‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 19 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Ces sensibles progrès de son pouvoir, la bourgeoisie les avait faits en quelqué sorte à prix d'argent. C'est en prenant à sa charge la plus grande partie des dépenses que nécessitait la construction de nouveaux remparts, qu'elle en obtint de Philippe-Auguste la propriété et par suite l'administration. Sous ce titre modeste de prévôt et échevins des marchands, qu'ils prirent seulement dans la seconde moitié du xme siècle, les chefs de la bourgeoisie parisienne formèrent un corps municipal, bientôt illustré par plusieurs prévôts d'une intelligence et d'une activité remarquables : Etienne Barbette, qui ouvrit plusieurs rues et dont une porte de la ville a longtemps gardé le nom; Jehan Arrode, qui rendit à la ville mal percée le même genre de services, et fît paver à ses frais les voies de communication qu'il avait ouvertes; Jehan Popin, à qui l'on dut le premier abreuvoir; Guillaume Bourdon, qui a laissé un souvenir durable dans la rue des Bourdonnais, bâtie par ses soins; Jehan Gentien, qui se fit, en 1 3o/t , héroïquement tuer, à la bataille de Mons-en-Puelle, à coté de son roi.

A partir de ce temps, cette magistrature marchande et municipale acquiert, par la force des choses et l'habileté de Philippe le Bel, une importance politique. Dans les conjonctures difficiles, ce prince profita fort adroitement de l'autorité que le prévôt exerçait sur ses concitoyens, pour obtenir librement d'eux ce qu'ils eussent peut-être refusé aux injonctions du pouvoir royal, ou du moins accompagné, en l'accordant par force, de leurs plaintes contre d'incessantes et intolérables exactions. Fallait-il lever un nouveau subside pour marcher contre le comte de Flandres (1 299) , ou approvisionner Paris dans un temps de disette (1 3 1 6) , c'était au prévôt des marchands que s'adressait ce monarque, et toujours avec succès. Ainsi s'établit peu à peu l'usage, pour les chefs de la bourgeoisie, d'intervenir, dès qu'apparaissait un embarras sérieux, dans la gestion des affaires publiques, afin de les rendre plus faciles, de trouver de l'argent, de dissiper les mécontentements ou de leur imposer silence, ce qui faisait de ces chefs, de ce prévôt, les plus constants et les plus fermes soutiens de la royauté.

En i355, Etienne Marcel exerçait cette charge si nouvellement grandie cl si considérable. H était issu, non rrde personne estrange et ennemye du royaume cr comme par ses faits assez il démontra v ce sont ses ennemis qui parlent ainsi, mais d'une ancienne famille de bourgeois parisiens dont le nom, obscur avant lui dans notre histoire, occupait une certaine place dans les annales de la commune de Paris, et la première dans celles de la corporation des drapiers. Cette corporation, qui était au-dessus de toutes les autres par l'importance qu'elle avait prise, était aussi celle qui donnait le plus facilement accès aux fonctions municipales.

i; Bibliothèque Nationale, manuscrits, Couds latin , n" 8576 , P t g3. Lji cote jadis indiquée n'est plus dans l'usage depuis fort long-temps. C'est la

cote de l'inventaire même des mss. de Baluze, inventaire antérieur au premier catalogue imprime, c'est-à-dire à l'anne'e 17 Ai.

Les documents conservés au précieux dépôt de nos archives mentionnent, de trèsbonne heure, ie nom de Marcel mais, malgré des recherches attentives, il semble impossible de rattacher les premiers qui l'ont porté au célèbre prévôt. Sa généalogie, telle que nous pouvons l'établir, ne remonte pas plus haut que son aïeul, Pierre Marcel, dit le Vieil, marié à Jeanne Cocatrix, d'une ancienne famille de Paris, où Philippe le Bel avait pris un de ses trésoriers, puis un de ses échansons, et qui donna plus tard son nom à une rue de la Cité®. Pierre Marcel habitai! en la Cité, dans la rue de la Rivièrc-Jehan-le-Cras, et était le plus imposé de la paroisse Saint-Barthélémy. Toute la paroisse payait 368 livres î^isous, sur lesquelles les cinq Marcel de la rue Jehan-le-Cras, c'est-à-dire le père et les quatre fils, contribuaient pour 102 livres, et Pierre, à lui seul, pour 58. Dans tout Paris, il n'y a que deux personnes taxées à une plus forte somme : Lombard Gan- (louffle, à 11^1 livres 10 sous, et Fedrye de la Grant Table à 9/1 livres. L'aîné des quatre fils de ce riche bourgeois s'appelait Pierre Marcel le Jeune, ou de Saint-Merri; il était en 1298 conseiller de la ville, en i3o2 commissaire répartiteur pour la taille, au nom des drapiers, et en i3io un des quatre bourgeois chargés de nommer les seize commissaires qui devaient asseoir la taille ®. Le second, Jacques, qui en 1292 payait, conjointement avec son aîné, 28 livres, est en 1 3 1 3 , comme l avait été son père , le plus imposé de la paroisse. En 1 3 1 9 ,

" Nous devons à la complaisance de M. Anatole fie Coëtlogon, trop tôt enlevé aux lettres, tout ce que nous disons ici, dans h texte et dans les notes, sur la généalogie des Marcel. Avant celui qu'il convient , faute de plus amples renseignements , de considérer comme le chef de la famille, ce nom avait été porté par bien des personnes que rien n'autorise à y rattacher: i° Marcel, chanoine de l'aris en 1 160. (Arch. Nationales, carton des rois, K. a/i , n° 52.) — 2° En 1 a5o, un autre Marcel, que Joinville appelle rrlraistre mauvais huissier, » et qui fut cause de la captivité de saint Louis, en criant à haute voix : rr Seigneurs chevaliers, rendez vous. « Le roi vous le monde par moi , et ne le faites point crtuer.» (Lobineau, Histoire de Bretagne, t. I, p. 25a.) — 3° Jean Marcel, bourgeois de Compiègne. En 1269, par appel au parlement, la marchandise de l'eau, à Paris, lui confisque un bateau de bois qu'il avait fait conduire à Paris parla Seine, sans être transe. (Arch. Nationales. Olim, reg. I, P57.) — 4° Guillaume Marcel , chevalier, en 1270. (Arch. Nation. Olim, reg. 1, f° 181.) — Même au temps où l'on peut établir la généalogie des Marcel, on trouve des personnes qu'il n'est pas possible d'y rattacher, quoiqu'elles portent le même nom : i° En i3i5, Hugues Marcel, clerc et prieur

de Sainte- Marie de Monlfaucon. (Arch. Nation. JJ. 52, n° 23a.) — 20 En 1 3 1 6 , Jean Marcel, marié à Fressande , et arrêté avec elle au moment où ils vendaient, sur le marché de Pontoise, des draps appartenant au père de Fressande, et qu'on les accusait d'avoir volés. (Arch. Nation. Parlement de Paris, t. I, f° 89 v°.) — 3° En 1 3 1 7, un autre Jean Marcel poursuit un corrupteur de sa femme, tille de Nicolas de Pacq. (Ibid. f° 1 1 1 .) — h" En 1 3 1 9 , on trouve Simon Marcel, drapier, marié à Isabelle. (Arch. Nation, carton des rois, K. tio, n° 27.) — 5° En i3a3, André Marcel, marié à Thècle la Cordière. (Arch. Nation, reg. du Parlement de Paris, Jugés, vol. I, f° 269 rJ.) — Quant aux cinq Marcel de la rue de la Rivière-Jehan-le-Cras portés au rôle de la taille pour 1 292 , ce sont bien visiblement le père et les quatre fils.

(2) Ce sont Getl'roi Cocatrix , trésorier du roi Philippe le Bel en 1802 , et un autre du même nom et prénom ( peut-être est-ce la même personne ) , échanson de ce prince.

(3) Paris sous Philippe le Bel, par IL Géraud, p. i3G. — Livre des sentences du parlouer aux bourgeois , f° hh. — Histoire de l'Hôtel de Ville de Paris, par Le Roux de Lincy, p. ia5; Paris, 18&6, \n-li".

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