CHAPITRE QUATRIÈME
qui. pour se faire obéir, n'avaient qu'à déchaîner l'émeute. On mit au vendredi 3 mars la séance publique où il devait recevoir communication des vœux, ou, pour parler plus exactement , des volontés des états. Il s'y rendit, accompagné des comtes d'Anjou et de Poitiers, ses frères. Robert Le Coq fut chargé de porter la parole, ou, comme on disait, de prêcher. Il commença par exposer les souffrances et les griefs des populations; il rappela le roi et le royaume mal gouvernés, les promesses violées, les monnaies altérées, les largesses prodiguées, dont les sujets du roi faisaient les frais, enfin les dilapidations que les états constataient et condamnaient sans pouvoir les empêcher. Il déclara qu'il était temps de mettre fin à tous ces désordres, et il fit avec un grand détail le dénombrement des réformes qui paraissaient les plus propres à soulager tant de maux.
Quoique l'évêque de Laon eût parlé au nom de l'assemblée entière, en même temps que du clergé, dont il était l'orateur, les deux autres ordres chargèrent un des leurs d'adhérer publiquement aux vœux qu'il venait d'exprimer. Jean de Picquigny, gouverneur de l'Artois, pour la noblesse, Colart le Chauceteur(1), pour les bonnes villes, cr avouèrent n Robert Le Coq et répétèrent les mêmes choses en d'autres termes; ce qui semble plus extraordinaire, Etienne Marcel suivit leur exemple, au nom de la bourgeoisie de Paris, encore quelle fût au nombre des bonnes villes et qu'elle fît partie du tiers état.
On verra plus loin le détail des réformes que proposait cette mémorable assem- siienc* blée : elles ne laissaient rien de l'administration publique qui ne fût amélioré. Mais il faut signaler particulièrement les principales, ou celles du moins qui étaient de nature à irriter le dauphin et à changer la face du royaume.
Les chefs des états, comme on disait alors, n'avaient de pensées que pour le bien public. Ils souhaitaient ardemment de se mettre d'accord avec le duc de Normandie, parce qu'ils voyaient dans son concours un moyen assuré de faire triompher leurs réformes, et ils firent, dans cette session même, un sacrifice notable à leur dessein. Quoiqu'il y allât de leur amour-propre d'obtenir la délivrance du roi de Navarre, qu'ils avaient précédemment demandée, voyant la répugnance qu'éprouvait le duc à leur céder sur ce point, ils évitèrent d'y revenir. Les amis du prince captif faisaient pourtant la loi dans cette assemblée, car Jean de Picquigny et Robert Le Coq sont ceux que les historiens accusent surtout d'avoir conjuré avec Etienne Marcel pour poser la couronne de France sur la tête du Navarrais.
Mais, si les états sacrifiaient leur amour-propre et même la justice au désir de Poursuites
. contre
la concorde, ils restèrent inflexibles dès qu'ils crurent que de nouvelles conces- les officiers rov " Le même qu'on appelle, dans la plupart des ouvrages modernes, Nicolas le Chanteur.
sions coin promettraient leur œuvre. Ainsi, sans crainte d'exaspérer le dauphin, ils persistèrent à demander que les sept officiers royaux désignés durant la session précédente fussent privés à perpétuité de leurs offices et de leurs biens. Ils en ajoutèrent môme quinze autres, dont ils donnèrent publiquement les noms; c'étaient :
Jean Chamelart;
Pierre d'Orgemont, président au parlement et rédacteur de la partie des Grandes Chroniques qui se rapporte à ce temps là; Bernard de Freman, trésorier de France; Jacques Lempereur, trésorier des guerres; Etienne de Paris, j
Pierre de la Charité, > maîtres des requêtes de l'hôtel du roi;
Ancel Choçquart, )
Jean Turpin, de la chambre des requêtes;
Robert de Préaux, notaire du roi;
Regnaud d'Acy, avocat du roi au parlement ;
Jean d'Auxerre, maître de la chambre des comptes;
Jean de Brehaigne, valet de chambre du duc de Normandie;
Leborgne de Beausse, maître de l'écurie du duc;
L'abbé de Faloise, président de la chambre des enquêtes;
Geoffroy le Masurier, échanson du duc.
En ajoutant à ces quinze noms ceux du chancelier La Forest, du président de Buci, de Nicolas Braque, de Jean Poillcvilain , d'Enguerrand du Petit -Cellier, de Robert de Lorris et de Jean Chauveau, précédemment accusés par les états, on a bien les vingt-deux officiers que l'évêque de Laon désigna nominativement dans son discours (]).
Enfin, par une mesure plus radicale et qui marque assez l'étendue de leurs soupçons, les états voulurent que tous les officiers du royaume fussent provisoirement suspendus, jusqu'à ce que des réformateurs nommés par l'assemblée eussent fait un examen minutieux de la manière dont ils avaient exercé leur charge, afin d'exclure les mauvais et de ne conserver que les bons^.
Il n'y a pas de réformes qui nuisent plus à ceux qui les font que celles qui louchent aux personnes. On peut douter qu'il fut sage de semer l'inquiétude dans le corps déjà si considérable des employés publics, et surtout d'annoncer à l'avance
Secousse dit (t. III des Ordonnances , p. 63) (|ii il faudrait ajouter encore tfquelques maîtres des '•requêtes de l'hôtel du roi et d'autres officiers du «•duc. n Mais ceux-là , sans doute , il ne s'agissait que de les suspendre provisoirement jusqu'à plus ample informé. On sait que les maîtres des requêtes exa-
minaient les requêtes adressées au roi et en proposaient l'admission ou le rejet. — On appelait notaires les secrétaires du roi aux différentes chambres du parlement et en son conseil. (Voy. Secousse, t. III des Ordonnances , préf. p. A.)
(2) Grandes Chroniques, t. VI, p. 52-55.