‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 46 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

malgré son parti pris de trouver partout matière ou prétexte à éloges, après avoir dit que tf jeunesse, par propre volonté menée plus perverse qu'à tel prince n'aptepartient, dominoit en lui en celui temps, d ajoute que rr les plus sages hommes crue prévoyoient que méchefs et calamités W. u Villani, écho du sentiment qui dominait à l'étranger, accuse de lâcheté ce prince, dont l'exemple avait causé la défaillance des cinq mille hommes qui marchaient à sa suite. Il l'appelle, ainsi que ses compagnons, vilissimi, codardi®. Que la faute en fût à lui ou aux « maure vais administrateurs n de sa jeunesse (3), cela importe peu; ce qu'il importe de constater, c'est que la bourgeoisie ne trouvait plus devant elle personne qui pût ou même voulût entreprendre le gouvernement du royaume de France (4), en sorte qu'un grand nombre de personnes allèrent prier Etienne Marcel de chercher quelque remède opportun

quences du désastre de Poitiers. Plus favorable au roi Jean, et même à la noblesse fe'odale, que nous ne pouvons l'être, il n'en écrit pas moins les lignes suivantes, qui sont la vérité même: rr L'impatience •'française, l'indiscipline des mouvements militaires, rr l'insuffisance du commandement, l'inexpérience -^des milices communales, l'absence d'armée perma- •-ncnle, l'épuisement des forces du royaume, le découragement, la division, la mobilité, telles sont rrles causes accidentelles des désastres du xiv" siècle. -Edouard III a bien souvent commis les fautes crqu'on reproche au roi Jean. Elles étaient moins rr fatales à l'un qu'à l'autre. Sous la direction de rrCharles V, plus de prudence intervenant dans la ft conduite des armées, le destin des combats se x montra plus favorable, a (Numéro du 1 5 juin 1871 , p. 671.)

(1) Christine de Pisan, Le livre des fais et bonnes meurs du roy Charles, ["partie, ch. vi; édit. Michaud et Poujoulat, 1" série, t. I, p. 5oG. — Ce portrait physique que Christine de Pisan trace de son héros le représente bien fait, bien pris de sa personne, comme nous l'avons vu plus haut, p. 01, note 3; mais il n'en est pas moins vrai qu'une maladie, ou peut-être une tentative d'empoisonnement dont on a accusé son beau-frère, Charles de Navarre, lui avait rendu la chair assez pâle, tret croy, ajoute Christine, que ce et qu'il étoit t moult maigre luy étoit venu par accident de mairladie, et non de condicion propre.» C'est sans doute cette faiblesse accidentelle de tempérament, à moins qu'on n'y veuille voir une répugnance d'une autre nature, qui retint toujours Charles V dans son cabinet quand on se battait dans son royaume. Cela ne rend-il pas moins invraisemblable

qu'on ne l'a dit cette fuite à Poitiers dont l'accuse Villani, ou tout au moins cet empressement à obéir aux ordres de son père, auxquels désobéit si glorieusement, et sans en être empêché, le plus jeune des fils du roi Jean? Que le règne de Charles V ait été réparateur, nul ne le conteste; mais, outre qu'on admet par là qu'il y avait beaucoup à réparer, pourquoi vouloir qu'il ait été, dans sa jeunesse mal dirigée, ce qu'il devint plus tard, par l'effet de l'expérience et du malheur"?

(2) rr 1 1 dalfino di Vienna e'1 duca d'Orliensa. rrc'haveano più. di cinque mila cavalieri , e'1 re aprrpresso con sei mila in sua compagnie, havendo rrsentilo la rotta délie due prime schiere, corne virr lissîmi ecodardi, havendo ancora due lanti et più trdi cavalieri e di baroni freschi e ben montati, e rressendo i nemici stanchi per le duebattaglie, tanta rrpaura entré ne' loro animi rimessi e vili, che porrtendo ricoverare la baltaglia, non n' hebbono quo- •rre di fedire a' nemici , nè vergogna d' abbandonare rr il re, ch'era appresso di loro in sul campo, ne rrl' altra baronia di Francia. E sanza ritornarsi a dierrtro a far testa col re insieme, e sanz' essere cact ciati , si fuggirono del campo e andaronsene verso fParigi, abbandonando il padre e fratelli nel perirrcolo délia grave battaglia ; degni non di tiloli d' hortnore, ma di gravi pene, se giustizia havesseforza crin loro.n (Malteo Villani, liv. VII, c. xvu; Rerum Italicarum scriptores , t. \IV, col. 4 16.)

(3) Christine de Pisan, loc. cit.

()) Froissart, liv. I, part. -2, c. lu.

!i>) rr Ipsum pltiries (ou plures) adierunt exoranles •ret deprecantes ut circa prasmissa de opportun» -provideret remedio. n (Jean de Venette, second continuateur de Nangis, p. 2A7.)

Quoi qu'en ail longtemps dit l'histoire, il n'y avait donc point usurpation de la part des bourgeois. Ni le prévôt des marchands ni ses amis ne pensaient alors à profiter de l'occasion pour secouer le joug, pour chercher un autre roi, ou même pour fonder le gouvernement populaire. Froissart, leur adversaire, est ici l'autorité décisive, puisqu'il fait voir dans quelle prudente mesure ces hommes sans expérience des affaires publiques y entendaient maintenir leur intervention, cr Et regardèrent et avisèrent les plusieurs des sages hommes que cette chose ne cr pou voit longuement durer ni demeurer en tel état que on n'y mît remède; car rrse tenoient en Cotentin Anglois et Navarrois, qui couroient et détruisoient tout crie pays. . . Voulurent savoir et ordonner comment le royaume de France secrroit gouverné jusques adonc que le roi leur sire seroit délivré, et voulurent rr encore savoir plus avant que le grand trésor que on avoit levé au royaume, du cr temps passé, en dixièmes, en maletoultes, en subsides et en forges de monnoies, rret en toutes autres extorsions dont leurs gens avoient été formelles et triboulés, cr et les soudoyers mal payés, et le royaume mal gardé et défendu étoit devenu; rr mais de ce ne savoit nul à rendre compte {1\ n

Seuls, les bourgeois de quelques bonnes villes avaient plus de confiance clans leurs forces. Paris surtout se croyait prêt pour des épreuves si nouvelles. Etienne Marcel, prévôt des marchands, continuait d'exercer sa charge avec une vigueur et une prudence qui lui conciliaient tous les esprits. On comprenait qu'on pourrait compter sur lui dans les circonstances les plus graves. Depuis le jour qu il avait paru aux états, il s'était placé au premier rang et n'avait cessé de défendre les intérêts de la bourgeoisie et du peuple. Il était un des trois surintendants nommés pour empêcher qu'on ne fit un mauvais emploi des taxes votées. Quand il vit le roi prisonnier, les princes fugitifs, la noblesse vaincue et déshonorée, il pensa que c'était à la France de se défendre, et, ne pouvant donner des ordres hors de la ville dont il était le premier magistrat, il fit voir du moins, par son exemple, ce qu'il fallait faire.

Paris fortifié. Un mois ne s'était pas encore écoulé depuis la bataille, qu'il mettait Paris en état de défense (18 octobre). Comme il méditait des travaux considérables, il voulut d'abord se procurer des ressources et frappa les boissons d'un droit d'octroi; puis il mit à l'œuvre trois cents terrassiers et maçons, sans compter les hommes de bonne volonté, pour refaire les murs de Paris; car, l'enceinte de Philippe- Auguste étant trop étroite, une partie de la population s'était répandue au dehors. La ville se composait pour lors de la Cité et de deux autres quartiers, l'un au nord, dit rr d'Outre Grand-Pont, d sur la rive droite de la Seine, l'autre sur la rive gauche, ou rr d'Outre Petit-Pont, v De ce côté, les progrès de la popu-

(1) Froissart, liv. I, ch. m; t. I, p. 303.

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