CHAPITRE SIXIÈME
respect des uns et des autres pour négliger ainsi les plus simples précautions. D'ailleurs, si le péril eût été réel, il est à croire que les chefs populaires ne l'eussent pas détourné du jeune prince; ils lui en auraient laissé la salutaire leçon.
Le duc a dit à grand foison de peuple qui là étoit, qu'il avoit intention de ir mourir et de vivre avec eux, et qu'ils ne crussent aucuns qui avoient dit et tr publié qu'ils faisoient venir des gens d'armes pour aider à défendre et garantir cr le peuple de France qui moult avoit à souffrir, car les ennemis éloient moult (répandus parmi le royaume de France, et ceux qui avoient pris le gouvernement «n'y mettoient nul remède. Si étoit son intention, ce disoit, de gouverner dès ce lors en avant, et de rebouter les ennemis de France; et n'eût pas tant attendu rr le dit duc, s'il eût eu le gouvernement et la finance. Et outre dit lors que toute rrla finance qui avoit été levée au royaume de France depuis que les trois états s avoient eu le gouvernement, il n'en avoit ni denier ni maille, mais bien pensoit et que ceux qui l'avoient reçue si en rendraient bien compte (1).v>
Cet habile mélange de mensonges et de promesses frappa vivement les esprits, tr Furent les paroles du dit duc moult agréables au peuple, et se tenoit la plus rr grande partie par devers lui (2). » Ignorante, peu capable de réflexion, la multitude appartenait à qui parlait le dernier, et c'est surtout à elle qu'imposait la majesté royale. De plus, en laissant aux états toute la responsabilité de la gestion financière, le duc de Normandie flattait la secrète faiblesse du peuple, qui voit d'ordinaire ses plus cruels ennemis dans ceux qui frappent ou qui lèvent l'impôt.
Etienne Marcel ne pouvait laisser le gouvernement des états sous le coup de Assemblée du peuple
1 1 Saint-Jacques
ces accusations et de ces menaces : et doutant par aventure que le peuple ne s émut de l'Hôpital, rr contre eux,'-) il convoqua pour le lendemain, à Saint-Jacques de l'Hôpital \ rr grande foison de gens, et par espécial ceux qui étoient de leur partie, d On vit alors une chose étrange et nouvelle : pour ne rien perdre de ce qu'il avait gagné la veille, le duc de Normandie voulut se rendre encore à cette assemblée, où pouvaient se trouver des personnes qui n'avaient pas entendu son discours, afin d'en reproduire les parties principales et de répondre, s'il y avait lieu, aux orateurs de la bourgeoisie. Ainsi, l'héritier de la couronne comparaissait, pour en défendre les droits, devant le tribunal populaire, et il avait pour partie adverse le corps municipal de Paris, défenseur des intérêts du peuple, en même temps que de la légitime autorité des états. Quel que fût le résultat de cette lutte, le pouvoir royal ne pouvait qu'y perdre de son prestige.
Le duc de Normandie réclama le privilège de parler le premier, et personne Nouvelle hatangu. n'entreprit de le lui disputer. Mais, afin de ne point compromettre encore sa di-
(1) Grandes Chroniques, t. VI. p. 77. 78. - <}- Ibid. — " Rue Saint-Denis, près de la rue Mauconseil
gnité dans un débat dont nul ne pouvait prévoir le caractère, il chargea Jean de Donnans, chancelier de Normandie de prendre la parole en son nom. Le chancelier répéta le discours de la veille : il ajouta seulement qu'il était faux que monseigneur le duc n'exécutât pas ses engagements avec le roi de Navarre, et que, si quelques gouverneurs, envoyés par son père dans les places confisquées, refusaient de les restituer, il était si loin de les y encourager, qu'il les exhortait au contraire à ne plus différer cette restitution.
Ce nouveau mensonge pouvait paraître nécessaire, car le silence gardé aux halles sur ce point important avait été remarqué dans Paris, et l'on faisait déjà de nombreux commentaires. Peut-être le désir de réparer sa faute fut-il un des motifs qu'eut le dauphin de venir à Saint-Jacques de l'Hôpital et d'y parler le premier; mais il était trop tard pour persuader, par une assertion si peu vraisemblable, des esprits justement prévenus, et, dans tous les cas, c'était reconnaître que rien de ce qui touchait le roi de Navarre n'était indifférent aux Parisiens.
Etienne Marcel avait chargé l'échevin Toussac de répondre au nom du corps municipal : par ce choix il faisait preuve d'habileté et tout ensemble de modestie. L'éloquence de Charles Toussac était déjà célèbre : personne ne commandait comme lui l'attention des grands auditoires, et ne savait présenter sous un plus beau jour la politique et les actes qu'il fallait soutenir. Il s'apprêtait à parler, quand on entendit un murmure général s'élever dans l'assemblée^. Tous les regards étaient tournés vers le duc de Normandie : ce prince venait de se lever et s'éloignait avec ceux qui l'avaient accompagné. Les Parisiens surpris ne pouvaienl comprendre qu'ayant voulu paraître dans cette réunion populaire il n'y sût pas
ll) Le 18 mars 1 358, il fut nommé chancelier de France. (Ainsi signé par monseigneur le régent en son conseil , auquel estoient mess, l'évesquc de Laon, le seigneur de Louppy, l'admirau de France et connestable de Flandres. — Lettre datée de Saint-Denis en France, le 18 mars 1857 (vieux style); voy. fonds Dupuy, vol. XI, fol. 79 r°.) Depuis la destitution et l'éloignement de La Forest, les sceaux avaient été tenus par Foulques Bardouil , qui en avait déjà eu la charge sous Philippe de Valois. (Ibid. vol. CCXXXVI, fol. 195. ) Les gages du chancelier de France étaient de 2,000 livres; ceux du chancelier de Normandie de 1,000 livres. Jean de Donnans cumula les deux charges elles rrdeux rr paires de gages, n Mais , comme l'ordonnance de la chambre des comptes défendait ce dernier cumul (La Forest s'était vu déduire ses gages de chancelier quand il était devenu prélat), Jean de Donnans, craignant, même après le triomphe du régent.
d'être recherché à l'avenir, se fit donner, le 8 décembre 1 358, des lettres de déclaration adressées aux gens des comptes, par lesquelles le roi exprimait sa volonté que ledit chancelier eût les 3, 000 livres de gages. Au traité de Brétigny, it est qualifié évèque de Beauvais et pair de France. Il fut fait cardinal en 1369. Son frère Guillaume lui succéda comme chancelier en 1 37 1 ; mais il reprit les sceaux en 1872 et mourut en 1 3 7 3 . Il eut pour successeur dans cette charge Pierre d'Orgemont. (Ibid. vol. CCXXXVI, fol. i95, 200.)
(2) rrEt après ce que le dit chancellier ot parlé, rr Charles Toussac se leva et voult parler : mais il y rrot si grant noise que il ne poult eslie oï. Si se tf parti lors Mer le duc et sa compaignie, fors ierrvesque de Laon, qui demoura avec ledit prévost rrdes rnarchans. Et assez tost après que ledit duc ttfu parti, ledit Charles recommença, et lors fut oï.» (Grandes Chroniques, t. VI, p. 79.)
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rester jusqu'à la fin. Il avait beau s'en retirer le premier, il n'y était pas moins venu plaider sa cause, et l'on était en droit d'attendre qu'il écoutât ses adversaires et ne dédaignât pas de leur répliquer. Ainsi, le dauphin manqua tout l'avantage qu'il s'était promis de son discours : les auditeurs prenaient au sérieux leur rôle d'arbitres et se sentaient mal disposés pour celle des deux parties qui fuyait la discussion.
Les motifs qu'eut le jeune prince sont restés fort obscurs. Pensa-t-il qu'il ne convenait pas à sa dignité d'écouter des discours blessants peut-être et d'y répondre? H aurait du, en ce cas, ne point descendre dans l'arène, puisqu'il n'y voulait pas soutenir le combat. Quelle plus grande imprudence que d'irriter ses adversaires par des accusations de toute sorte, et de leur laisser le champ libre pour les rétorquer? Crut-il, au contraire, qu'il avait fait tant d'impression sur la multitude, qu'elle n'hésiterait pas à le suivre, plutôt que d'écouter Charles Toussac? Ou enfin avait-il démêlé des intentions malveillantes dans le plus grand nombre de ces bourgeois, accourus sur l'appel de leur prévôt? Ce qu'il y a de certain, c'est que personnelle le suivit, c'est que tout le monde murmura, c'est que ceux-là mêmes qui avaient accueilli favorablement les discours du chancelier Dormans n'avaient pas de plus grand désir que d'entendre l'éloquent échevin.
Mais ce qui paraît surtout digne de remarque, c'est que l'évèque de Laon, qui était encore un des chefs du conseil royal, où toutes choses, prétend-on, rrétoient refaites par lui et par son ordonnance v manifesta sa désapprobation de l'éclat imprudent que faisait le duc de Normandie en s'abstenant de l'accompagner dans sa retraite. Le moment semblait venu où tous les voiles allaient tomber et toutes les fictions disparaître, et c'était Robert Le Coq, dont on a voulu faire un profond hypocrite, qui, par un mouvement spontané, trahissait le premier les sentiments dont il était agité.
Quand le silence fut rétabli, Charles Toussac prit enfin la parole. 11 insista Harangue de Toussac. principalement sur le mauvais vouloir des personnes dont le duc de Normandie aimait à s'entourer. Il rappela que ces officiers, destitués et accusés par les états, ne trouvaient dans le royaume aucun magistrat qui consentît à les juger, tant l'accord était profond entre les ennemis du peuple; il les montra fiers de cette impunité scandaleuse, reprenant pour la plupart leurs offices, assurés plus que jamais de la confiance de leur maître et conseillers des plus funestes résolutions, rr II y a tant de mauvaises herbes, dit-il, que les bonnes ne peuvent fructifier ni k amender. r>
Les chroniqueurs l'accusent d'avoir redit moult de choses couvertement contre rrle duc®;" mais cette accusation même prouve du moins qu'il ne poussa pas plus
Grandes Chroniques, t. VI, |>. 79. — (2) Ibid. |). 72.
loin ses attaques, et par conséquent qu'il répondit avec une modération relative aux reproches directs et aux violentes menaces du dauphin. Il fallut, pour que les chefs de la bourgeoisie franchissent ces limites, les entraînements d'une lutte terrible, où ils eurent bientôt à défendre, non plus leur œuvre, mais leur propre vie et l'honneur de leur nom.
Paroles de Marcel. Après l'échevin Toussac, Etienne Marcel prit à son tour la parole, non pour faire un discours, mais pour donner quelques explications dont l'autorité était plus grande sortant de sa bouche. La veille, le duc de Normandie l'avait indirectement accusé de prévarication, ainsi que les mandataires des états. Il déclara, sans déclamation et sans phrases, avec une ferme simplicité, que l'argent des subsides n'avait été touché ni par lui ni par les autres députés. Rien n'était plus véritable. Les états de 1 355, comme le prouve l'ordonnance de décembre, avaient décrété que les receveurs seraient choisis hors de leur sein, et qu'aucun membre de cette assemblée n'aurait, à quelque titre que ce fût, le maniement des sommes levées sur la nation. Tout le soin des ce gouverneurs du subside n était d'en surveiller la perception, afin qu'on n'y mît pas trop de lenteur. Cette précaution si honorable avait été prise également par les assemblées subséquentes, de sorte que tout l'argent qu'on aurait pu arracher à la misère publique restait entre les mains des receveurs, et par conséquent à la disposition du dauphin, pourvu qu'il justifiât de l'usage qu'il en voulait faire W.
Marcel n'eut besoin que de rappeler des faits si connus de ceux qui l'écoutaient pour lever tous les doutes sur son intégrité et celle de ses collègues. Ses paroles obtinrent, du reste, une confirmation éclatante de l'avocat Jean de Sainte-Haude, un des gouverneurs de l'aide instituée par les états. Ce député se leva spontanément pour déclarer que le prévôt des marchands n'avait rien dit qui ne lut la vérité, et que ni Marcel ni les autres des trois états n'avaient emboursé l'argent qu'on avait reçu des subsides. Puis, portant avec hardiesse la guerre dans le camp ennemi, il ajouta qu'il avait été fait un déplorable emploi des sommes perçues, et il nomma plusieurs chevaliers qui avaient touché sur cet argent, que la France donnait pour la défense du territoire, jusqu'à cinquante mille moutons d'or. L'accusation était grave, mais elle ne manquait ni de loyauté ni de courage, car, nommer les coupables, c'était soulever leur colère et provoquer leurs démentis.
(1) Que pèsent devant ces faits incontestables les affirmations contraires de Zanllliet et de Villani, deux écrivains qui, n'ayant rien vu d'eux-mêmes, ne pouvaient qu'être l'écho lointain et peu fidèle des calomnies qu'ils entendaient débiter? Comme le remarque justement M. Henri Martin, ces mêmes
hommes, qui ont essayé de flétrir Etienne Marcel, ont porté également contre le duc de Normandie des accusations non moins graves et quelquefois aussi peu fondées. — 11 est digne de remarque que les Grandes Cltroni'jues passent entièrement sous silence ces explications de Marcel.
CHAPITRE SIXIÈME. 179 A ces révélations inattendues, une émotion extrême s'empara de l'assemblée; Acclamais
A t*s Pfl ri sien s ,
chacun maudissait avec énergie les dilapidateurs et les traîtres. Charles Toussac profita avec habileté de cet état des esprits pour obtenir une démonstration significative. crVous le voyez, dit-il en étendant la main vers Etienne Marcel, vous le cr voyez, notre prévôt est prud'homme; ce qu'il a fait, il l'a fait pour le bien et crie sauvement et le profit de tout le peuple. Si vous ne le soutenez cependant, «il ne lui restera plus qu'à quérir son sauvement là où il le pourra trouver, car crsur lui règne haine, et il le sait bien(1). — Nous le soutiendrons et porterons « contre tousN s'écrièrent les Parisiens avec enthousiasme. Sur cette promesse, la séance fut levée, et la foule, quoique émue, se retira sans désordres.
La victoire semblait complète; elle eut presque les conséquences d'une défaite. Comme il arrive en pareil cas , le prévôt des marchands portait la conviction dans l'esprit de ses amis, cpii étaient gagnés d'avance, sans obtenir le même succès auprès de ses ennemis, qu'il avait besoin de persuader. 11 n'y a pas de plus terrible coup pour un chef de parti que d'être réduit à la défensive. Des calomnies qu'il réfute il reste toujours quelque chose, et la seule nécessité de se défendre, comme un vulgaire accusé, est une marque certaine du progrès de ses ennemis. Ce qu'il a perdu d'autorité, il ne peut, dès ce moment, le regagner que par la violence, terrain glissant où les plus fermes perdent pied.
Cependant le duc de Normandie était contraint d'agir; car, avant annoncé qu'il Le ,u,uiihi" ,
1 u j i soutenu par les notables,
gouvernerait désormais par lui-même, il n'y pouvait manquer sans se couvrir de ridicule et sans se perdre aux yeux de ses partisans. Dès le lendemain, 1 3 janvier, il convoqua au palais ce plusieurs maîtres de Paris, n ceux-là sans doute qu'il savait prêts à le servir, et, cr parlant à eux moult amiablement, il leur requit qu'ils celui voulussent être bons sujets, et il leur seroit bon seigneur. r> Ce n'était pas apparemment pour leur annoncer une résolution si naturelle qu'il avait réuni ses fidèles, mais pour entendre leur réponse. Ces notables répondirent à cr nionseirrgneurle duc qu'ils vivroient et mourroient avec lui, et qu'il avoit trop attendu r-à prendre le gouvernement^. n II n'est rien que les princes endurent plus volontiers qu'un pareil reproche, et le dauphin ne cherchait qu'une occasion d'être docile en reprenant ce qu'il avait perdu.
La trouver n'était pas facile; aussi, trop impuissant encore pour prendre l'offen-
(l) ffQue ie prévôt étoit prudhomme et avoit fait rrpour le bien et le sauvement et le proiit de tout le " peuple. Et dit que sur ledit prévôt il régnoit -haine, et qu'il le savoit bien. Et que si ledit prévôt rrdes marchands cuidoit que ceux qui là étoient •présens et les autres de Paris ne le voulussent
«•porter ni soutenir, il querroit son sauvement là «où il le pourrait trouver. Et là aucuns qui « étoient de leur alliance crièrent disant qu'ils le frle porteraient et soutiendraient contre tous.» [Grandes Chroniques , t. VI, p. 80.)
(2' Grandes Chroniques, t. VI, p. 79, 80.
sive, se bornait-il à se garder au Louvre, à s'y entourer des nobles, des deux mille hommes d'armes à sa solde dont il disposait. De là une période d'anarchie où les deux partis se faisaient équilibre, où les bourgeois disaient ouvertement que le lieutenant du roi était «tenu» de gouverner et de défendre le royaume, tandis que le dauphin s'excusait sur le petit nombre de ses hommes d'armes, qu'on n'eut pu sans témérité envoyer au loin, et reprochait au prévôt des marchands de lui refuser les ressources nécessaires pour mettre sur pied des forces respectables.
Les états allaient, en attendant, lui donner, par leur maladresse, la consolation d'une revanche. Ils s'étaient réunis ce jour-là même; comme pour la précédente assemblée, les députés des villes étaient encore assez nombreux; ceux du clergé l'étaient moins, et les nobles n'avaient envoyé personne. Les ordonnances relatives à cette session disent, il est vrai, le contraire, et parlent de la réunion des trois ordres; mais il est clair que les rédacteurs officiels durent copier le protocole ordinaire. Comme on va le voir, le duc de Normandie avait tout intérêt à ce que cette assemblée ne parût pas avoir moins d'autorité que les précédentes. D'ailleurs les membres présents, quoique appartenant presque tous au tiers, voulurent que les ordonnances fussent rendues au nom des trois ordres. Les absents n'avaient pas le droit de se plaindre, ayant été avertis. Du 1 3 au 2 5, les membres présents discutèrent sans se mettre d'accord : la difficulté qu'il y avait de prendre des résolutions à la fois efficaces et utiles fut cause que les avis, les objections, les dissentiments, se multiplièrent. La grande affaire était toujours de trouver de l'argent, et, par une récente expérience, on désespérait d'en tirer des provinces; il était à craindre d'ailleurs que les états, s'ils n'imaginaient quelque ressource, ne fussent accusés d'avoir mis obstacle à la délivrance du roi et à la défense du royaume. C'est pourquoi, faute de mieux, ils décidèrent, après de longs débats et une vive opposition, qu'on fabriquerait une monnaie plus faible que celle qu'ils avaient ordonnée eux-mêmes dans leurs précédentes réunions, que le duc. de Normandie aurait la cinquième partie du profit de la refonte, et que tout le reste serait employé aux dépenses de la guerre.
Cette faute causa une joie extrême au duc et à ses conseillers. Ainsi, après avoir tant protesté contre les remaniements des monnaies, les états se voyaient obligés d'y recourir à leur tour, et par là ils justifiaient tout ce qu'on avait fait avant eux. Quatre ordonnances furent aussitôt rendues (22 et 23 janvier, 7 et 21 février), par lesquelles le marc d'argent fut porté à onze livres cinq sols; le denier d'or fin à lagnel, dont le prix avait été fixé à trente sols tournois aux états de février 1 3 5 7 , devait valoir trente sols parisis à l'avenir, ce qui faisait un quart d'augmentation (,).
Les états se séparèrent ensuite et s'ajournèrent au 1 1 février suivant. Il eussent
(I) Les sous frappés à Tours (d'où ce nom de tournois) valaient douze deniers, tandis que les sousfrnppés à Paris, ou parisis, en valaient quinze.