‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 166 sur 186 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

céder à la requête populaire. II promit de se rendre, le lendemain , à la maison aux piliers, pour y exposer ses raisons, ajoutant que si, après lavoir entendu, Ion insistait encore, il délivrerait les prisonniers. Rien ne l'empêchait de répondre tout de suite; mais il voulait un coup de théâtre, et il avait besoin de vingtquatre heures pour le préparer. Il vint, en effet, au rendez-vous, en compagnie «des bons et loyaux sujets qui craignoient que les amis ou alliés des prisonrmiers ne voulussent contraindre leur seigneur de faire aucune chose contre sa cr volonté, n Ces loyaux sujets étant en grand nombre et armés, il pouvait braver les plus orageuses réclamations. Arrivé sur la place de Grève, il monta les degrés de narangue <iu régent, la croix qu'on y voyait en ce temps-là, et dit au peuple que les prisonniers étaient des ce traîtres et alliés au roi de Navarre, n C'était plus qu'il n'en fallait pour les rendre odieux aux Parisiens. Il ne leur vint pas seulement à l'esprit de demander des preuves. Personne ne remarqua peut-être que le duc de Normandie n'osait pas reprocher aux conjurés d'être les partisans d'Etienne Marcel. Quand le régent eut terminé, Jean d'Amiens, gendre ou neveu de Jean Restable, un des prisonniers, âme vénale et gagnée à l'avance, n'eut pas honte de confirmer les paroles du prince, et le peuple, dans sa naïveté, jugea que c'était chose grave, si les prisonniers étaient condamnés par leurs propres parents. Réduit à lui-même, Rlondel fut obligé de cr requérir pardon de ce qu'il en avoit dit et fait, -n et le régent promit de tout oublier.

Mais il n'oubliait rien et ne promettait que du bout des lèvres. Son succès l'affranchissant de toute contrainte, il nomma aussitôt une commission pour instruire le procès des prisonniers : il fallut les relâcher, car on manquait de preuves. Le régent avait compromis sa vengeance par trop d'empressement à la saisir. 11 aurait du surveiller seulement la conjuration qu'on lui avait fait connaître, et attendre, pour se rendre maître des chefs, qu'ils se fussent plus ouvertement compromis

Dans les lettres de rémission qu'il lui fallut accorder à ce sujet, il crut qu'il Accusations

1 J 1 contre

était nécessaire de défendre sa conduite, car ces poursuites, mal justifiées, lui les amis de Marcel.

pouvaient nuire auprès du peuple. Il fit donc entendre que, s'il n'avait pas puni,

c'était par excès de clémence; il dit sans détour que les amis d'Etienne Marcel

avaient repris le projet d'ouvrir les portes de Paris au roi de Navarre; il rejeta

toute la responsabilité des rigueurs ordonnées sur son conseil, sur le prévôt

Culdoé et sur les échevins : c'était sur leur avis qu'il avait jeté en prison les plus

coupables, pour répondre aux murmures du peuple, qui l'accusait de ne rien

faire. Il se faisait, en outre, un mérite de n'en avoir mis aucun à la question, et,

pour répondre au soupçon public, il protestait qu'il ne s'était point approprié

(l) Grandes Chroniques, t. VI, p. 1 43- 1 65 .

les biens des cr condamnés , 15 mais que son intention était de les employer à la défense de Paris, et de couvrir ainsi les frais de la guerre. Le régent se croyait donc obligé de rendre compte de ses actes aux Parisiens; il n'aurait pas paru prudent de rompre sitôt avec les habitudes qu'ils avaient contractées sous le gouvernement d'Etienne Marcel.

S'il faut en croire Villani, il y aurait eu, au mois de décembre de la même année, une nouvelle conjuration. Cet auteur nous apprend que le duc de Normandie fit couper la tête à vingt-sept bourgeois, et qu'il garda en prison les comtes de Roussi etd'Etampes, parents du roi de Navarre. Les Parisiens, trèsmécontents, firent entendre des murmures; mais le sang qu'on venait de verser empêcha l'explosion Villani parle seul, il est vrai, de cette affaire, et le silence des chroniqueurs français permet d'élever quelques doutes sur l'exactitude de ses renseignements. Il faudrait, pour y ajouter foi, admettre que ces exécutions eurent lieu dans le mystère, ce qui aurait nui à l'effet d'intimidation qu'on s'en devait promettre, ou que tous les auteurs contemporains sont tombés d'accord de dissimuler ces rigueurs à la postérité.

Mais Villani mérite plus de créance quand, au lieu de nous donner le détail des faits, qu'il connaît mal, il nous représente l'état général des esprits: crLe pays rrde France, dit-il, après la mort du prévôt des marchands et de ses compagnons rret fauteurs, ne prit aucune fermeté de bon état, mais au contraire revint à une cr grande confusion, carie dauphin n'était aimé ni obéi, comme seigneur, ni par le repeuple ni par les barons; et, nonobstant qu'ils le tinssent pour leur chef, il était «peu gracieux en présence des grands et des petits; et, en outre, à cause des rr traités déjà découverts, il était en soupçon et peur, et, pour ce motif, il pouvait « peu pourvoir et moins encore aider le pays contre ses ennemis ... Il restait à regarder, et attendait que la fortune changeât en mieux. Le peuple murmurait; «mais par peur, n'ayant point à sa tête un chef de son choix, il souffrait le « nouveau châtiment de son vieux péché, sans autre nouveauté, plus par patience rfservile que pour honorer leur seigneur ou pour lui plaire®. ■»

!l) Malteo Villani, l. VIII. c. 109.

ail paese di Francia, dopo la morte del prorrposto de' mercatanli e de'suoi compagni e se- "guaci, non prese alcuna fermezza di buono stato, rrmaper contrario si ritornô in grande confusione, rr cheil dalfîno nonera amato nè ubbidilo corne sirrgnore, nè dal popolo, nèda'baroni. Enon ostanle rr cbe lo tenessero per loro capo , poco era grazioso' nel rrcospetto de' grandi e de' piccoli. E oltre a cio per rrli trattati già scoperti slava in sospetto e paura, rre per questa cagione poco potca provedere e meno rratare il paese da' suoi nemici. D'allra parte , il re di

rrNavarrasi mantenea di fuori correndo e predando rrintorno a Parigi e altre ville circustanti, senza trorr vare contrasto fnoriche délie mura , econtinuamente rrsua gente cresceva d' Ingbilesi , et si digente paerrsana pronta e disposta a mal fare. E per qnesto rrsiscorseil paese che fuori di Parigi e d'altre città rre fortezze di Francia non si potea andare, che gli rruomini non fossero presi. Il dallîno nonpotendo rra tanto maie porre rimedio, e temendo di tradirrmento, il quale poco appresso si scoperse, stava a rrriguardo e aspettava si mutasse fortuna.n (Matleo Villani, L VIII, c. cvii, lier. Ital. Script, t. XIV,

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