‹ Étienne Marcel, prévôt des marchands (1354-1358)Chapitre 96 sur 186 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

Misère générale. — Mécontentement contre les maréchaux. — Meurtre des maréchaux (22 janvier). — Meurtre de Regnaud d'Acy. — Marcel protège le régent. — H fait l'apologie du meurtre commis. — Le régent soumis aux bourgeois. — Marcel incline vers le Navarrais. — Apologie du meurtre par Robert de Corbie. — Le régent appelé au parlement. — Marcel au conseil. — Rétablissement du conseil des Trente-Six. — Inutiles tentatives de conciliation.

— Les bourgeois au service de la royauté. — Défiance du régent. — Le Navarrais appelé à Paris (26 février). — Conditions qui lui sont accordées. — Intrigues de la noblesse contre l'accord. — Lettre du Navarrais sur le meurtre des maréchaux. — Accusations contre Marcel.

— Le régent s'échappe de Paris. — Marcel dissimule son mécontentement. — Il envoie des députés aux états de Paris.

Si les chefs du parti populaire avaient espéré qu'en donnant plus de force au Misère générale, pouvoir du dauphin, ou en l'exerçant eux-mêmes, ils porteraient remède aux souffrances du royaume, le succès répondit mal à leur espoir. Dans l'intérieur de Paris, il n'y avait plus de trêve aux misères du peuple : la multitude, chaque jour plus considérable, des pauvres gens qui venaient y chercher un refuge, rendait plus sensible la rareté des subsistances, et les incursions continuelles des pillards ajoutaient encore à la difficulté des approvisionnements. Tant de maux faisaient naître ou propageaient les discordes. Dans les provinces, la dévastation impunie des campagnes avait porté à ce point le mépris de l'autorité royale, qu'on recherchait les sauf-conduits du roi de Navarre, qui paraissaient plus sûrs que ceux du régent.

Ce prince demeurait dans une inaction forcée : il avait, en effet, inutilement essayé de réunir à Senlis tous les nobles de la Picardie et du Beauvaisis. H les y avait vus en si petit nombre, que tout espoir lui semblait perdu, au moins pour le moment, de reconquérir son autorité. Ses soldats n'avaient d'autre emploi que de garder sa personne, ce qui rendait insupportable aux Parisiens l'obligation de les payer. En vain Etienne Marcel et les autres chefs de la bourgeoisie firent démarches sur démarches pour obtenir qu'on risquât une expédition contre les compagnies : ils n'essuyèrent que des refus, et l'indignation devint bientôt si générale, qu'on vit des officiers de la couronne s'y associer. L'argentier du roi, entre

autres, Etienne de la Fontaine, et son fils Denisort, se rangèrent ouvertement, à cette occasion, parmi les défenseurs du prévôt W.

Mécontentement Toutefois, un reste de respect pour la majesté royale empêchait la multitude " ' ' de se répandre en invectives contre le régent ; elle ne l'accusait que de préférer

aux conseils de l'évoque de Laon ceux de perfides amis, et singulièrement des maréchaux, qui le retenaient dans l'inaction. Comme il faut toujours aux peuples une image sensible des maux qu'ils endurent, et quelques personnes qu'ils en puissent rendre responsables, le nom des maréchaux de Champagne et de Normandie était dans toutes les bouches : sans eux tout aurait été bien, ils étaient le seul obstacle à la félicité publique. Le carme Jean de Venette, continuateur de Nangis, et favorable au parti populaire, dit pourtant du premier qu'il était et homme probe, dévoué et bien noble; d quant au second, il l'appelle seulement et brave à la guerre®* r> Les accusations ne pouvaient donc qu'être vagues; le seul fait positif dont on les appuyât, c'était que le maréchal de Normandie n'avait pas craint de faire le personnage d'officier de police, pour servir la vengeance de son maître, violer l'asile sacré où Perrin-Marc s'était réfugié et conduire ce malheureux à la mort. On voyait dans les maréchaux les seuls chefs capables de conduire les forces du dauphin contre les milices de la bourgeoisie, et l'on accusait ces deux officiers d'avoir refusé aux principaux de leurs adversaires communication du traité de trêve que le roi d'Angleterre venait de conclure avec son prisonnier, et que celui-ci envoyait à son fils, le duc de Normandie, par Regnaud d'Acy, son avocat®. On pressait le prévôt des marchands de prendre des mesures, et l'on accusait hautement sa faiblesse.

Meuriredcs :haux. Quanti un parti considérable exige de tels sacrifices, il faut ou céder à sa volonté, ou renoncer à le conduire. D'ailleurs, dans ces temps d'énergie sauvage,

(i' Lettres de rémission accordées à Etienne de la Fontaine, argentier du roi, et à son fils Denisort. (Trésor des Chartes, reg. 86, f° 92 v°.)

(2) «Nam quia dominus regens remedium apporrnere ad praedicta périclita, id civibus cum prae- - posito requirentibus , sœpius promiserat, et tamen rf quidqoid ore dicebat de facto non complebat, crecfdiderunt praedicti prœpositus et communitas quod «hoc negligeret de consilio aliquorum secum assisrr tentium . qui.ntopinati surit, dissuadebant regenti «ne eis creileret in agendis .... Qui aspicientes tfduos milites qui juxta dominum regentem aderant. rrRobertum de Claromonte, marescallum Franciœ, "\irum strenuum in armis (sed tune inermis erat), «et marescallum Campaniœ, hominem probum et

rtdevotum el bene nobilein . . . n(Contin. deNangis. p. 2^8 , 2A9). — Il està peine besoin de remarquer que Jean de Venette confond Robert de Clermonl . maréchal de Normandie, avec son père Jean de Clermont, sire de Chantilly, mort maréchal de France à la bataille de Poitiers. (Note de l'éditeur Géraud. — Voy. en outre Grandes C /ironiques , t. VI , p. 87; Secousse, Mémoires sur Charles le Mauvais, t. I, p. 192. )

(3) ff Lequel traitié le roi Jehan envoia a Charles «son fitz par Regnaut d'Assi , qui estoil son advocat. «De ces lettres ne peurent riens savoir ceuls des m «estaz par le regent ne par son conseil. Dont ilz se ff doublèrent et conseillèrent ensemble d'occire le ff conseil du regent. » (Bibl. Nat. ms. fr. n° A 987, f° G 3.)

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