‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 20 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

il achète des Carmes pour 5oo livres parisis le monastère que ces religieux habitaient sur la rive droite de la Seine et qu'ils venaient d'abandonner pour la montagne Sainte-Geneviève. Sa fille Agnès, morte en i3ûo, avait épousé Jean Poillevilain, dont nous retrouverons plus tard le nom dans les troubles de Paris, ainsi que celui d'un Cocatrix, Bernard, échevin en 1 3 5 5 ; ces familles de la haute bourgeoisie parisienne s'alliaient entre elles et se soutenaient, rapprochées qu'elles étaient par la profession, les mœurs, les idées, les sentiments W. Le troisième, Jean Marcel, avait épousé la fille de Baudoin de Roy, olïicier de finances sous Philippe le Bel, mais il n'est pas autrement question de lui. Le quatrième, Etienne Marcel, mourut en i 3 1 9 , et sa tombe, qu'on voit encore aujourd'hui au couvent des Gélestins, au pied du crucifix, permet de reconnaître que c'est lui, et non Pierre Marcel le Jeune, comme on l'avait cru®, qui fut le père du seul membre de cette famille qui en a rendu le nom illustre dans l'histoire. En effet, les armes des deux Etienne, par lesquelles si souvent alors on remplaçait la signature, sont les mêmes : ils portent d'azur à trois griffons ailés d'or à la bande d'argent, chargée de six carrés de gueules brochantes; de plus, ces armes sont brisées d'une bande d'argent, ce qui indique une branche cadette, dans une souche commune, et ne permet plus de voir dans Etienne Marcel le fils de ce Pierre Marcel l'aîné, appelé le Jeune, auquel on n'a retrouvé jusqu'à ce jour aucune descendance, et dont les armes, d'ailleurs semblables, ne portent point la brisure d'argent (3).

l) Celle restitution généalogique , si heureusement laite par le rapprochement des armes , est encore due

Pierre MARCEL, épouse Jeanne Cocatrix

à M. de Coëtlogon. Elle lui a permis d'établir le tableau suivant, grâce auquel on peut se bien reconnaître.

Jean Marcel, épouse Marie de Roy.

Pierre Marcel l'aîné, Jacques Maacel.

ditie Jeune, épouse Agnès ,

qui dote ia chapelle Saint-Etienne

l'église Saiut-Bartbélemy Garnier Marcel, Agnès Marcel,

(Lebeuf) épouse Eudeline. épouse

Morts Jean Poillevilain.

tous les deux en 1 3 5 a .

Etienne Marcel, épouse Jeanne.

Mort en 1 3i 9.

Jean Etienne MARCEL , Guillaume Gilles Marcel. épouse Marcel. Marcel.

Jeanne de Dommartin , puis

Marguerite des Essarts.

Qualre fils.

Béatrix , anoblie en mai 1372.

(La Roque, Traité de la nobletse, p. 72.

Marie, épouse Jean Luillier, drapier.

;!) Piganiol de LaForce, Description historique de la ville de Paris , t. IV, p. 180; 1 765 , in- 1 a . — (3) Archives Nationales, JJ. 46, n° G7.

safem t ses frères. Etienne Marcel avait épousé en premières noces Jeanne de Dainmartin, fille

sans doute de Geffroi de Damraartin qui figure au nombre des commissaires pour la répartition de la taille sous Philippe le Bel. Devenu veuf, il contracta un second mariage avec Marguerite des Essarts, fille de Pierre des Essarts, un des favoris de Philippe de Valois, avec 3,ooo écus d'or en dot, sans ses héritages, et de celte union il eut six enfants. De ses trois frères, deux, Guillaume et Jean, paraissent s'être tenus à l'écart de la politique : ils y furent sans doute forcés par le souvenir de leurs relations avec le dauphin, dont ils avaient favorisé les frivoles plaisirs, du temps que ce prince n'avait pas encore réglé sa vie. Le troisième, nommé Gilles, fut clerc de la marchandise ou du parloir aux bourgeois, et chargé, à ce titre, de recueillir les chartes, papiers, vidimus, registres, cahiers et autres documents anciens. Il cumulait les fonctions de greffier, de secrétaire avec celles d'historiographe, si l'on peut employer ce mot trop ancien ou trop moderne pour désigner l'homme qui recueillait les premiers matériaux des archives municipales

Son admimstratiou. Nous savons peu de chose de l'administration d'Etienne Marcel, soit que l'attention de ses contemporains, détournée de cette partie de sa tâche par l'éclat orageux de son rôle politique, ait négligé de nous renseigner à ce sujet, soit plutôt qu'absorbé par les devoirs nouveaux que lui imposaient les circonstances, l'illustre prévôt ne se soit occupé de Paris que pour le mettre en état de défense. On trouve cependant une ordonnance qu'il avait inspirée sur la propreté des rues, et c'est lui qui fit l'acquisition, non pour lui-même, mais pour y établir le siège de la municipalité parisienne, d'une maison sur l'emplacement de laquelle s'élevait naguère encore l'Hôtel de Ville.

Le premier propriétaire connu de cette maison, qui fut la première bâtie sur la place de Grève, avait été Philippe Cluin, chanoine de Notre-Dame, de qui Philippe-Auguste l'acquit en l'année 1212. Plus tard, elle servit de demeure à Clémence de Hongrie, veuve de Louis le Hutin. Philippe de Valois en fit don (1 3 a ^1) à Guigues, dauphin de Viennois , et , après la mort de ce seigneur, à Humbert II . dernier souverain du Dauphiné. C'est en qualité d'héritier d'Humbert et du titre de dauphin, porté pour la première fois par un fils aîné du roi de France, que le futur Charles V, fort jeune encore, eut la propriété de la maison dont il s'agit, et la donna, en 1 35 6 , à Jean d'Auxerre, receveur des gabelles de la prévôté de Paris, un de ses amis particuliers, qui la vendit, l'année suivante, à

(l) Dans une curieuse gravure sur bois reproduite ii la page 3 1 des précédents historiques de X Histoire générale de Paris, le clerc de la marchandise ou du parloir aux bourgeois est représenté debout, à la

gauche du procureur de la ville, tenant à la main les feuilles sur lesquelles il consigne les principaux actes du gouvernement municipal.

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