‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 162 sur 186 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

II n'est |>;is étonnant que le roi de Navarre lu t odieux aux Parisiens, car, en les LeNavarrais

l-l -il 1 r ii r 1 • > 1 * traite avec l'Angl

excitant contre lui, les conseillers du régent n étaient pas réduits a de vaines déclamations : ils pouvaient le condamner par la seule mention de ses actes, qui n'étaient propres qu'à troubler la paix publique. Privé du concours des bourgeois et trop faible par lui-même, il avait signé, avec les agents secrets d'Edouard III, des conventions par lesquelles il le reconnaissait pour roi de France et s'engageait à l'aider dans la conquête de nos provinces, à la condition que le roi d'Angleterre lui céderait celles de Champagne, de Brie et d'autres encore, sur lesquelles on s'entendrait ultérieurement. Puis, se mettant aussitôt à l'œuvre, il brûlait l'abbaye de Saint-Denis et les environs, allait rejoindre à Mantes son frère Philippe, et, de concert avec lui, empêchait tout navire de remonter jusqu'à Paris. En même temps il envoyait à Melun trois cents de ses bommes d'armes, afin d'occuper cette ville et de se rendre maître du cours supérieur de la Seine, comme il l'était déjà du cours inférieur. Il suffisait d'une poignée d'hommes pour cette entreprise, si nuisible aux Parisiens, car la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois, était prête à livrer au roi de Navarre, son frère, la forteresse de Melun, située dans l'île qui est aujourd'hui le quartier central de cette place, pour lors si importante. Le château fut livré, en effet, ainsi que la partie de la ville située du côté du Gâtinais. Quoique l'autre, du côté de la Brie, restât au régent, il n'en fallait pas davantage pour affamer Paris.

Les souffrances qu'enduraient les Parisiens expliquent leur fureur. Le bois DiUivssu public n'arrivant plus de la Bourgogne, ils étaient réduits, pour se chauffer, à couper tous les arbres de la ville et des environs; le setier de blé, qu'on donnait auparavant pour douze sols, coûtait au moins trente livres. Il n'y avait pas même d'espoir que cette misère touchât à sa fin, car les champs étaient occupés et dévastés tour à tour par les Navarrais, les compagnies et les Anglais.

Pour conjurer tant de maux et sortir d'une situation si difficile, il aurait fallu plus d'activité et d'habileté politique que n'en avait encore le duc de Normandie. Par sa faute autant que par la faute des circonstances, le royaume était dans un état déplorable qui frappait jusqu'aux étrangers, cr Après la mort du prévôt •des marchands, de ses amis et de ses adhérents, dit l'historien Villani, le pays <rde France ne consolida point ses affaires et ne parut point en meilleure condicrtion. Au contraire, la plus grande confusion recommença d'y régner. Le dauphin cr n'était pas aimé; ni le peuple ni les barons ne lui obéissaient comme à leur «maître, et, quoiqu'ils le reconnussent pour chef, il ne savait être gracieux ni travée les grands ni avec les petits. Il se bornait à attendre que la fortune se chanrr geât en mieux^. n

III Matleo \illani. Storie florentine , ch. cvh, Rer. Ital. Script, t, \1V, col. 536.

Remaniement des monnaies.

Villani se trompe : le régent agissait; mais ses actes n'étaient guère propres à rétablir la confiance et la prospérité dans le royaume. Dès le 5 août, quoiqu'il eût imaginé les confiscations, il recourait de nouveau aux expédients financiers qui avaient tant contribué à ruiner son crédit ét son autorité, et rendait un édit pour la fabrication d'une nouvelle monnaie. Un marc d'argent devait fournir vingt livres, fr C'était, dit M. Henri Martin, la plus faible monnaie qu'on eût jamais faite, tr Plusieurs des hommes courageux qui avaient tant lutté contre ces mesures spore liatrices purent entendre crier l'édit sur leur passage, en marchant à la mort 1 . ••

Ce ne fut point par exception que le régent revint à ces pratiques, mais par système et par obstination. Les dures leçons des années précédentes ne l'avaient nullement éclairé. Il bouleversa les monnaies seize fois en 1 3 5 9 , et dix-sept fois en i36o; ces altérations étaient d'autant plus graves, qu'au lieu d'être progressives elles faisaient succéder jusqu'à onze fois la hausse à la baisse, quelquefois dans des proportions énormes : l'édit du y 7 mars i36o décuplait du jour au lendemain la valeur de l'or®.

Cette incurie et cet entêtement, s'ajoutant à tant de rigueurs, ne pouvaient que perdre une seconde fois le régent, car les Parisiens commençaient à murmurer el à se plaindre que la paix rétablie ne leur rendît aucun des biens que la lutte leur avait fait perdre. Ce prince comprit le danger qu'il courait, et, sans renoncer à son prétendu droit de remanier les monnaies, il arrêta plusieurs mesures qui avaient pour but d'apaiser la bourgeoisie et de lui faire oublier ses regrets politiques, au moyen de quelques changements dans l'administration.

La charge de prévôt diminuée.

Services «le Hugues Aubryot.

D'abord il s'efforça de réduire l'importance du prévôt des marchands, qui avait été pour lui la source de tant d'inquiétudes. Encore qu il eût fait mettre Gentien Tristan, très-dévoué à sa cause, dans la place d'Etienne Marcel, il voulut que le prévôt royal de Paris prît une grande partie de l'autorité qu'exerçait auparavant le prévôt des marchands. Ce n'était pas une entreprise facile, car le prévôt do Paris était un magistrat de police que ses fonctions mêmes rendaient très-odieux au plus grand nombre; mais le Bourguignon Hugues Aubrvot, qui tenait cette charge, était un homme actif et intelligent. Logé dans la rue de Jouy, pour être plus près de son maître, s'inspirer mieux de ses désirs et obéir plus vite à ses volontés, il sut faire oublier Marcel en le continuant, je veux dire en apportant la même vigilance à défendre les intérêts de Paris, à réparer les dommages que cette ville avait soufferts, à construire des ponts et le petit Châtelet, à terminer les murailles, à réparer les dommages et les maux qu'avaient causés la guerre et les émeutes, à proposer et à faire accepter toutes les améliorations locales qu'on pouvait désirer. Ainsi, tout l'honneur des mesures de ce genre, que Marcel avait

"' Histoire île France. (. Y. p. 212. — '-' Voy. Natalis de \\ aillv. Variations de la lirre tournois.

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