‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 42 sur 186 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

pas se firent honneur par leur fidélité à un maître malheureux. Evreux résista sept semaines, et les citoyens, plutôt que de se rendre, mirent le feu à la ville et se retirèrent à Pont-Audemer. Ce courageux exemple fut suivi parles principales cités de Normandie. Le roi ne s'en empara qu'après beaucoup d'efforts. 11 était devant Breteuil , qui refusait de lui ouvrir ses portes, quoiqu'elle n'appartint au roi de Navarre que depuis le traité de Mantes, quand il apprit que le prince de Galles venait d'envahir les provinces de l'Ouest. Pour s'opposer à ses progrès, il dut lever le siège et s'estimer heureux d'accorder aux défenseurs de Breteuil une capitulation avantageuse autant qu'honorable. Cette retraite forcée laissait le champ libre à Philippe de Navarre. La captivité de son frère lui donnait un prétexte spécieux de continuel' en Normandie la guerre de partisans à laquelle il demandait ses moyens d'existence, et dont on ne pourrait plus lui reprocher les déprédations.

Il se peut que la conduite du roi Jean envers son gendre fût conforme à la politique séculaire des rois de France; mais en cette circonstance, pour employer un mot célèbre, Jean commettait plus qu'un crime, il commettait une faute, en suscitant comme à plaisir contre sa dynastie et contre lui-même le plus dangereux ennemi qu'il put redouter.

Les détails de cette querelle domestique devaient être rapportés ici pour mieux expliquer les événements qui suivirent et la part qu'y prit le roi de Navarre. On pourra juger maintenant dans quelle mesure il convient de faire remonter jusqu'à lui la responsabilité des malheurs qui allaient peser sur la France.

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