CHAPITRE V
COLLEGE DE LA FLÈCHE. — NOVICIAT DE PARIS. — COLLEGE DE ROANNE. — ÉGLISE SAINT-MACLOU, A ORLEANS.
n parcourant l’ordre chronologique, nous constatons que les provinces de Lyon et de Toulouse ne furent pas les seules où Martellange ait été envoyé; nous le trouvons encore appelé pour l’importante construction du Collège de La Flèche
(Sarthe).
Quelques explications sommaires sur cet établissement célèbre deviennent indispensables.
Antoine de Bourbon, fils de Charles de Bourbon, duc de Vendôme , et de Françoise d’Alençon, épousa, comme l’on sait, Jeanne d’Albret , héritière du royaume de Navarre, en 1548, à Moulins. Le jeune prince et la jeune princesse vinrent habiter La Flèche vers la fin de février 1552 et y séjournèrent quinze mois dans une habitation
nommée le Château-Neuf, qu’y avait fait construire, en 1550, Françoise d’Alençon, la mère d’Antoine de Bourbon (82).
Une tradition locale, qui se trouve confirmée par des rapprochements de dates, des faits et des témoignages d’historiens contemporains, veut que Henri IV , leur fils, ait été conçu dans un pavillon écarté de cette résidence. Lejeune prince, devenu roi, n’oublia pas cette circonstance et non plus qu’il était seigneur de La Flèche : il combla de fondations et de privilèges cet ancien patrimoine de famille et consacra le château, où sa grand’- 1 mère était morte, à l’établissement d’un collège (1603) dont la prospérité, aux siècles précédents, et même à notre époque, avec la transformation qu’il a reçue, a contribué ( à la richesse du pays. \
Aussi La Flèche a élevé , en 1857 , sur sa place principale, une statue en bronze de ce roi, due au talent de notre statuaire lyonnais Bonnassieux, membre de l’Institut.
Qui connaît, à Lyon, que des œuvres de nos compatriotes décorent une petite ville perdue au milieu de ce doux pavrs d’Anjou, où « chacun sçait que les blés y croissent « bien, que les bons vins blancs s’y cueillent, que les « . fruits de diverses sortes s’y mangent , que les bonnes
(82) Cet édifice fut nommé Château-Neuf par opposition à la vieille forteresse, demeure délabrée qui formait le séjour ordinaire des anciens seigneurs et dont le Loir baigne encore aujourd’hui, en passant, les dernières pierres. Le nouveau château a été construit d’après les plans de Jacques-Mathieu Estocrneau. Cet artiste est né à La Flèche, en 1486 ; il fut aussi l'architecte du tombeau que Françoise d’Alcncon fit élever, à Vendôme, à la mémoire de Charles d'Alençon, mort en 1537. M. Lance ( Dictionnaire des architectes français) a négligé de dire que le château était à La Flèche, croyant qu’il avait été élevé à Châteauneuf-sur-Cher.
« herbes y viennent et qu’une infinité de simples beaux « et bons s’y trouvent... (83)? »
Un ancien manuscrit et Marchand de Burbure (84) racontent que les Jésuites arrivèrent à la Flèche le 2 janvier 1604 et aussitôt on prit les mesures nécessaires pour leur installation. Il fallut acquérir diverses maisons et dépendances, en outre du château de Françoise d’Alençon, pour augmenter l’établissement.
On procéda ensuite au devis du bâtiment et , le 27 mars 1606, on adjugea la maçonnerie à un sieur Bideau, au prix de 30 livres la toise, la charpenterie à un nommé Plessis et la couverture. à un nommé Estourneau , à raison de 18 livres la toise.
Il paraît, plus tard , un entrepreneur général nommé Féron. sieur de Longue-Mazière, qui se chargea de bâtir l’église, la sacristie, le clocher, la salle des actes, celle de la bibliothèque, le corps de logis entre la cour royale et la cour des classes , ainsi que le carré du bâtiment du pensionnat ; le tout pour la somme de 240,000 livres.
En 1608, un nouveau marché fut passé avec le même entrepreneur pour donner plus d’épaisseur aux murs, piliers, pilastres , arcs-boutants de l’église ainsi que pour
(83) Jean Hirct, Dédicace au Flêchois Fouquet de la Varennc.
(84) Essai historique sur la ville et le collège de La Flèche , par M. Mar-
chand de Burbure, cx-mcmbrc de l’Academie des sciences de Châlonssur-Marne et membre correspondant de la Société libre des Arts du Mans. Angers, veuve Pavic , 1803. Cet écrivain a eu probablement entre b s mains, pour ce travail, \c manuscrit dit du Père Jésuite , dont l’auteur est resté inconnu. La bibliothèque du prylanée militaire en possède une copie achetée au Mans dans une vente, et qui faisait pailie des archives du collège; l’original est perdu. Marchand de Burbure estropie souvent les noms propres et il y a lieu d'y prendre garde (Note communiquée par M. Scmcry, bibliothécaire du Prylanée). .
fournir les fonds indispensables aux bâtiments, moyennant la somme de 24,000 livres.
Un troisième traité intervint entre le même entrepreneur et les Jésuites, en 1610, par lequel il s’obligea, pour la somme de 18,000 livres, à faire construire les deux jubés du transsept, quatre nicbes et une lanterne (un campanile) sur la salle des actes , propre à y mettre l’horloge.
Enfin, en 1611 , le même entrepreneur fut déchargé de ce qui lui restait à faire à l’église, à condition que les Jésuites ne lui payeraient pas les 18,000 livres consenties en 1610. C’est à cause des difficultés qui résultèrent de cet arrêt dans les travaux que Louis XIII envoya, en 1612, Martellange (85) à La Flèche, afin de faire achever l’église et ce qui restait à exécuter des bâtiments du collège.
Nous savons que l’église fut commencée en 1607, la première pierre ayant été posée, le 7 juin, par le maréchal de Lavardin et qu’elle ne fut achevée qu’en 1621 ; il y avait donc cinq ans qu’on y travaillait quand Martellange fut envoyé.
En 1613, le roi ordonna à M. de Fourcy, intendant de ses bâtiments, de tout faire parachever et d’acquitter les dépenses sur le trésor royal et même il ajouta, eu 1619, 12,000 livres aux sommes déjà allouées.
Le corps de logis, depuis la sacristie jusqu’à la bibliothèque, fut exécuté en 1621 ; en 1627 on s’occupa du
(85) Marchand de Burburc dit : « Les choses étoient en cet eslat lors- « que, en 1612, Louis XIII envoya à La Flèche les frères Mélcllangc pour « achever l’église, etc... » Il y a évidemment là une erreur de transcription fautive quant au nom. Relativement aux frères Martellange, il se pourrait bien qu’Eticnne fût aidé de son frère Olivier , qui aurait été comme lui architecte et coadjuteur au temporel.