‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 60 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Les principaux de ces articles demandaient:

Que M. le duc élût par le conseil des trois états aucuns grands, sages et notables du clergé, des nobles et des bourgeois, pour être à sa suite, le conseiller et l'assister pendant l'intervalle des sessions;

Qu'il cboisît parmi les membres des états certain nombre d'autres notables prud'hommes qui résideraient à Paris pour le grand et secret conseil, et qu'il établirait souverains sur tous les officiers du royaume pour faire la réforme, entre autres, du parlement et de la chambre des comptes, avec charge d'entendre sur le fait du gouvernement;

Que d'autres des états, sages et suffisants en fait d'armes, eussent mission, à Paris et ailleurs, de vaquer à l'expédition du fait de la guerre et ordonner réponses aux connétables, maréchaux, amiral, châtelains, etc.;

Que les sieurs du grand conseil et autres des états fussent réformateurs généraux et en pussent ordonner d'autres dans les provinces, où les choses allaient rrtrès-mauvaisemenl et désordonnément, n auprès desquels il serait crié publiquement qu'on pût se plaindre de ceux qui avaient mal administré le royaume et qui seraient ôtés de leurs charges;

Que l'élargissement du roi de Navarre était profitable à l'Etat el qu'il en fallait écrire au roi ;

Qu'on avait laissé perdre le temps des trêves sans donner ordre à la guérie future, divertissant et absorbant les deniers des aides en dons inutiles par la mauvaise conduite de ceux dont ils requéraient la destitution ;

Qu'ils reconnaissaient y avoir plusieurs au grand conseil du roi et requêtes de l'hôtel en parlement et en la chambre des comptes et aux autres, officiers sages, prud'hommes, loyaux et bons conseillers, desquels le sens et la loyauté avaient été peu connus et rémunérés, mais que le conseil des états s'asseyait tant seulement sur sept ou huit personnes qui avaient malversé en leurs charges;

Que sur l'aide demandée par le duc on ferait trente mille payes d'hommes armés pour un an, à raison d'un demi-écu par jour pour chacun.

Les remontrances des états insistaient sur les vexations dont le peuple était accablé par le remaniement des monnaies, les gabelles, impositions, subsides, dixièmes, trentièmes, emprunts, prise de grains, de chevaux, de vins, de chariots et autres choses, sans rien payer, sans profit pour l'honneur ou la défense du rovaume. Les grands gouverneurs, seigneurs et autres officiers, était-il dit, sont riches et comblés, et le peuple très-pauvre. Les baillis, sénéchaux, prévôts, vicomtes, receveurs, gardes des portes et passages, châtelains, lieutenants de capitaines, maîtres des monnaies, gardes, contre-gardes, collecteurs des dixièmes et autres sont nommés sans élection, par amitié, faveur ou corruption; leur ignorance, corruption et négligence font beaucoup de maux sur le peuple, et, quand

aucuns du peuple se sont mis en avant pour avoir justice d'eux, ils ont eu si grande aide qu'on n'en a pu avoir raison.

Une partie de ces maux venait, selon les états, de ce que ceux qui voulaient gouverner et gouvernaient, n'étant que deux ou trois, n'y pouvaient suffire. Plusieurs chevaliers, écuyers et bourgeois étaient si endommagés par délais, qu'ils vendaient leurs chevaux, et partaient sans réponse, en telle indignation et pauvreté que ceux qui étaient Français en sont devenus Anglais

Division Le duc de Normandie ne reçut point sans un amer dépit ces vives et trop justes

ans le conseil royal.

remontrances. Dans l'impossibilité d'y répondre et même d'y faire droit, il assembla aussitôt ses conseillers ordinaires, espérant qu'ils lui suggéreraient quelque bon expédient; mais il ne les trouvait pas moins empêchés et abattus qu'il n'était luimême. Ce qui faisait surtout leur stupeur et leur désespoir, c'est que les résolutions les plus hardies des états eussent été prises à l'unanimité, et que les princes, le duc de Bretagne entre autres, après avoir défendu les droits de la royauté et soutenu qu'on lui faisait des conditions trop dures, se fussent rangés à l'avis des bonnes villes et du clergé. Avaient-ils cédé à l'intimidation, ou les preuves fournies de la culpabilité des principaux officiers et de la déplorable administration du royaume leur avaient-elles fait perdre tout espoir de défendre une si mauvaise cause? Quoi qu'il en soit, l'abandon qu'ils en avaient fait ne pouvait que semer partout la défiance. Comme les conseillers du jeune prince se trouvaient inégalement menacés, ils se partagèrent. Ceux que la commission ne poursuivait point furent d'avis de céder à ses exigences; les autres, se voyant à la veille de perdre leurs charges et leurs biens, et peut-être de ne trouver de salut que dans la fuite, voulaient qu'on résistât avec énergie. L'ardeur intéressée qu'ils mettaient à soutenir leur opinion la fit prévaloir : il fut résolu qu'on renverrait les députés sans écouter leurs représentations.

séance de clôture Ce moyen de sortir d'embarras offrant quelques dangers, il parut sage de

<i journée.

tourner la difficulté plutôt que de l'aborder de front. Sur l'avis de ses- conseillers intimes, le duc de Normandie envoya aux Cordeliers, où se tenait l'assemblée, quelques-uns de son lignage, pour obtenir des états qu'ils se voulussent déporter de leurs requêtes, disant que quelques-unes d'entre elles touchaient de si près le roi son père, qu'il ne les oserait faire ni accomplir sans en avoir reçu congé exprès de lui. Mais, les réformateurs n'ayant rien voulu abandonner desdites requêtes, certains de ces conseillers, ceux sans doute qui n'étaient pas menacés par les états, voulaient que ce jeune prince se résignât, afin d'obtenir l'aide; les autres, ceux qui étaient à la veille de perdre leurs charges et leurs biens, ayant remontré

' Grandes Chroniques, t. IV. p. 34-44.

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