CHAPITRE TROISIÈME
mine sorte d'apanage, avec toules les charges de la souveraineté. Le fils de «■ France, dauphin, était le continuateur des anciens dauphins provinciaux. Or crie Viennois ou Dauphiné dépendait féodalement de l'ancien royaume de Bourre gogne ou d'Arles, réuni, comme on sait, à l'empire. Le duc de Normandie était ce donc tenu à l'hommage et au service de la diète envers l'empire, sous peine de cr commise féodale, et il avait un double intérêt à remplir son office de feuda taire : ce celui de donner pied à la France dans le corps germanique, et celui de consercever la souveraineté d'une province qui était son patrimoine temporaire, tout en ce étant le patrimoine définitif de la France. Ainsi, le voyage du dauphin à Metz ce était commandé par la plus saine politique W. n Pourtant, ces raisons excellentes ne lui auraient pas suffi, il est permis de le croire, pour s'éloigner de Paris en un pareil moment, s'il ne s'y était joint le désir que lui prête le même auteur, de ee temporiser avec la rébellion, de s'essayer à l'user par la patience, de gagner ce du temps, ce qui, dans la situation des choses, était déjà bénéfice®. d Toute la question serait de savoir s'il y avait déjà rébellion, ou si le jeune prince n'avait pas trop de hâte, vu sa jeunesse et son inexpérience, de secouer la tutelle qu'on voulait lui imposer.
Certains d'une défaite, et peu accoutumés à parler en présence d'un prince, les délégués des états n'essayèrent point de protester contre les acclamations qui accueillirent les paroles du dauphin, et ils se retirèrent irrités, mais silencieux. A peine hors du Louvre, ils revinrent de leur stupeur et donnèrent un libre cours à leur colère. Il leur suffit de la nuit pour s'entendre et concerter leur plan de conduite. Le lendemain, 3 novembre, les Quatre-Vingts et les autres députés, en petit nombre, qui n'avaient pas encore quitté Paris, se réunirent aux Cordeliers, sans aucune convocation officielle. Cette réunion était irrégulière, illégale; car les états, ayant été ajournés en vertu de la prérogative royale, ne pouvaient s'assembler de nouveau que sur une ordonnance du roi ou de son lieutenant. Mais le duc de Normandie avait outragé les états, dans la forme, en attendant, pour les avertir de sa résolution d'ajourner la séance de clôture, le moment où elle devait avoir lieu, et dans le fond, en imaginant à deux reprises les plus futiles prétextes pour s'affranchir de leur surveillance. Il devenait évident que, s'il renonçait à se procurer par les voies légales l'argent et les hommes dont il avait besoin . c'est qu'il comptait recourir à mille expédients vexatoires et livrer de nouveau la France aux violences des officiers royaux.
Réunion aux Coi
illégale deliers.
Ce fut f évêque de Laon qu'Etienne Marcel et ses amis chargèrent de porter Discours la parole et d'apprendre à leurs collègues, réunis aux Cordeliers, ce qui s'était (IeRobert e nq
1 M. Ch. Giraud, Le traité de Brétigny (Revue (2) M. Ch. Giraud, Le traité de Brétigny (loc.
des Deux-Mondes, n° du i5 juin 1871, p. 681). cit.).
passé au Louvre. Le choix de ce prélat était peut-être impolitique, car ou le savait facile à s'emporter et peu capable de mesure dans l'expression de ses sentiments; mais on pensa sans doute que les membres présents ajouteraient plus facilement foi aux assertions d'un homme d'église et d'un conseiller du roi. Robert Le Coq ne se borna point à exposer les faits; il prononça tout un discours pour prouver que les réformes demandées par les états étaient nécessaires. Au sujet de la destitution des officiers royaux, qui excitait plus crue tout le reste le mécontentement de la cour et du dauphin lui-même, il allégua, pour justifier cette mesure, s'il faut en croire un document où il est peint sous les plus noires couleurs qu elle était parfaitement légitime, puisqu'on avait déjà vu déposer des rois de France. A ces paroles, l'orateur sentit, dit-on encore, qu'un député assis à ses côtés lui marchait vivement sur le pied pour l'avertir de son imprudence. Il se reprit alors et expliqua qu'il avait seulement voulu dire, en manière d'exemple, qu'un roi de Fi ance avait été déposé par le pape à la requête des états. Poursuivant ensuite son discours, et rentrant sur le terrain, sinon de la légalité, au moins du droit, il proposa de donner lecture des représentations que les trois ordres auraient voulu adressera monseigneur le duc, afin qu'il fût bien établi que, si rien n'avait été fait pour soulager les maux dont souffraient les populations, la faute en était à ceux qui, après avoir demandé aide et assistance, refusaient la main qu'on leur fendait. Lue telle motion était déjà bien menaçante; Robert Le Coq la rendit plus hostile encore en ajoutant qu'il serait bon que chaque député prît copie des résolutions arrêtées, afin de les faire connaître à ses commettants.
Ces mesures énergiques, il eût été bon de les prendre à l'heure même où le dauphin tentait son petit coup d'état. Alors, en effet, c'était sortir de l'ancienne légalité pour entrer immédiatement dans la nouvelle; mais, dès qu'on avait, en cédant ne fût-ce qu'un jour, semblé reconnaître que la première n'était pas abrogée, on ne pouvait proclamer la seconde avant l'ordonnance royale, sans entrer dans les voies révolutionnaires.
Résolution Les députés accueillirent avec enthousiasme la proposition qui leur était faite:
prise aux Cordeliers. , 1 l • l i »/
ils n y virent pas seulement une machine de guerre contre le prince qui s était joué d'eux, mais aussi un moyen de donner à leurs idées cette publicité sans laquelle on n'en pouvait espérer le succès. L'événement fit voir que de telles précautions n'étaient pas inutiles. Le menu peuple ne craignait guère moins les cr robecr riesn des gens de négoce que les crpilleriesn des gens de guerre, et voyait dans le pouvoir royal un recours suprême, une protection toute-puissante dont il ressentait rarement les effets, mais dont il espérait toujours. Les bonnes villes étaient
!1) L'acte d'accusation publié par M. Douët bert Le Coq qu'ils l'avaient tenu pour un des leurs , il Arcq et dont il a été question plus haut. Les ofïi- à cause de la place qu'il occupait dans les conseils ciers royaux étaient d'autant plus irrités contre Ro- du roi.