CHAPITRE QUATRIÈME
Voyage du dauphin à Metz (5 décembre i 356). — Nouveau remaniement des monnaies. — Opposition de Marcel. — Marcel au Louvre. — Retour du dauphin ( i k janvier 1357). — Entrevue du dauphin et de Marcel (19 janvier). — Démonstration populaire. — Conférence du dauphin avec les chefs du peuple. — Demandes de Marcel. — Trêve conclue à Bordeaux (23 mars). — Perquisitions chez les officiers. — Situation du royaume. — Réunion des états (5 février). — Absence de beaucoup de députés. — Résolutions des états. — Séance royale (3 mars). — Silence gardé sur le Navarrais. — Poursuites contre les officiers royaux. — Culpabilité des officiers. — Réunion périodique des états. — Les décisions obligatoires pour les absents. — La grande ordonnance. — Articles pour assurer l'autorité des états. — Articles pour la sécurité du royaume. — Détresse des campagnes. — Entraves mises au bon plaisir du roi, de ses officiers. — Articles sur l'administration de la justice. — Articles sur les finances. — Protection aux opprimés. — Ces états comparés à ceux de ik$k. — Mécontentement du dauphin. — Conseil du roi renouvelé. — Fautes des états. — Inexpérience des nouveaux officiers. — Mauvaise perception du subside. — Jean profite des fautes commises. — Soulèvement à Paris (6 avril). — Le dauphin révoque les défenses du roi. — Résistance des provinces. — Soulèvement des provinces. — Marcel fortifie Paris. — Organisations des milices. — Mesures pour la propreté des rues. — Affluence de campagnards à Paris.
Le voyage que le duc de Normandie avait le projet de faire, et dont il venait voyage du dau^um. de parler dans la conférence du Louvre, pouvait se couvrir de prétextes plausibles. L'empereur Charles IV et le pape Innocent VI avaient offert leur médiation pour terminer le différend qui tenait depuis si longtemps la France et l'Angleterre en armes. Des conférences étaient sur le point de s'ouvrir à Metz : il paraissait donc convenable que le dauphin y assistât, et même qu'il y déployât un faste vraiment royal; ne fallait-il pas faire croire aux ennemis que la France n'était pas ruinée, comme on le disait partout, et qu'elle pouvait toujours leur tenir tète? Mais, à supposer que le jeune prince ne cherchât pas une distraction aux embarras du gouvernement et aux ennuis de sa cour, qu'était l'avantage douteux de tromper un adversaire clairvoyant, au prix du danger qu'il y avait, pour l'autorité royale, à laisser dans Paris celle d'Etienne Marcel et de ses amis sans contre-poids? Courir à des fêtes dont la pompe ne pouvait être qu'un grief de plus pour ceux qui les
payeraient; s'entourer d'un somptueux cortège tandis que les peuples soutiraient des maux extrêmes, c'était provoquer comme à plaisir l'indignation publique. Elle relata surtout dans toute sa force quand on vit la reine Jeanne de Boulogne, belle-mère du dauphin, quitter en même temps Paris, sous couleur de marier son fils. Philippe, duc de Bourgogne, n'était âgé que de onze ans, et la fiancée, Marguerite de Flandres, n'en avait que sept. Pour un mariage si prématuré, des contributions extraordinaires furent levées, qui n'empêchaient ni les percepteurs de réclamer les subsides, ni les seigneurs d'exiger le prix de leur rançon, et l'on ne saurait croire tout ce qui fut dépensé, à cette occasion, en fêtes, présents, achats de terres et de maisons1.
Nouveau remaniement Le 5 décembre 1 356, le duc de Normandie partait pour Metz, laissant ses pOUdes monnaies. m ni»' t-» d
voirs au comte d Anjou, son second frère. Pour se procurer 1 argent que venaient de lui refuser Marcel et les états des provinces, il avait eu recours, au mépris des engagements contractés par son père, à l'expédient des anciens jours, et porté à 1 '2 livres tournois la valeur du marc d'argent , qui , d'après l'ordonnance de décembre 1 3 5 5 , n'en devait plus valoir que six. La refonte que ce remaniement rendait nécessaire devait, comme toujours, lui donner un profit considérable. Mais, persuadé que les Parisiens ne se soumettraient pas sans résistance à un décret si propre à porter le trouble dans toutes les relations commerciales, il crut faire un coup de maître en laissant l'embarras des désordres qu'il prévoyait à son frère, encore plus jeune et plus inexpérimenté que lui. Son ordonnance, signée le a3 novembre, ne fut promulguée que le 10 décembre, alors qu'il était déjà trop loin pour que le bruit du mécontentement populaire pût le distraire de ses plaisirs. C'était, sans parler du manque de courage, la plus grave imprudence qu'un politique pût commettre. Pouvait-on pressentir, dans le prince qui commettait de telles fautes, celui qui devait être un jour le sage roi Charles V?
Opposition de Marcel. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner si, suivant le témoignage du Rosier kistorial, le comte d'Anjou «eut la teste moult tempestée par l'impétuosité du prévost des cr marchands et des échevins de Paris®, a Pour noircir la conduite d'Etienne Marcel, on a prétendu qu'il ne fit opposition à cette ordonnance qu'afin de forcer le duc de Normandie à s'adresser à lui, s'il voulait de l'argent; c'est oublier que ce prince ne s'était décidé à altérer de nouveau les monnaies que sur les refus qu'il venait d'essuyer, et, par conséquent, que Marcel l'avait vu tout récemment dans la position où l'on soutient qu'il voulait le mettre.
Les motifs de son opposition sont trop évidents pour qu'il soit possible de les méconnaître avec bonne foi. Avait-il tort de dire que des mutations si fréquentes
Ce mariage eut lieu, en effet, au mois d'avril 1857. — (2) liozier historial, fol. 87.