CHAPITRE QUATORZIÈME
agresseurs. A cette occasion, dix-sept tètes tombèrent à Amiens (îG septembre i358).
Le contre-coup de cette affaire se fit sentir jusqu'à Laon. Robert Le Coq s y Traite ae Pontoise. était retiré depuis la mort d'Etienne Marcel, et y vivait obscurément dans l'exercice de ses fonctions épiscopales : on l'accusa de vouloir, pour venger le prévôt, livrer la ville au roi de Navarre. Six bourgeois, soupçonnés d'avoir trempé dans ce dessein, furent mis à mort, et l'évêque, craignant que sa dignité ne suffit pas à le protéger, se réfugia à Melun auprès de ce prince. Il lui rendit un signalé service, en même temps qu'au royaume, en le déterminant, contre toute attente, à conclure la paix avec le régent. Le traité lut signé à Pontoise, le 1 3 août i35<j. à des conditions si avantageuses pour le roi de Navarre, qu'il y a quelque difficulté de croire qu'il eût, dès ce moment, comme le veulent les historiens, l'intention de ne s'y point tenir. Il obtenait plusieurs forteresses, six cent mille écus d'or payables en douze ans, et des terres représentant douze mille livres de rente. Il s'engageait en retour à être bon Français et à défendre le royaume contre les Anglais, ce dont le régent le récompenserait plus tard selon ses mérites.
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Dans ce traité, le roi Charles n'avait pas oublié ses amis. Il avait présenté au Rentrée duc de Normandie une liste de trois cents personnes pour lesquelles il demandait des lettres de rémission. Le régent accorda tout, car il ne voulait point prendre sur lui de faire des exceptions; mais il se ménageait un moyen détourné d'atteindre ceux qui avaient plus particulièrement encouru sa haine. Le 21 août, il fit prier les Parisiens de recevoir dans leurs murs le roi de Navarre et les gens de sa suite. Gomme il n'y avait plus d'autre maître que lui, cette marque de déférence paraît au moins singulière : elle cachait un piège. Jean Des Mares, avocat au parlement W, sans doute après avoir pris les ordres du dauphin, requit, au nom de la ville de Paris, que l'évêque de Laon, qui était le second sur la liste du roi Charles; Jean de Sainte-Haude, un des trente-quatre réformateurs de i356(2); Michel Casse, chancelier de l'église de Noyon; Pierre de la Courtneuve, Vincent du Val Richier, Pierre Des Barres, orfèvre et second chef de l'expédition commandée par l'épicier Gilles; Geffroi le Flamand du Porche Saint-Jacques et aucuns autres n'y pussent rentrer (3). C'était si bien la volonté du duc de Normandie, que toutes les réclamations du roi de Navarre furent vaines ; il n'arracha de concession qu'en
(1' Voy. sur Jean Des Mares, qui, malgré cette t2) Jean de Sainte-Haude représentait la ville de
démarche , restait lidèle aux principales idées de Sens au conseil des réformateurs. Au mois d'août
Marcel, une intéressante notice de M. F. Bourque- 1 358, il eut le temps de prendre la fuite, mais ses
\ot: Jean Des Mares, avocat général au parlement de biens furent confisqués et donnés à une dame de la
Paris au quatorzième siècle. (Extrait de la Revue his- duchesse de Normandie. torique du droit français et étranger, n° de mai-juin !) Grandes Chroniques, t. VI. p. 161.
faveur de Jean de Sainte-Haude. L'interdiction d'entrer dans Paris fut formellement maintenue contre Robert Le Coq, dont on récompensait ainsi le dernier Retraite de Le Coq service , je veux dire la paix rendue au royaume. Pour le soustraire à cette haine
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implacable, Charles le Mauvais lui donna l'évêché de Calahorra, en Navarre; dix ans plus tard, en 1 368 , Robert Le Coq y terminait paisiblement sa vie, entouré de l'estime et du respect des habitants
Après la paix de Pontoise, le roi de Navarre était donc revenu habiter Paris; la conjuration de Pisdoé, à laquelle pourtant il n'avait pris encore aucune part, réveilla des soupçons qui n'étaient que la juste punition de sa constante duplicité. Pour mettre en sûreté ses jours, qu'il croyait menacés, il s'enfuit aussitôt, au risque de donner raison à ceux qui l'accusaient. Mais la guerre contre les Anglais entretenait en ce moment-là de trop vives alarmes pour qu'on prît garde au dépari d'un prince qui n'était, après tout, qu'un adversaire de plus. De Mantes où il s'était retiré, Charles de Navarre eut beau défier le régent, c'est à peine si l'on songea à lui répondre. On ne pensait pour lors qu'à rendre Paris imprenable et à Défense de Paris. faire en sorte que l'ennemi ne pût vivre aux alentours, puisqu'on ne l'en pouvait chasser par les armes. Le duc de Normandie y parvint au moyen d'un terrible sacrifice, en brûlant les faubourgs Saint-Marcel, Saint-Germain et Notre-Damedes-Champs. L'armée anglaise occupait Châtillon, près de Montrouge, aux portes de Paris (7 avril i36o). Edouard III, ne pouvant la faire vivre dans ces campagnes désolées, résolut enfin de reconduire ses soldats en Bretagne, où ils attendraient, dans un repos réparateur, que la saison d'automne leur permît de recommencer leurs dévastations. Si, le moment venu, il ne donna pas suite à ce
(1) On trouve assez longtemps des Le Coq dans pillières. Aucune famille ne semble avoir eu au parles documents relatifs à notre histoire. Robert Le lement un plus grand nombre de ses membres. Coq avait deux frères : Oudart, conseiller au par- Blanchard, Pasquier, Loisel en nomment neuf, lement en i344, et Jean, qui continua la lignée. dont le dernier en 1 63 1 . Le P. Anselme cite encore Le fils de ce dernier, nommé aussi Jean Le Coq, un Le Coq, conseiller aux requêtes du parlement, épousa Jacqueline Maillart, fille de Jean Maillart. En puis maître des requêtes de 1691 à 17-20. Ce der- 1 3 6 3 , il fut anobli par le roi Jean, devint seigneur nier représentant de la famille n'a que des filles de d'Esgrenay en Brie, et maître de la chambre aux sa seconde femme. Tous les enfants qu'il avait eus deniers du duc de Normandie. Ces faveurs étaient de la première étaient morts, visiblement la récompense d'un mariage pour le- Voyez sur tous ces faits le P. Anselme, Histoire quel Jean Le Coq avait oublié ce qu'il devait à son généalogique de la maison de France, Paris, 1726, nom. En 1/120, maître Hugues Le Coq est prévôt t. II, p. io5. — Loisel, Divers opuscules, Paris, des marchands. En i&34, le même ou un autre du i652. — Gallia christiuna , t. IX, col. 568 et suiv. même nom est encore prévôt et en outre conseiller (De provincia Bcmcnsi). — ■ Douët d'Arcq, Biblioau parlement. En 1/190, Cbarles Le Coq est éche- llicijue de l'Ecole des chartes, t. II, p. 302 et suiv. vin et général des monnaies. Vers l'an i5oo, un — Le Roux de Lincy, Histoire de l'Hôtel de Ville de Gérard Le Coq épouse une nièce du cardinal La Paris, p. 17g, 2e part, append. 3. — Voy. une Balue. En 1828. le curé de Saint-Eustache se lettre du roi de Navarre se soumettant à tout ce nomme Jean Le Coq et jouit d'une certaine répula- qu'a décidé Charles V au sujet de Bobert Le Coq tion d'orateur. Les Le Coq deviennent, avec le dans Secousse , Mém. pour l'hist. de Charles le Mitratemps, seigneurs de Corbeville. marquis de Cou- vais, t. II, p. 23 1.