‹ Étienne Martellange 1569-1641Chapitre 23 sur 29 · NOVICIAT, RUE SAINTE-HELENE, A LYON · texte numérisé non relu

NOVICIAT, RUE SAINTE-HELENE, A LYON

On a vu au commencement de ce travail que Benoît

(237) Voyez Notice sur la billiothccjuc de la ville de Lyon , par Péri caud, 1832 (page 6 et note 3). Mais il faut constater que l’auteur n’a pas reproduit son assertion dans la même notice imprimée en 1835.

La congrégation des Messieurs donna, par acte du 13 novembre 1641, aux Jésuilcs, 3,000 livres pour être employées le plus promptement possible à la construction et couverture de la bibliothèque. Le terrain de la chapelle, toutefois , n’appartenait ni aux Jésuites ni à la Congrégation, mais à la ville, qui tenait cette portion de la confrérie de la Trinité.

Les grands Artisans acquirent des emplacements pour leur chapelle, par actes des 16 septembre et 13 octobre 1672 ; les Jésuites y joignirent ceux qu’ils avaient acquis au nom de la ville; aussi ils stipulèrent que les congréganistes élèveraient non-seulement leur chapelle , mais encore feraient à leurs frais la bnturc de la bibliothèque, dont ils sc réservaient de constiuirc les murs.

Martellange, frère de notre artiste, donna, en 1607, à ce noviciat le tiers de la fortune qui lui revenait de son père Etienne, les deux autres tiers restants à ses frères Etienne et Olivier. Le P. Bullioud nous apprend dans son Lugdunum sacroprophanum que ceux-ci, à leur tour, disposèrent de ce qui leur revenait en faveur du même établissement, puisqu’il cite les trois frères parmi les bienfaiteurs de la maison de probation. Nul doute, en conséquence, pour nous que notre artiste n’ait contribué puissamment par son art aux ouvragées d’architecture d’une maison qui s’élevait en partie avec des deniers provenant de son patrimoine et en même temps qu’un autre édifice de sa compagnie à Lyon, où son concours est certain.

Du même acte de 1607, il résulte aussi qu’à cette époque Etienne Ier Martellange était mort, sans que nous sachions la date, nécessairement antérieure, de ce décès. Les registres de sépultures des paroisses de Lyon ne commençant qu’à des dates postérieures, ce renseignement ne pourra nous être fourni quepar d’autres documents qui, en ce moment, nous font défaut.

Les œuvres de cet artiste sont, du reste, aussi ignorées que son individualité ; nous savons seulement qu’il existait en 1581, étant encore taxé à cette époque comme possesseur d’une maison ou penonage Foquette ou Foucquette (“238). C’est peut-être l’immeuble de la place de Saint-Pierre, donné par ses fils aux Jésuites.

Le . noviciat de Lyon était situé sur un fonds d’environ 20,000 mètres carrés, limité au nord par la rue Sainte-Hélène, où il avait son entrée principale, à l’occident par la rue d’Auvergne, au sud par les remparts d’Ainay et à l’orient par un mur de clôture qui forme à

(238) Archives tic la ville de Lyon, portefeuille CC. 157.

présent la limite postérieure des maisons longeant la rue de la Charité. Ce fonds dit Plat d'Ainay avait primitivement appartenu à l'abbaye de ce nom ; en 1338, il appartenait à Claude Berthier, pelletier, à Laurent Cornât, pâtissier et à Etienne Ovat, barbier; il passa ensuite , pour la plus grande partie, aux mains de Louise Henry, veuve et héritière de noble Julien de laBessée (239). Les Jésuites acquirent en 1603 et 1613 les divers emplacements des deniers qui leur furent laissés dans ce but par Louis - François de Rhodes dans son testament du 6 juillet 1392, et durent aussitôt s’occuper des aménagements et constructions nécessaires à leur installation. Le P. François de Canillac, fils du marquis de Canillac, réserva, lorsqu’il se fit Jésuite en 1 606, la plus grande partie de son patrimoine pour rétablissement de cette maison. L’église ne fut commencée qu’en 1618, ainsi qu’il résulte d’un arrêté d’alignement du 1 8 mars de cette année sur la rue Sainte- Hélène, en face de la rue Saint-Jacques (la rue Saint- Joseph actuelle); elle fut consacrée le 15 février 1621 . Le roi Louis XIII et le cardinal de Richelieu sont désignés parmi ceux qui aidèrent à son embellissement (240). La vue scénographique de Simon Maupin (1625 et 1635) donne une idée de ce que pouvait être cet édifice qui, certainement, était de laplus grande simplicité comme grosse construction. Nous n’avons rien trouvé à son égard en dehors du P. Bullioud et de la description donnée par Clapasson (241), dont nous fournissons purement et simplement la copie :

(239) Topographie de la ville de Lyon , par M. B. Vermorcl, aux archivas de la ville, fol. 433 cl suiv.

(240) Le P. Bullioud eu a donne la liste dans son Lugdunum sacroprophanum , index dccimus.

(241) Page 23.

«... Le tableau du grand autel est d’un Flamand, élève de Mutien, peintre célèbre ; on attribue au vieux Palme un Ecce homo placé contre le mur, à côté de l'autel de saint François-Xavier : le tableau de la chapelle opposée a été peint par François Le Blanc ; le petit autel dans la nef dédié au Cœur de Jésus dont Ferdinand Delamonce a donné le dessin est d’une composition nouvelle et ingénieuse, sans aucun ordre d’architecture et sans ornements superflus, l’on en estime aussi 1 imitation des marbres. »

Dans le manuscrit du P. Bullioud il est question de deux chapelles sous le vocable du saint Crucifix et de la sainte Vierge. Cette dernière aurait été fondée par Horace et Jacques Cardon, qui y avaient choisi leur sépulture. François Clapisson, conseiller du roi, et son procureur en la sénéchaussée et siège présidial, échevin en 1 607, et son épouse Marg’uerite d’Ullins, contribuèrent d’une manière importante à l’érection de l’église, laquelle aurait été élevée sur le terrain acheté à l’aide de 6,000 livres données par Jean de Masso, chanoine , et ils y avaient également leur sépulture. Enfin, le maître autel se faisait remarquer par un riche rétable dont les bases, chapiteaux des colonnes et corniches étaient dorés.

Il est probable que le tableau de Y Ecce homo , dont parle Clapasson, se rapporte à la chapelle du crucifix et la toile de François Le Blanc à celle de la sainte Vierg-e. Le petit autel de la nef fut certainement élevé beaucoup plus tard.

On a pu remarquer aux chapitres V et VII de cette notice, cette conjecture probable admise par nous, que Martellange, à l’occasion d’une difficulté qui se présenta pour le toisage des voûtes du collège de la Ti'inité à Lyon, expliqua qu’il avait entendu mesurer ces dernières suivant celles du noviciat de Paris, bien qu’il n’ait point dit de quel noviciat il s'agissait. Il se pourrait, en effet,

qu’il ait entendu parler des vuùtes de l’église du noviciat de Lyon. Cependant il ne nous est pas prouvé que cette église fût voûtée en pierre comme celle du collège, attendu qu’elle nous a paru être à une seule nef, sans chapelles, tribunes, ni arcs boutants; c’est-à-dire dans des conditions à pouvoir servir de point de comparaison. Par contre, l’église du noviciat de Paris doit être considérée comme l’expression complète et absolue du talent de notre artiste.

De plus, il est dit aussi, dans la lettre du 29 mars 1622, que la manière de toiser proposée par Martellange était contraire aux usages de Lyon.

Enfin, l’église du noviciat de Lyon ayant été commencée en 1618, une année plus tard que celle du collège de cette ville, il devient très-difficile de savoir lequel des deux édifices fut voûté le premier. Nous devions signaler ici à nos lecteurs notre hésitation personnelle sur ce point controversable.

Les Jésuites desservaient à côté de leur 'établissement une chapelle de congréganistes, qui fut érigée, en 1620, sous le vocable des épousailles de la sainte Vierge et de saint Joseph ; cet édifice fut, à ce qu’il paraît, construit aussi à laide des deniers de François Clapisson et de Marguerite d’Ullins, son épouse, lesquels avaient contribué déjà à la construction de l’église du Noviciat (242),

La porte de cette chapelle a été utilisée (243) pour l’encadrement de l'entrée de la maison située, rue Sainte-Hélène, à l’angle nord-est du carrefour formé par cette rue et la rue de Bourbon. On y lisait sur une petite tablette de marbre

(242) Almanach astronomique et historique de la ville de Lyon, pour 1755, page 51 .

(243) mélanges historiques et littéraires , par Paul Saint-Olive. Lyon, 1868, page 49.

noir, l’inscription suivante : sanctissimis sponsis mariæ ET IOSEPHO PART H EN II SODALES. 1620.

Voici ce que dit Clapasson de ce petit édifice :

« La chapelle des congréganistes est décorée

d’jin riclie lambris de menuiserie et de beaucoup d’ornements en sculpture, partie dorée, partie bronzée ; les tableaux faits depuis peu sont de Sarrabat, à l’exception de celui de l’autel d’assés bonne main, quoique inconnue; le rétable est en partie de marbre avec des colonnes et d’autres ornemens ; mais il seroit à souhaiter que le tabernacle fût de meilleur goût et s’accordât mieux avec le reste ; il est à tombeau, mais d’une forme lourde et peu gracieuse ; l’on peut dire même en général que cette forme ne convient guères à l’usage qu’on en fait ici, et à la délicatesse qui doit se trouver dans ces petites fabriques. »

On sait qu’une partie de l’immeuble du noviciat des Jésuites de Lyon, vendu après leur expulsion de France, en 1762, servit de prison depuis 1772 jusqu’en 1831, époque où une construction neuve l’a remplacée, laquelle a conservé le nom de la maison primitive.

On n’oubliera pas non plus que les prolongements de la rue Saint-Josepli et de la rue de Bourbon ont été percés sur cet emplacement.

Notons, enfin, comme pouvant avoir été construits avec l’aide des conseils de Martellange, à Lyon, le couvent des Carmes Déchaussés, fondé par le marquis de Nerestang, grand-maître de l’ordre du Carmel, en 1618, l’égdise du monastère de la Déserte (1 623) et la chapelle des pénitents de la Miséricorde (1626), fondé par César Laure (244).

(244) Construits par les maçons Pierre et Benoît Daurollcs, ilont nous avons parle plus haut, par prix fait du 16 avril 1625 ; leur quittance est

Suivant les écrivains du xvii6 siècle, Martellang'e concourut avec le P. Derand (245) à un projet pour l’église de la. maison professe de la rue Saint- Antoine, a paris, cpii existe encore (246' .

Selon Piganiol de la Force (247), Martellang’e « qui étoit habile architecte, s’étoit, proposé dans son dessein d’imiter l'église de Jésus de Rome, qui a été bâtie par le fameux Vignole, et qui est une des plus belles qu’il y ait en Italie. Le P. Derrand, au contraire, n’avoit copié que lui-même et, malheureusement, les Jésuites préférèrent son dessein à celui de Martel- Ange. »

Cette opinion n’a pas été partagée par tous les écrivains et certains attribuent cette église uniquement à Martellang’e. Nous ne sommes pas de cet avis, car on ne trouve pas dans cette œuvre la simplicité qui caractérise, comme on l’a vu, les ouvrages de notre artiste et qui devint un défaut aux yeux des Pères qui attachaient en ce moment à l’éclat une importance telle qu’ils le confondaient presque toujours avec le bon goût.

du 1" mai 1626 ; Revue du Lyonnais , lr“ série, tome VI, page 1 ; articles par M. Lcymarie).

François Derand, né en 1588, dans le pays Messin et entré dans la Compagnie de Jésus en 161 1, est mort à Agde, en 1644. M. P. Morey, auquel on doit une notice intéressante sur cet aitiste , n’a donne aucune date et aucun lait nouveau qui puissent nous aider.

(246) M. E. de Ménorvul, chef d'institution, a publié un travail remarquable (que nous avons déjà cité) sur les Jésuites de la rue Saint-Antoine, l’église Saint-Paul -Saint-Louis et le Lycée Charlemagne, m dccc lxxu. Aussi bien que M. Morey, il ne nous fournit absolument rien d’inédit sur la personnalité des PP. Derand et Martellange et sur les plans originaux de l’église Saint-Louis. Nous sommes donc réduit , comme ces messieurs, aux récits des écrivains des derniers siècles , qui sont loin d’offrir les détails indispensables.

(247) Tome IV, page 371 et suivantes.

Le P. Derand a dù être influencé par la façade de l’église Saint-Gervais et Saint-Protais avec laquelle on trouve plus d’une analogie.

Il ne serait pas impossible, néanmoins, que, pour l’exécution, Martellauge, en sa qualité de religieux d’un ordre où l’obéissance et l’humilité sont poussées à l’extrême, ait fourni des détails , des dessins et même la surveillance qu’on était en droit d’exiger de lui. Ce serait à cette circonstance qu’on aurait pu lui attribuer d'être aussi l’auteur de la composition.

Mais, nous le répétons, tout ceci n'est que conjecture, ne repose sur aucune preuve écrite et n’est pour nous que le résultat des observations auxquelles nous nous sommes livré sur quelques détails d’architecture et d’ornementation que l’on trouve tracés dans une manière analogue au Noviciat, à l’église Saint-Louis et dans les cartouches de P architecture des voûtes du P. Derand.

Cette église fut commencée en 1 627 ; Louis XIII en posa la première pierre le 7 mars, accompagné de Mgr de Gondy, archevêque de Paris. Voici l’inscription qui y était gravée :

SANCTO I.VDOVICO

QVI TOTVM ORBEM IN TEMPLVM DEI ARMIS, ANIMISQVE DEST1NAVIT.

LVDOVICVS XIII,

HOC TEMPLVM EREXIT ;

VT QVEM G ALLIA COLVIT VT REGEM,

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