‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 21 sur 186 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Etienne Marcel, pour une somme de 2,880 livres d'or au mouton Elle était contiguë à la demeure de Gilles Marcel, et peut-être ce hasard fut-il pour quelque chose dans le choix du prévôt des marchands , quoiqu'il demeurât lui-même dans la Cité, au coin occidental de la rue de la Vieille-Draperie(2), en face du Palais. La maison où il établissait l'administration communale avait jusqu'alors porté le nom à' hôtel au dauphin; l'usage s'établit de l'appeler parloir aux bourgeois, comme les deux maisons situées l'une près du Grand-Châtelet, l'autre à l'extrémité de l'Université, près des Jacobins, où se réunissaient précédemment les conseils de la bourgeoisie, puis bientôt maison aux piliers, quoique toutes celles de la place de Grève eussent aussi des piliers qui faisaient régner une sorte de galerie autour de la place '3).

Etienne Marcel peut donc être considéré comme le premier fondateur de l'Hôtel de Ville, quoiqu'on n'ait commencé qu'en îÔap, à bâtir cet admirable édifice, détruit, en 1871, parles fureurs d'une insurrection insensée autant que criminelle. La maison aux piliers, dès lors trop exiguë, devint l'habitation du concierge; et même, comme elle menaçait ruine, elle fut démolie en 1589. Mais qui peut dire que les pierres de ce siège primitif de l'administration bourgeoise ne servirent pas aux constructions commencées, et qu'importent d'ailleurs quelques vains matériaux, si sous les nobles voûtes vers lesquelles nous n'élevions pas naguère les yeux sans émotion, circula durant des siècles le traditionnel souffle de vie qui anime encore la municipalité de Paris!

Des quatre échevins qui assistaient Etienne Marcel dans son administration laborieuse, trois n'ont joué, dans les événements des années qui suivirent, qu'un rôle secondaire; mais le quatrième, Charles Toussac, soutint un des principaux. Charles t, Il était méridional d'origine, comme son nom semble l'indiquer; la vivacité de son esprit et surtout la force de son éloquence, qui manquait rarement son effet sur le peuple, firent de lui un précieux auxiliaire pour le célèbre prévôt. On ne voit Marcel aux Étais, pas qu'Etienne Marcel ait eu un talent oratoire à la hauteur de sa capacité et de son caractère; mais, autant qu'on en peut juger par quelques miniatures du précieux exemplaire des Grandes Chroniques qui appartenait à Charles V, il avait une sévère et belle figure, qui, même sous le crayon de ses ennemis, laisse deviner sa puissante intelligence^. Sa charge le désignait naturellement pour être l'orateur

1 On a l'acte de donation à Jean d'Auxerre et l'acte de vente à Étienne Marcel. (Voy. sur tous ces faits relatifs à la maison aux piliers, Le Roux de Lincy, Hist. de l'Hôtel de Ville de Paris, p. 7 et suiv.)

(2) Aujourd'hui rue de Constantine.

!3) Le Roux de Lincy, Histoire de l'Hôtel de Ville, p. 7-23. — Félibien, Histoire de Paris , 1. 1, p. 617- 63g. — Plutarque Français, 1. 1, art. Etienne Marcel, par M. J. Quicherat.

(4) M. Jules Quicherat est le premier qui ait signale' celte miniature à l'attention des lecteurs curieux. rrLa figure irritée et menaçante de Marcel, «■ dit— il , reçoit d'une épaisse chevelure et d'une rrlongue touffe de barbe isole'e sur le menton une ff expression terrible.» Cette vignette se trouve au f" A09 v° du manuscrit. M. Quicherat ne dit mot d'un autre portrait du prévôt qui se trouve au f° hoh v°, et qu'il eût été curieux de comparer à

et le chef des députés des bonnes villes. Quoique les chroniques ne disent que peu de chose de la part qu'il prit aux délibérations de cette assemblée, pour peu qu'on rapproche les ordonnances qui en résument les travaux, et qui sont malheureusement tout ce qui en reste, des événements auxquels Etienne Marcel prit bientôt après une part si active, il est impossible de ne pas reconnaître ses idées et la marque de son influence dans les résolutions des états de 1 3 5 5 , comme dans tout le reste.

La séance d'ouverture eut lieu dans la salle du parlement. Une miniature du temps w nous fait voir le roi sur son trône, entouré des trois ordres, le clergé en chape épiscopale, la noblesse en manteau rouge, les députés des villes en robe brune. Pierre de La Forest, chancelier de France et archevêque de Rouen ('-', prit la parole au nom du roi, pour exposer ce l'état des guerres, v II montra que le trésor était vide; qu'on ne pouvait, sans argent, soutenir la lutte contre les Anglais, et il conclut, selon l'invariable usage, en demandant une aide. Mais, comme les temps étaient durs, et qu'un refus paraissait à craindre, à moins que le gouvernement ne donnât des garanties contre le retour des abus, il promettait que, si les états accordaient l'aide, le roi frapperait une rr forte monnoie et « durable, v à laquelle il ne serait plus fait de changements (3).

celui qui a attiré exclusivement son attention. Dans ce second dessin , le dauphin défend à Marcel de se mêler des affaires publiques. Le prévôt n'y a point la touffe de barbe qu'il porte cinq feuillets plus bas , dans la vignette signalée par M. Quicherat. 11 semble donc que le peintre a plutôt suivi sa fantaisie qu'il n'a voulu faire un portrait. Toutefois, en y regardant avec soin, on finit par trouver que les traits généraux de la physionomie sont des deux parts les mêmes, ce qui est vrai surtout des différents portraits de Charles V qu'on rencontre flans ce manuscrit. En tenant compte des dimensions exiguës et de l'inexpérience de l'artiste, il est donc permis de croire que nous pouvons nous faire une idée vague des traits d'Etienne Marcel. (Voy. Bibl. Nat. ras. fr. n° 281 3.)

(1) Ms. des Grandes Chroniques ayant appartenu à Charles V. (Bibl. Nat. ms. fr. n° 281 3.)

(îi II était né près de Billom , en Auvergne ; quelques-uns disent à la Suze , au Maine , mais c'est une erreur provenant de ce qu'il acquit un domaine du roi en cette dernière contrée. Il fut d'abord chancelier de Jean, fils aîné du roi Philippe de Valois et duc de Normandie; puis évêque de Tournai , et ensuite de Paris. Philippe de Valois le fit chancelier de France en 1 35o et exécuteur de son testa-

ment. En 1 35 1 , le 6 septembre, il conclut au nom du roi le traité de Trêves (entre Guines et Calais) avec le roi d'Angleterre. En i352 , il fut fait archevêque de Bouen. (Fonds Dupuy, vol. 2.36, P 19/1. i95.)

«•Le chancelier, à son origine , n'estoit autre qu'un rr huissier ainsi appelle a cancellis, mot latin qui sirrgnilie les barreaux ou barrières du lieu où estoient rr enfermez ceux qui rendoient la justice . . . Sous rrla première race de nos rois, et jusques sur la fin rrde la seconde, ceux qui écrivoient les chartes et

rrinstrumens publics eurent le mesme nom

tSous la troisième race de nos rois, sous Hugues rrCappet, Bobert et Henry, les chanceliers écrier voient quelquesfois et souscri voient les chartes, rrquelquesfois les relisoient et souscrivoient, lesdatrrtoient de l'année de Jésus Christ et des rois.. . . rrPour ce qui est des appointemens attribuez à cette rr charge, l'an 1286 fut ordonné que nul auroit rr chambre en l'hostel du roy que le chancelier qu'il (rappelle porte-séel, le grand maistre d'hoslel. rrchambre des deniers, le chapelain , l'aumonier, ce rrqui fut confirmé l'an i3iG." (Fonds Dupuis, vol. 236, f°s 1 à i5.)

(3) Ordonnance du 28 décembre 1 355 , art. 8. (Ordonnances des rois de France, t. III. p. 19.)

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