‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 68 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

«■r que la France, qui l'emportait auparavant par les richesses et par la gloire, rr était devenue un objet de inépris et de dérision pour les autres nations^.»

Telle était l'étendue du mal, qu'elle fit désespérer du remède. Le 5 février, il R<Su»ion des iM ne se trouva à Paris qu'un petit nombre de députés pour la nouvelle session des états. On remarqua surtout l'absence des nobles : le duc de Bourgogne, le comte de Flandres, le comte d'Alençon, tous les principaux seigneurs étaient restés dans leurs manoirs, et ceux qui s'associaient à leur fortune s'étaient empressés de les imiter. Seul ou presque seul, le duc de Bretagne, plus ardent ou plus aveugle, était revenu prendre sa place. Les nobles n'avaient aidé à soumettre la royauté que parce qu'ils espéraient en recueillir les privilèges; mais, quand ils virent que tout l'avantage de cette lutte était pour la bourgeoisie, ils se tinrent à l'écart, et les rapides progrès du tiers état devaient bientôt les rapprocher du dauphin®.

Absence Je

Plusieurs causes d'une autre nature détournèrent la plupart des députés des villes de revenir à Paris. L'insuccès de leurs efforts, durant les sessions précé- beaucoup de <wPu dentés, n'était pas d'un bon augure pour celle qui allait s'ouvrir, et, pour n'apporter aucun soulagement aux misères publiques, ils jugeaient inutile d'abandonner leurs affaires, d'entreprendre un voyage ruineux et plein de dangers, d'épuiser enfin à Paris leurs dernières ressources. D'autres ressentaient déjà le funeste effet des jalousies municipales; ils ne comprenaient pas que la bourgeoisie parisienne, en proposant de grandes réformes, usait du droit que lui donnaient des lumières supérieures, et cherchait moins à s'assurer des avantages particuliers qu'à répandre dans tout le royaume la prospérité dont elle jouissait.

Etienne Marcel déplorait amèrement ces jalousies, car l'absence de nombreux députés ne pouvait qu'ôter aux réformes qu'il rêvait d'accomplir le caractère de généralité qu'il aurait voulu leur donner; mais du moins il pouvait se dire que l'assemblée des états, débarrassée des esprits ombrageux ou timides qui auraient entravé sa marche, trouverait plus de force pour faire le bien, et même pour l'imposer, si elle ne parvenait à le persuader.

La première mesure qu'adoptèrent les étals marque bien l'esprit de suite et

(l) rrEx tune enim regni negotia maie ire, et res rrquia non babebat defensorem in aliquo nec tuto-

prpublica deperire, et prœdones per totam patriam rrrein. Tune enim terra et patria illa Francis, quae

ffinsurgere; nobiles alios despicere et odire, et uti- rraniea, prœ omnibus regnis mundi et partibus,

t litatem et proficuum domini et subdilorum non rrgloria et lionore et divitiis pacisque prasconiis se-

n-curare, ruslicos de villutis et bomines subjicere «cura et omnibus bonorum aiïluentiis fuerat opu-

cet spoliare, patriam ab inimicis nullo modo de- flenta, incepit magis ac magis baberi contemptui,

n-fendere, sed conculcare, bona eorum rapere et 'retaliisnationibus,proh dolor! in derisum esse et in

tf au ferre; domino régente, ut apparebat liquide, rropprobriumaliorum.j) (Contin.de Nangis,p. aii.)

«non curante. Tune enim incepit patria et loin w crRemeato autem domino régente prœdicto de

rr terra Francise induere confusionem et mœrorem, rrMetis, adhuc slelerunt illi très stalus rem publi-

Résolutions dus *'l

la fermeté de cette assemblée. Us décidèrent de donner pour fondement à leurs délibérations les réclamations mêmes que le duc de Normandie avait refusé d'entendre. Ils les firent donc mettre par écrit : chaque député s'obligea d'en envoyer copie à ses commettants, afin de connaître leurs sentiments à ce sujet, et, s'il était possible, d'obtenir leur approbation. Les provinces firent preuve d'une grande docilité. Partout, dans la langue d'oil, les états provinciaux se réunirent pour examiner les cahiers, et les renvoyèrent ensuite à Paris, après avoir approuvé ce qu'ils contenaient.il n'en pouvait être autrement, puisque les demandes des états généraux étaient aussi celles que faisaient les états provinciaux à chacune de leurs assemblées. Ainsi, les chefs de la bourgeoisie faisaient voir qu'ils sauraient rester fermes dans leurs desseins, malgré l'opposition du prince, et qu'ils seraient soutenus par cette partie de la nation qui prenait intérêt à ses propres affaires. C'était avertir la cour qu'elle ferait sagement de ne plus mettre obstacle à l'action légitime des états. Grâce à cet expédient, l'absence d'un grand nombre de députés parut moins sensible et moins fâcheuse. Tandis que les nobles, pour la plupart, s'abstenaient, par jalousie des progrès que faisait si rapidement la cause populaire, les bourgeois étaient retenus par des motifs personnels dont il a été question plus haut, par des rivalités municipales, par ce découragement qui s'empare des âmes faibles ou médiocres. Mais les plus énergiques députés devaient trouver, malgré leur petit nombre, dans leurs pouvoirs confirmés ou renouvelés, une grande force pour imposer les mesures votées, s'ils ne parvenaient à les faire accepter par la persuasion.

Pour cette session, de même que pour les précédentes, le détail des délibérations nous manque. Mais, si l'on considère qu'il fallut trois semaines pour recevoir la réponse des provinces, et qu'en moins d'un mois un nombre incroyable de réformes furent préparées, proposées, étudiées, décidées, il faut bien reconnaître qu'un accord parfait devait unir les membres de cette assemblée, et qu'ils étaient trop pressés d'agir pour perdre leur temps en longs discours. Comme il n'y avait alors d'autre publicité que celle que faisaient les rois dans leurs ordonnances, comme les chroniqueurs ne prenaient pas garde aux travaux qui s'accomplissaient sous leurs yeux et ne nous font connaître que les séances d'apparat, il restera éternellement dans l'histoire de nos états généraux, durant les siècles du moyen âge, une part considérable que toutes les investigations ne sauraient tirer de l'obscurité.

séance royale Cette fois , on ne commit point la faute de demander au duc de Normandie une entrevue secrète, et lui-même il n'osa point se jouer des bourgeois résolus,

rrcam gubernantes. Sed non multum diu postea (fin illo officio rernanserunl, quia nobiies ab aliis rrduobus stalubus, scilicel a clero et burgensibus

p(secedentes), solvere aliqua, sicut volebant facere fralii, omnino recusarunt. » (Contin. de Nangis, p. aM.)

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