CHAPITRE DEUXIÈME
Défauts de Jean dans la viu privée. — Charles le Mauvais, roi de Navarre. — Sa famille. — Son portrait. — Ses cruautés. — Ses prétentions au trône. — Danger de ces prétentions. — Spoliation du roi de Navarre. — Haine des grands contre le connétable. — Meurtre du connétable d'Espagne (janvier i354). — Le roi de Navarre avoue le meurtre. — Réconciliation de Jean et du roi de Navarre. — Traité de Mantes entre eux. — Le Navarrais fait amende honorable. — Fuite de ce prince. — Il négocie avec l'Anglais.- — Jean renoue les négociations avec son gendre. — Traité de Valognes entre eux (20 septembre 1 355). — Nouveaux dissentiments. — Le dauphin. — Sa liaison avec le Navarrais. — 11 est nommé duc de Normandie. — Le Navarrais saisi à Rouen. — Exécution de ses amis. — Lettre du roi d'Angleterre. — Captivité et souffrances du roi de Navarre. — Fidélité de ses sujets.
Les défauts qui faisaient de Jean un roi fort inférieur à sa tache n'étaient pas inoins sensibles dans sa vie privée que dans tous les actes de son gouvernement. Par la mobilité de ses impressions, par son manque de foi et son humeur vindicative, il tournait contre lui ses plus proches parents; il apportait jusque dans les relations domestiques cette imprudence et cette passion aveugle qui compromirent si gravement son royaume et lui-même. Sur le trône, les plus petites choses ont de grandes conséquences, et, par une juste compensation, la puissance souveraine n'a pas, même à l'intérieur des palais, cette liberté de conduite qui est l'heureux privilège d'une humble condition. Les querelles de famille ne furent pas moins funestes à Jean que ses démêlés avec le roi d'Angleterre, et il apprit par expérience ce qu'il en coûte aux rois d'oublier que la politique esl intéressée à la moindre de leurs paroles ou de leurs actions.
Défauts de Jean clans la vie privée.
H y avait à la cour de France un jeune prince qui portait le titre de roi de Navarre, mais qui eût regardé comme un exil de vivre parmi ses sujets. C'était Charles d'Evreux, fils aîné de Philippe, précédent roi de Navarre, et de Jeanne de France, fille unique de Louis le Hutin. Par son père, il était arrière-petit-fils de Philippe le Hardi et cousin du roi Jean au deuxième degré, ce qui était pour lors une parenté très-proche, surtout en un rang où l'on n'est jamais tenté de 1 oublier Par sa mère, il eût été, disait-il, l'héritier légitime de la couronne, si
(,) Voici le tableau généalogique delà famille de Charles de Navarre. On y verra que ce prince était:
1° arrière-petil-tils de Philippe le Hardi; 2° petitfils de Louis le Hutin: 3° cousin au second degré
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Famille poi île Navarre.
la loi salique ou plutôt l'usage salique n'eût prévalu et fait de la France une monarchie guerrière et féodale, peu disposée à se laisser conduire par les femmes. Telle fut, on le verra tout à l'heure, la principale cause des luttes, tantôt sourdes, tantôt déclarées, qu'il eut à soutenir contre un roi dont, par son existence seule, il troublait le repos. L'abnégation du comte Louis d'Ëvreux, qui, au lieu de soutenir avec le duc de Bourgogne les droits de la descendance féminine dans la personne de Jeanne, fille de Louis le Hutin, avait aidé Philippe le Long à s'assurer de Paris et à se faire sacrer à Reims, était cause du moins que la maison d'Ëvreux avait obtenu la pairie de la reconnaissance et de la faveur de ce prince. C'est à sa mère que Charles d'Ëvreux était redevable de la Navarre. Ce petit royaume était entré dans la maison de France par le mariage de Philippe le Bel avec Jeanne de Navarre. Quand la loi salique priva la fdle de Louis le Hutin de la couronne, cette princesse conserva la Navarre, où cette loi n'avait jamais été en vigueur, et la laissa en mourant à son fds aîné, Charles d'Ëvreux. Tout jeune encore, Charles d'Ëvreux fut appelé par ses sujets des Pyrénées Charles le Mauvais, pour avoir puni avec sévérité une conspiration qui avait éclaté contre lui avant qu'on pût le connaître, c'est-à-dire en i35o, alors qu'il était à Pampelune pour son couronnement et le surnom lui en est resté.
son portrait. C'était un petit homme, plein d'esprit et de feu, soucieux et réfléchi, à l'œil vif, à la taille bien prise, à l'éloquence persuasive. Sa figure était agréable et ses manières attrayantes; il possédait plus que personne l'art de se faire aimer. Chacun, dans la famille royale, le préférait au roi et à ses fds, et, seul de tous les
du roi Jean; h" neveu de la reine Jeanne, veuve de Charles le Bel; 5" frère de la reine Blanche, veuve de Philippe de Valois.
PHILIPPE LE HARDI, + i q85.
Philippe le Bel, + i3iù. Charles, Louis, comte d'Ëvreux.
comte de Valois,
Louis le Hutin , Phil. le Long, Charles le Bel, | Philippe de Navarre , Jeanne d'Évreux,
, o... j..a„, j-,-!.,a Philippe de Valois,
f iilb- ' liiti- ' lji8- , „. marié troisième femme
a Jeanne de France, de Charles le Bel. •IewleBon,+ i36&. die unique
de Louis le Hutin.
Charles le Mauvais, Phil. de Navarre, Louis de Navarre, Blanche roi de Navarre. comte comte de Beaumont- de Navarre,
de Longueville. le-Roger. deuxième femme
de
PbilippedeValois.
11 Voy. A. Favyn, Histoire de Navarre; Secousse, Mémoires sur Charles le Mauvais; Henri Martin. Histoire de France, I. XXX. t. V, p. 129.