CHAPITRE VIII
CONJECTURES SUR QUELQUES ÉDIFICES QUI PEUVENT SE RATTACHER A MARTELLANGE. — SES DERNIERS OUVRAGES. — Sa MORT.
numérer tous les collèges et les maisons dont notre artiste a dù s’occuper, forme une tâche devant laquelle , ainsi que nous l'avons dit au chapitre premier, nous finissons par reculer, car elle nécessiterait des correspondances interminables et des ne pouvons nous livrer. Cependant, après avoir fourni tout ce que nous avons pu recueillir de positif au point de vue des détails et de l'attribution, à la suite de plusieurs années de recherches, nous allons passer en revue, et par ordre de provinces, quelques établissements pour lesquels nous sommes resté sur le doute.
Nous prions instamment les lecteurs de cette notice, qui seront en mesure de nous aider par leurs investiga-
voyagesf auxquels nous
fions, de ne nous épargner ni leurs critiques ni leurs renseignements, afin que nous puissions, avec le temps et avec leur secours, compléter notre travail (211).
Dans la province de Paris, où Martellange a donné ses soins aux collèges de La Flèche, de Moulins et d’Orléans, nous ne trouvons que deux villes qui puissent se rattacher à sa personnalité.
L’église du collège d’Eu , fondée par Catherine de Clèves, en 1624-, fut terminée en 1626 ; toutefois, le style de cet édifice paraît s’éloigner du genre de notre artiste.
A Rouen, la plus grande partie des bâtiments fut élevée presque exclusivement aux frais du cardinal de Bourbon, de 1570 à 1575. Les Jésuites, appelés en 1583 à diriger ce collège, s’y installèrent définitivement en 1 592; le P. Porquet en devint le premier supérieur. La première pierre de l’Eglise fut posée par la reine-mère, Marie de Médicis, le 10 août 1615 et celle du portail en 1624, par Msr de Harlay, archevêque de Rouen ; elle n’a été terminée qu’en 1703. Malheureusement , on ne connaît jusqu’à présent aucune pièce indiquant sur les dessins de qui cette église fut construite.
Après le Puy, dans la province de Toulouse, nous pou-
(211) Sur une ccnlainc de demandes adressées par nous pour des renseignements, nous devons constater avec regret que quelques administrations départementales et municipales n’ont pas répondu du tout, ou l’ont fait d’une manière que nous ne savons trop comment qualifier (celle de Montpellier entre autres). C’est une raison de plus pour exprimer de nouveau ici toute notre gratitude à l’égard de celles qui nous ont donné le moyen de fournir les détails que nous présentons ou à l’adresse d’autres, dont nous ne pouvons utiliser les envois, parmi lesquelles nous citerons : Aix, Bourg, Caen, Dole, Epinal, Eu, Rodez et Rouen. Nous remercions ici, et profondément, les préfets, maires, archivistes et bibliothécaires auxquels nous sommes redevables de ce soin, pour le cas où notre travail tomberait sous leurs yeux.
vous citer Albi, dont l’église fut commencée en 1633; l’archiviste, M. Jolibois, n’a rencontré aucun document qui puisse aider à l’histoire de cette construction. Il en est de même pour le collège de Caliors, élevé de 1604 à 1615. Mauriac, fondé en 1563, a été rétabli en 1605 ; son église porte la date de 1625. On y remarque le portail formé de quatre colonnes d’ordre corinthien et le rétable du maître autel exécuté de 1630 à 1650.
Nous n’avons pas trouvé Martellange à Tournon, cela, heureusement pour lui, car nous n’avons jamais bien pu nous rendre compte des causes qui ont fait disposer cet établissement avec la maladresse qu’on y remarque . Le vieux corps de bâtiment, en forme de quadrilatère, dut être insuffisant, dès le début (212), et, plus tard, en élevant l'église dans l’emplacement où elle existe, on ne fut pas mieux inspiré (21 3) . Le jugement sûr et la simplicité caractéristique de Martellange auront probablement manqué aux PP. Jésuites, faute d’avoir pu consulter leur artiste.
Chaumont, de la province de Champagne, à laquelle appartient aussi Dijon, possède encore l’église de son collège, dont le maire posa la première pierre le 1 8 mai 1 629. Elle fut consacrée par l’abbé du Val-des-Ecoliers, le 21 novembre 1640 ; ces dates concordent avec l’existence de notre artiste.
Notons, en passant, que le collég-e de Châlons-sur- Marne a été construit au xvne siècle et terminé en 1678,
(2 12) Quoiqu’on ait écrit qu’au moment de la mort du cardinal de Tournon, arrivée le 21 avril 1562, il y avait près de 2,000 élèves ! Mais où aurait-on bien pu les recevoir, seulement pour les classes ?
(213) L’église primitive était située près du Rhône ; celle actuelle fut achevée en 1721, et l’on y transporta alors le corps du cardinal fondateur.
par un Jésuite du nom de Paul Closse, lequel se trouvait exactement dans la même position que Martellange, c’està-dire coadjuteur-temporel, et qui fut aussi , à ce qu’il paraît, un artiste distingué .
Les archives du collège de Sens ne fournissent rien qui rappelle le nom de Martellange . Cependant l’église fondée en 1624, à une seule nef et d'une grande simplicité, pourrait avoir été faite d’après les plans de notre artiste ; notre obligeant correspondant (214) prétend même qu’à cause de cela, l’édifice n’ajouterait rien à son illustration.
Il est curieux de noter cette impression de simplicité que nous avons rencontrée constamment parmi ceux auxquels nous nous sommes adressé pour nos collèges. Selon eux, il est inutile de s’en occuper tant ils sont modestes ; on n’y rencontre aucune richesse d’ordres et de sculptures ; ce sont des œuvres banales. . . Mais, il nous semble, c’est, bien au contraire, le plus grand éloge qu’on puisse leur adresser!
Il est inutile de s’arrêter sur le collège do Besançon, de la province de Lyon (215), bien que Martellange ait souvent séjourné dans cette ville ; nous trouvons cet établissement abrité dans des locaux provisoires jusqu’aux années 1730 et 1739, époque à laquelle il fut l’objet d’une construction monumentale due à un architecte du nom de Tripord, qui avait pour inspirateur le P. de Jouffroy, Jésuite.
Le collège de Dole a été, pour nous, l’objet de recherches plus sérieuses puisque nous y avons constaté le passage de Martellange (216). On nous excusera, pour cela, de donner quelques détails historiques qui se relient par des personnages qui ont aussi figuré à Lyon.
(214) M, Morin de Chainproussc, bibliothécaire de la ville de Sens.
(215) Dans cette province nous avons vu déjà les collèges de Carp entras, Lyon, Roanne, Yesoul et Vienne.
f216) Lettre du 14 février 1610, au chapitre 11.
Un établissement d instruction publique était établi depuis longtemps sur l’emplacement de cette maison, lorsqu'en 1579, les Jésuites Edmond Auger et Farineau vinrent s’installer dans la ville et y former la confrérie des pénitents noirs. De même qu’à Lyon, le conseil de ville s’adressa^ Auger pour la direction du collég’e. On sollicita et on obtint les adhésions officielles, indispensables même à cette époque, savoir de l’archevêque de Besançon, du gouverneur de la province, du général des Jésuites et du roi d’Espagne et enfin les classes furent ouvertes le 24 juin, quoique le traité définitif ne soit que du 18 décembre 1 582. Les travaux commencèrent en 1 583 (217); on acheta des maisons en 1584 et Pierre de Froissard de Broissia fît terminer la partie qui longe la rue du collég'e. L’église fut commencée en 1590 et terminée en 1601 ; mais les bâtiments n’étaient pas encore achevés puisque l’on posa encore une nouvelle pierre le 23 juin 1620. Ces derniers travaux peuvent donc appartenir à la direction de Martellange ; toutefois comme ils ne portent pas sur l’ensemble de l’édifice, nous ne croyons pas devoir pousser plus loin nos investigations.
A Embrun, nos recherches n’ont pas abouti et nous n’avons rien pu obtenir à l’égard de Sisteron. Nous savons seulement que l’on traita, pour l’établissement du collège de cette ville, en 1605, avec le P. Christophe Balthazar, provincial, et avec le P. Michel Coyssard et que la première pierre fut posée le 30 mai 1606, par le P. Richeome, provincial. Il est presque impossible que Martellange n’ait pas apporté son concours à ces travaux.
Au nombre des édifices de Lyon que l’on pourrait au besoin rattacher à Martellange, du moins pour des conseils
(217) Jean Vocll succéda à E. Auger : Jean Sonnerius fut le premier recteur ( Uist . Soc. Jesu, pars F, lib, III, pag. 13G.).
fournis par lui, nous classerons le monastère de la Visitation de Bellecour, fondé en 461 4- , à Lyon. Cet établissement ayant acquis un grand développement, Mme de Blonay, la supérieure, résolut de remplacer les bâtiments où l’on s’était installé provisoirement. On lit dans I’histojre de la fondation du monastère, que cette dame « après avoir fait approuver son dessein par les supérieurs spirituels et temporels, consulta d'habiles architectes plusieurs religieux très-affectionnés à l’institut, pour faire dresser un plan conforme aux usagées d’une communauté religieuse ; le premier dessein qu’elle prit estoit de bastir du costé de la rue Sainte-Hélène (218); » mais elle dut changer d’avis pour s’éloigner, ainsi que les convenances l’exigeaient, des bâtiments du Noviciat des PP. Jésuites. L’église fut construite sur le fonds qui avait été acquis du sieur Thierry et le comte de la Faye, grand- vicaire, en posa la première pierre en mars 1624, devant Mgr d'Halincourt, gouverneur de la province et un grand nombre de personnes .
Le voisinage de ce monastère avec la maison des Jésuites, le patronage que les Pères y exercèrent, à diverses reprises, dans la solution de différentes affaires et dans l’admission de certaines religieuses, nous conduisent à conjecturer que Martellange devait être au nombre des religieux très- affectionnés à V institut , qui avaient fournis leurs conseils.
La permission de commencer le monastère fut accordée par le Consulat, le 30 mai 1617 ; les religieuses commencèrent immédiatement leurs constructions pour lesquelles alignement leur fut donné le 27 juillet de la même année.
(218) Page 83 de 1 'Histoire de la fondation du monastère de la Visitation de Sainte-Marie de Bellecour ; voyez, plus haut, la noie 178.
Le monastère comprenait l’emplacement confiné sur les rues actuelles Sala, Saint-François-de-Sales, Sainte- Hélène et Saint- Joseph, soit une superficie de 12,960 mètres (219). Il était formé des fonds de noble Amable Thierry, baron de Vaux et de Claude Barlet, par contrats du 29 avril^t 2 mai 1617 et de Nicolas Richard, seigneur delà Barrolière, par acte du 8 décembre 1620, qui faisaient anciennement partie du téuement du Plat.
Le 16 mai 1624 les religieuses demandèrent alignement pour entourer de murs les fonds compris dans leur monastère.
Selon Clapasson, l’église des dames de la Visitation n'offrait rien de remarquable ; nous savons, d’autre part, que par une disposition spéciale qui venait d’une vision qu’aurait eue Mmo de Blonay, le maître-autel était élevé de 15 marches au-dessus du niveau de l’église. Le même auteur explique que le tabernacle du grand autel était. le modèle de celui qu’on devait exécuter en marbres choisis et en bronze doré ; « il est, » dit-il, « d’une composition singulière et très-heureuse ; les ornements et les figures qu’on y voit sont de Lamoureux, habile sculpteur, et le dessein a été fourni par Ferdinand Delamonce, architecte
très-distingué dans sa profession Le tableau de
l’autel de Saint-François-de-Sales est de Thomas Blanchet »
Dans quelle mesure notre architecte a-t-il coopéré aux bâtiments de l’hospice de la Charité ?
Voici encore un de ces problèmes historiques où l’on risque fort de s’égarer.
La fondation de cet établissement sous le nom d’Au-
(219) Voir la Topographie historique de la ville de Lyon , par M. Vcrmorcl, ancien voyer de la ville, aux archives de la ville, fol. 469 et suiv.
mône générale, à Lyon, au xvie siècle, est si simple et si connue, que nous n’oserions rééditer ce qui a été écrit sur ce sujet. Nous ne nous y arrêtons donc pas et passons immédiatement aux années qui commencent le xviff siècle.
Dès 4 G4 4 , la nécessité de construire s’imposait d’une manière absolue ; le 15 juin, on proposait la Blancherie, près l’hôpital Saint-Laurent. Toutefois, le 21 septembre, les sieurs Cassia et de Silvingès étaient priés de faire un dessin des terrains disponibles près du Rhône . Aussitôt le parti fut pris : des lettres patentes du Roi, en date du 2 décembre, ayant autorisé les acquisitions nécessaires, il y eut, le 31 décembre, une délibération générale des personnes qui s’intéressaient à l’œuvre où l’on réédita toutes les propositions d’emplacement. Le Griffon, dans la rue Vieille-Monnaie, du côté de Saint-Sébastien, le terrain où devait être construit plus tard T Hôtel-de- Ville, etc. ; toutes furent repoussées et l’on choisit la situation actuelle sur laquelle on put , comme prise de possession, planter solennellement une croix le 3 décembre 1 61 o.
Les recteurs avaient alors, à ce qu'il paraît, entre leurs mains, divers projets, puisqu’ils en présentèrent plusieurs à la réunion consulaire du 27 août 1615:
« Sont comparus : M. Pierre Pinet, conseiller du Roy, lieutenant en l’élection du Lyonnois (les autres noms des recteurs sont restés en blanc), recteurs de l’Aulmosne généralle de cette ville depputés du corps d’icelle, lesquels ont représenté divers plans dressés pour les bastiments nécessaires pour le logement des pauvres enfermés, nourris et entretenus suivant les résolutions cy-devant faictes aux fins qu’il plaise au Consulat de considérer les sd. plans pour scavoir lequel sera le plus commode pour le faict du sd. bastiment aux fins de le conclurre en l’assemblée généralle, qui, pour ce faire, sera convoquée par
lt)3
Mgr le gouverneur, dont les sd. recteurs ont estez remerciez (220). »
Le 2 octobre 1616, Martellange, appelé au bureau, remettait le plan qu'il avait dressé, lequel était laissé aux X mains du sieur Picquet. Les recteurs le remercièrent et le prièrent de continuer sa bonne volonté et ses conseils lorsqu’on travaillerait aux bâtiments (221).
Il est probable que c’est ce plan qui devint l’objet de la démarche suivante, faite de nouveau et peu de jours après, au Consulat, du 17 novembre 1616 :
« Les sieurs Pellot et Picquet deux des sieurs recteurs de laulmosne généralle veneus de la part de leur compagnie ont apporté au Consulat le plan du bastiment destiné pour le logement des paouvres enfermez à ce qu’il plaise aux sd sieurs veu que cest un ouvrage public qui regarde l’honneur, le bien et la décoration de la sd ville, y ap-
(220) Registre BB 151, fol. 89 verso.
(221) Dans la liste des recteurs de l’Aumône générale , on tiou^c : 14 décembre 1614, Jacques Piquet l’aine ; le 15 décembre 1619, Geo jfratj Picquet et, le 15 décembre 1630, Théodore Picquet. Antoine Piquet fut échevin de Lyon en 1625. Peut-être il s’agit ici de Jacques Piquet l’aîné qui, étant en exercice depuis le 14 décembre 1514, ne devait se retirer qu’en décembre 1516; toutefois nous n’osons rien préciser sur ce point, nos recherches sur les Piquet n’ayant, jusqu’à présent, fourni aucun éclaircissement.
Voyez plus haut, chapitre Vil et note 173.
Voici la délibération toile que nous l’avons relevée : «.< Comparu au dit bureau le père Martellanchc de la compagnie du nom de Jésus , lequel a représenté le plan qu’il luy a plu dresser pour le bastiment et esdiffices des pauvres enfermés ayant été veu et bien considéré tant par le dit père que les sdits sieurs recteurs il a été laissé ez mains dudit sieur Picquet et ons Iceux sieurs recteurs remerciés le dit père, lequel ils prient de continuer sa bonne volionté pour se servir de son bon avis et conseil lorsque l’on travaillera au dit bastiment (Extrait des délibérations du burcauy folios 475 et 476). »
porter leur simbole approbaon ou improbaon, selon leur meilleur jugement, lequel plan ayant esté veu et meurement considéré sur l'intelligence que les sd sieurs Pellot et Picquet en ont baillé a esté loué et approuvé par les sd sieurs prevost des marcbans et échevins qui ont promis assister et favoriser l’entreprise de tout leur pouvoir (2 22).»
Ces renseignements sont les seuls que nous ayons pu recueillir soit dans les actes consulaires, soit dans les registres de l'hospice relatant les délibérations les plus importantes ('223).
Donc notre artiste fit uii projet qui fut remis au sieur Piquet et présenté à l’administration municipale, et celuici ne tarda guère à passer pour l’architecte de l'édifice comme on le verra par l’historique sommaire de l’exécu-' tion des divers bâtiments.
Le 8 janvier 1617, Jean de Sève de Fromente fait la donation nécessaire pour continuer un corps de logis ; le I o, il est dit qu’on doit commencer à fonder le lendemain. La première pierre de l’église est posée par de Crémeaux, comte de Lyon, le 3 décembre 1617.
En 1618, le 7 janvier, Picquet donne trois cents livres et promet de faire exécuter un corps de logis semblable à celui de de Fromente ; le 28, Pierre de Sève de Saint- André, trésorier de France, fait une promesse analogue.
En février de la même année, le 11, de Fromente se charge encore de faire exécuter les clôtures entre ces deux bâtiments, et Guillaume Picou avec Jean Ranquet,
(252) Registre BB 151.
(223) Malheureusement les plumitifs de la plupart des délibérations du bureau, s’ils ont existé, r.’ont clé ni mis au net, ni conservés. Il est en conséquence, pour le moment , très-difficile de recueillir des renseignements plus explicites qui nous seront, peut-être et plus tard, fournis par l’inventaire si infatigablement poursuivi par M. F. Boilc.
marchands drapiers, offrent de faire un corps de logis au nom de la corporation. Cela en fait déjà quatre si nous ne nous trompons.
En juin, le 10, Gaspard Dugrné, conseiller du roi et trésorier de France, donne 0,000 livres pour être employées au bâtiment et pavillon des pauvres enfants « on avertira, >: est-il dit, « le sieur Picquet qui a fait le plan du dit bâtiment, afin qu’il lui plaise marquer la dite place.» On voit, en conséquence, que si Martellange avait fourni l'idée première, ce n’était point à lui qu’on en rapportait la paternité.
En 1619 (13 janvier), Pelot, recteur, avec Poculot, offrirent de faire bâtir un grand bâtiment, et en 1620 (12 janvier), l'archevêque et le chapitre contribuèrent pour la moitié de l’église, soit 7,000 livres chacun, y compris les 1 ,000 livres qu’ils avaient déjà payées (224). La séance du bureau du 10 mars 1622 eut lieu à N.-D. de la Charité, et en juin, on y amena en bateau les pauvres qui se trouvaient à Saint-Laurent. Les paneteries et fours furent exécutés en 1623, aux frais du sieur Blauf sur un plan qu’il avait fait dresser.
Sans prétendre grossir de parti pris l’œuvre de Martellange, déjà si importante, comme on l’a vu, nos conjectures tendent à lui attribuer, en grande partie, les dispositions si simples et si sages de notre hospice.
Nous savons d’abord que très-complaisant de sa nature, notre Lyonnais fournit des conseils à un grand nombre d’établissements, et il est naturel qu’il ait aidé le plus
(22 4 j On doit citer encore parmi les premiers fondateurs des bâtiments de l’Hospice, Horace Cardon , Jacques Moyron , baron de Sainl-Trivier, des négociants allemands, suisses et italiens, etc., etc., qui permirent, par leurs deniers, l’achèvement du claustral.
intéressant de sa ville natale ; puis, il est probable, pour ne pas dire certain, qu’il dut, dans cette circonstance comme ailleurs, ne fournir qu’un projet et tout au plus un mémoire explicatif, comme il le faisait d'habitude, laissant à quelqu’un de la localité le soin de diriger et de surveiller les ouvrages. Enfin, comme il ne s’agissait plus ici d’un édifice de sa compagnie sur lequel il eût pu conserver de fait une sorte de haut contrôle, on comprend que Piquet fut immédiatement investi de tout ce qui concernait l’exécution. En conséquence, celui-ci a pu fort bien, à ce titre, apporter au projet les modifications qu’il jugea convenables et se trouver en fin de compte le véritable ordonnateur de l’édifice.
Nous avons, pour nous guider dans cette circonstance, divers plans ou vues de l’hospice qui remontent au xviie siècle. Un plan géométral de l’hospice, manuscrit, existe à la bibliothèque nationale dans la Topographie de la France (225); il est signé: De la Pointe fecit (226) ; il paraît être une minute ou une copie de celui gravé dont on trouve des exemplaires dans la deuxième édition (1628) du livret publié sous ce titre : Institution de l'Aumône yènérale à Lyon ^227). Ce document des plus intéressants est, selon nous, la reproduction du projet de Martel-
(225) Rhône, Lyon, folio 63.
(226) Il y a eu un de la Pointe, dessinateur et graveur d’architecture, ingénieur et géographe du roi. Nous connaissons de lui un plan du château et du parc de Versailles , 9 planches composant la carte particulière des environs de Paris, en 1678, la série des blasons des chevaliers de l’ordre du Saint-Esprit, composée de 256 planches, et enfin un plan des fortifications de la ville de Lyon, sans date. H ne serait pas impossible qu’il y eût deux de la Pointe et que le dessinateur et graveur fût un autre personnage que l’ingénieur et géographe du roi.
(227) Institution de l'Aumosnc générale de Lyon , ensemble l’ (économie
A Cours communes.
B Cours des femmes et des filles.
C Cours des hommes et des garçons.
D Dortoirs pour les femmes et les filles. E Dortoirs pour les hommes et garçons.
F Paneterie.
G Archives.
H Garde-robe des linges blancs.
1 Garde-robe des linges sales.
J Chambres pour les officiers.
K Cuisine.
L Arrière-Cuisine.
N Garde-manger.
P Bureau.
Q. Chambre des Pas-Perdus.
R Garde-robe des habits.
T Garde-robe des ouvrages.
U Eglise pour le public.
V Eglise pour les femmes et les filles.
X Eglise pour les hommes.
Y Boutiques et ouvroirs.
Z Moulins à so'e.
lange; car, à la première inspection, on y retrouve, en outre de la simplicité de composition, certains arrangements qui lui étaient habituels et même sa manière g'rapliique de dresser ses plans (228). Nous voyons là sans hésitation l’œuvre d’un artiste rompu à la création de vastes établissements et non le résultat de l'idée d’un simple constructeur inconnu en dehors de cet édifice , comme l'est Piquet, et d’autant plus que ce projet primitif a été presque entièrement suivi dans l’exécution subséquente. Nous dirons donc ici avec le baron de Poli-
el reglement qui s observe dans l'Hospital de Nostre-Daine de la Charité, où sont les panures renfermés de la dite Aumosne.
Ni'Uî connaissons neuf edi! ions tic ce livret :
Première édition, 1605 ; clic est imprimée par Horace Cardon, recteur, <pii s’élait offert pour cela . On y remarque un bel écusson aux armes de la Charité, gravé par Fornascris. Aucun plan n’y est joint.
Deuxième 1628 ; sans nom d’imprimeur ; même écusson ; à la fin, le plan de l’établissement.
Troisième, 1632; sans nom d'imprimeur ; l’ccusson a été gravé à nouveau sur le même dessin, toutefois d’nne manière peu satisfaisante : à la fin, plan de l’établissement,
Quatrième, 1639 ; sans nom d’imprimeur ; même écusson que le précédent ; à la fin, une estampe représentant l’établissement en perspective, selon les données du plan de l’édition précédente.
Cinquième, 1647 ; sans nom d’imprimeur ; écusson comme à la précédente; à la fin, estampe représentant l’établissement en perspective et modifié du plan primitif.
Sixième, 1662 ; semblable à la précédente.
Septième, 1699 ; sans nom d’imprimeur ; l’écusson reproduit sur un bois d’après la première édition ; pas d’estampe.
Huitième, 1742 et neuvième, 1765 ; semblables à la septième.
(228) Plan de l'hospital de la Charité de la ville de Lion, sans date ni nom de graveur ; largeur 0,49, hauteur 0,45 (Catalogue Cosle, n° 586) . La bibliothèque nationale et la collection Cosle ont chacune un exemplaire de ce plan,
nière (229) : « Martellange semblait avoir devancé son siècle au point de vue de l’hygiène en dressant le plan dont nous retrouvons quelques dispositions adoptées à l’hôpital de Bordeaux, récemment construit et généralement admiré. Simplicité, commodité, élégance, salubrité, tels étaient les avantages que notre architecte s’était proposé de donner à son œuvre : il y est parvenu. »
Ce plan a été traduit par une vue perspective assez curieuse, du reste, en ce qu’elle en reproduit absolument les dispositions. Les exemplaires que nous avons vus h la bibliothèque nationale, à la collection Coste et à l’hospice de la Charité (230) ne portent pas de titre gravé. Cette vue fut jointe à la quatrième édition de Y Institution de l’Aumône générale de Lyon.
On pourrait peut-être fixer à une époque antérieure la date des deux planches dont nous venons de parler par les mentions que nous trouvons dans les livres de comptabilité de l'hospice :
« ... quarante livres le in du dit(juin 16-19) à Charles Audran me sculpteur pour avoir gravé le premier plane de l’hospital des pauvres enfermés en Bellecour suivant le mandat et quittance apert audict journal (231). »
g. ... soixante livres le xvij dudit (septembre 1619) à Charles Audran mre sculpteur pour avoir gravé le dessin
(£29) Considérations sur la salubrité de l’ Hôtel-Dieu et de l'hospice de la Charité de Lyon, par le docteur baron de Polinicrc. Lyon, Perrin, 1853, page 122.
(230) Largeur 0,47, hauteur 0,38.
On remarque à droite de celle estampe, au-delà d’une rue qui Iravcrsait de la rue de la Charité au rempart sur le Rhône , l’église, déjà construite, du monastère des dames de Sainte-Elisabeth.
(231) Compte de la rcceple et dépense des deniers de l’Aumosne géné raie, etc. 1619-1620 (série E).
de l’hôpital des pauvres enfermés sur une planche cuivre à eau forte suyvant le mandement, etc. (232) ...»
L’impression du plan fut payée neuf livres à Me Vernet ou Verney, fournisseur de l’Aumône en janvier 1 620.
Nos deux estampes ne présentent encore que les dispositions d’un projet, il nous semble qu’elles se rapporportent bien au plan et au dessin qui font l’objet des paiements de 1619 (233) .
Dans les cinquième et sixième éditions du livret (1647- 1662) figure une vue générale de l’hospice qui, tout en se rapprochant un peu de ce qui existait à l’époque, s’éloigne déjà des plan et vue de 1619 (234). Il existe une réduction de cette estampe dans la Topographie de la France par Mérian (235).
(232) Idem. Ib.
O Charles Auclran appartient à nolic grande famille des Audran. Scion l'Abcccdario de Mariette, Jal et Le Blanc, Charles ou Karl Audran, ne à Paris, en 1594, (ut élève de Corn. Blomaërt et de Greuccr, cl séjourna longtemps en Italie ; il mourut à Paris en 1674. Bon dessinateur, il ne lui a manque, selon Mariette, que l’occasion d'exercer ses talents dans toute leur étendue et fut occupé à des ouvrages de peu d’importance.
Le catalogue de son œuvre, donné par Le Blanc, indique en effet que grand nombre de pièces et de frontispices ont été exécutés pour les libraires de Lyon ; nos deux estampes sont une preuve déplus à l’appui de cette assertion. Frcrc de Claude Ier Audran, le père de Germain, Girard et Claude II, il fut le maître de ces deux derniers.
(233) Charles Audran a gravé aussi le frontispice, très-remarquable, représentant une Notre-Dame de Pitic, du livret intitulé : Farine du gouvernement (economique du grand Hoslel Dieu de Kustre-Dame de Pitic du pont du Rhosne de la ville de Lyon , 1635.
(234) Porlraict du magnifique bastiment de l'hospital de la Charité de la ville de Lyon; laigourOjSl, hauteur 0,41 (Voyez la note 227).
(235) Hospital de la Charité de la ville de Lyon; largeur 0,31 , hauteur 0,24. C’est dans l’église surtout qu’on remarque des modifications importantes.
L’hospice de la Charité, selon le plan primitif, se composait d’un immense claustral formé par des corps de logis limitant neuf cours dont une seule, celle du milieu, était entourée de bâtiments sur les quatre côtés; les huit autres devaient présenter chacune un côté ouvert au soleil ou à la ventilation. Chaque corps de bâtiment était longé sur une seule de ses faces et à tous les étages par un portique ouvert. L’église, placée l’angde nord-ouest, faisait un léger empiétement sur la cour adjacente. Des cours de service et les lieux-communs (236), rejetés sur les zones nord et sud des périmètres, dissimulaient les irrégularités d’angles données par les côtés non perpendiculaires à la rue de la Charité.
Les bâtiments qui entouraient la cour centrale avaient trois étag'es, tandis que tous les autres ne devaient en comporter que deux : rez-de-chaussée et premier étage.
On voit que tout cela était aussi simple qu’ingénieux. Malheureusement, le plan n'a pas été entièrement suivi : un corps de logis perpendiculaire à la rue de la Charité n’a jamais été construit sur le côté nord de la cour centrale; mais, en revanche, on a entouré les quatre faces du périmètre par des bâtiments qui ont ainsi clos toutes les cours sur toutes leurs faces. La ventilation indispensable à un édifice de ce genre en est ainsi singulièrement diminuée.
Il ne nous appartient pas d’aller plus loin dans la description et dans rhistorique de cet édifice ; nous avons
(23G) Nous présumons que cct ancien terme lyonnais vient de cetlc disposition, assez incongrue du reste, qui faisait autrefois aligner sur la face d’une longue pièce, comme on le voit dans le plan primitif de la Charité de Lyon, une série de lunettes qui permettaient de se rendre, en commun, dans cet endroit où, au contraire, la décence réclame de figurer seul.
tenu toutefois à constater dans son plan primitif une œuvre de haute intelligence et de sage disposition.
On a attribué à Martellange le vaisseau de la bibliothèque du collège de Lyon, ancienne bibliothèque des Jésuites. Cette salle a été commencée en 1641 , précisément l’année de la mort de notre Lyonnais. L’on n’en éleva d’abord qu’une moitié du côté du collège, sur la chapelle des Messieurs, et il est probable que cette portion fut endommagée par l’incendie de 1644; l’autre moitié ne put être construite qu’en 1673, au dessus de la chapelle des grands Artisans (237) Dans tous les cas, cette portion du collège n’est rentrée qu’après coup et comme addition dans les dépendances de l’établissement et il nous semble difficile que Martellange ait pu la prévoir dans son plan primitif.
Ce n’est certainement pas trop s'aventurer que. d’admettre que Martellange dirigea les constructions exécutées par les Jésuites pour leur maison de probation ou