CHAPITRE TREIZIÈME
le dit roi a envers nous, les périls et perplexités où nous avons été, et les très grandes faussetés (il mauvaise tés contre nous perpétrées et pourpensées. Et vous prions, très cher et très amé frère, que vous ne veuillez croire le contraire, s'il vous étoit rapporté ou écrit par aucuns nos ennemis, car nous vous écrivons la vérité des choses, et de ce appelons Dieu et le monde à témoin. El très cher et très amé frère, comme nous ayons intention et volonté de résister prestement aux dits roi et Angtois, cpii s'efforcent de déshériter monseigneur, nous et nos frères, nous vous prions, tant acerles comme nous pouvons, qu'il vous plaise à nous venir aidier et secourir le plus efforcement et le plus hrièvement et hâtivement que vous pourrez, et de ce ne nous veuillez faillir, très cher et très amé frère, si cher comme nous avez l'honneur et sauvement de monseigneur, de nous, de nos frères et de la couronne de France, car à plus grand besoin ne vous pouvons nous prier ni requérir. Et à l'aide de Dieu, de vous et de nos bons, féaux amis et sujets, nous mettrons peine et diligence à résister aux dits ennemis et à les bouter hors de royaume, par telle manière que ce sera à leur grande confusion et perte, et à l'honneur de monseigneur, de nous, de vous et de tous les bienveiilans et sujets du dit royaume. Très cher et très amé frère, le Sainl-Esprit vous ait en sa sainte garde. Écrit à Paris le dernier jour d'août '1'.
(Signé) Gontier.
Malgré certains dehors trompeurs de modération et de clémence, les Parisiens pouvaient s'attendre à de nouveaux supplices, que le régent lui-même annonçait, on vient de le voir : et Depuis que nous sommes venu à Paris, des traîtres ont été cr pris : nous avons fait faire justice d'aucuns; aucuns sont encore en prison, aux- <t quels nous ferons faire justice et raison, n Des confiscations devaient aussi être prononcées, car elles étaient alors un moyen de gouvernement : le régent n'en trouvait point de plus commode ni de plus propre à restaurer ses finances; et, persuadé qu'il exerçait le droit de la royauté outragée en sévissant contre des rebelles, il ne croyait point sans doute manquer à la justice. 11 ne se contenta pas de dépouiller ceux dont il épargnait la vie; il prenait les biens de ceux-là mêmes que la hache avait frappés; en sorte que personne, en mourant, ne pouvait se flatter d'avoir épuisé la vengeance royale et de laisser du moins ses enfants à l'abri du besoin.
Ce qui rendait ces mesures plus nombreuses et plus intolérables encore, c'est que la raison d'Etat ne les commandait pas seule : le régent cédait le plus souvent, par faiblesse, aux instances de ses familiers et de ceux qui lui avaient rouvert les portes de Paris. Les uns voulaient réparer, aux dépens de la bourgeoisie, les pertes qu'ils avaient faites durant la Jacquerie, ou revenir sur les confiscations dont ils avaient été frappés par les états; les autres réclamaient la récompense de leur
1 1 A rchives de Turin , Lettres des rois de France, mazzo n° 7, fol. h, 1, 7, 20. — On trouvera cette lettre, avec l'orthographe du manuscrit, à l'appendice de notre ouvrage intitulé La Démocratie en
France au moyen âge, t. II, p. 35i). d'après la copie prise par M. Fr. Cornues, et qu'il a hien voulu nous communiquer. Voir aussi Recueil des mémoires lus à la Sorbonne, année 18G9. p. 236.
ho.
zèle. Plus d'un se faisait gloire d'une trahison dont il n'était pas coupable, pour en retirer les mêmes avantages que ses voisins ou ses amis. Le régent n'avait pas même à deviner et à proposer ce qui pouvait convenir à chacun : ses partisans, vrais ou supposés, désignaient les vaincus dont ils convoitaient les biens, en sorte qu'un même décret pouvait statuer sur la spoliation de l'un et sur la récompense de l'autre. La rédaction de ces décrets était d'une simplicité caractéristique; on n'y cherchait point ces excuses dont la délicatesse moderne couvre nos faiblesses et nos injustices; une femme, des enfants en bas âge, se voyaient réduits à la plus affreuse misère, parce que leur mari ou leur père était accusé d'avoir pris part à ce qu'on appelait les conjurations des bourgeois^1'.
Faveurs accordées à Maillai t.
Le dénombrement des récompenses ne saurait donc être séparé de celui des confiscations. Jean Maillart, on le conçoit, eut une part considérable, qui pouvait pleinement le satisfaire, s'il n'eût été insatiable. H entra au conseil du prince, avec Pépin des Essarts et l'évêque de Paris, qui recevait par là le prix de sa tardive conversion (2). Il obtint une rente viagère de cinq cents livres, somme considérable pour ce temps-là, établie sur des terres situées au pays de Meaux, c'est-à-dire confisquées aux vaincus; il reçut à perpétuité, pour lui et ses descendants, l'hôtel de Léry, dont la valeur était aussi de cinq cents livres, avec toutes ses appartenances et dépendances; plus tard, sous le règne de Charles V, il se faisait donner le droit d'usage dans la forêt voisine du château de Léry, les fouages, le droit de haute, moyenne et basse justice, celui même de faire saisir, punir et pendre les malfaiteurs. Le nouveau roi voulut tenir de ses propres mains le fds de Maillai t sur les fonLs baptismaux, ce qui n'était pas une médiocre faveur en un temps où ce lien religieux n'avait guère moins de force que les liens du sang; enfin, en 1872, Maillart obtenait encore des lettres de noblesse pour lui, sa femme Isabelle, ses deux fils Jean et Charles, et sa fille, mariée, rencontre singulière! à Jean Le Coq, neveu de l'évêque de Laon.
(I' Voy. Trésor des Chartes, reg. 86, 89 et 90. passim.
(i) Il est curieux de voir quelle était, la composition du conseil royal après la mort de Marcel, parcomparaison avec ce même conseil au temps de la révolte :
Avant la mort de Marcel
Duc d'Orléans.
Evèque de Paris.
Evèque de Lisieux.
Chancelier de Normandie.
Sire de Meulan.
Sire de Mirebcl.
Comte d'Etampes.
Après la mort de Marcel :
Duc d'Orléans.
Evèque de Paris.
Evèque de Lisieux.
Chancelier de Normandie.
Sire de Meu'an.
Sire de Mirebel.
Comte d'Etampes.
Avant la mort de Marcel :
Jacques Lavache.
Archevêque de Reims.
Evèque de Laon.
Seigneur de SoyecourL Seigneur de Louspy.
Maréchal de Normandie.
Maréchal de Champagne. Connétable de Flandres.
Gérard de Thoiry.
Guillaume d'Ambreville.
Philippe de Troismons.
Sire de Hangest.
Amiral de France.
Après la mort de Marcel :
Jacques Lavache.
Ëvêque de Chartres.
Seigneur de Saint-Venant.
Loys de Harecourt.
Adam de Melun.
Pépin des Essarts.
Sire de Vinay.
Messire de Guillons.
P. de Villers.
N. Braques.
Chantre de Poitiers.
Chevalier G. de Seris.
Comte de Tancarville.
Archevêque de Sens.
Sire de Garancières.
Capitaine de Paris.