gens. Toutefois, Dieu merci, les dits roi et Anglois en avons fait vider de Saint-Denis, et n'ont pu malfaire à nos sujets, excepté que par trahison ils ont pris Craeil et le chàlel de Melun , auquel la reine Blanche les fit venir, et fit entendre aux bonnes gens de la dite ville de Melun que c'étoient bons François. Et devant lequel chàlel partie de nos gens sont à présent. Et avons recouvré en Normandie et ailleurs plusieurs lieux et forteresses qu'occupoient les dits roi et An glois. Et avons espérance en Notre Seigneur Jésus Christ que , considéré les choses dessus dites, notre bon droit que nous soutenons, et le très grand tort que le dit roi a envers monseigneur el envers nous, nos besoignes viendront en plus grande prospérité, et nous aidera contre ledit roi noire Seigneur Jésus Christ, en qui toute notre fiance est. Si vous signifions, très cher el très aîné frère, toutes ces choses afin que nous soyons tenu pour bon et vrai seigneur. Et que en nous n'a tenu que la dite paix n'ait été tenue, et aussi qu'il vous appert le très grand lorl que