‹ Étienne SaulnierChapitre 23 sur 27 · DU COMTE · texte numérisé non relu

DU COMTE

EMMANUEL DE CANDHEILLES

La liberté, l'amour, la vie bruyante et oisive , respirer un air libre et agité par la foule humaine , voila ce que j'avais rêvé si

long-temps , et !e sort auquel se bornaient tous mes vœux le jour où je quittai l'hospice du Saint-Bernard.

Aussi la première année qui suivit mon entrée dans le monde , fut-elle un enchaînement de folies et de déraison ; mon âme ardente embrassait le présent et l'avenir, avec une inconcevable imprévoyance. Je trouvais tout bien, tout à sa place, tout parfait! Ce monde où tant de choses contraires se heurtent, s'abîment et se déchirent l'une par l'autre , me paraissait d'une harmonie , d'un accord parfait.

J'étais dans un enthousiasme qui ne laisse apercevoir que les masses sans comprendre les détails. J'étais absolument comme un enfant conduit dans une boutique de bonbons la veille du jour de l'an.

Je me liai d'abord avec quelques jeunes gens d'esprit et de haute naissance; et comr me en général ces vies mondaines n'ont guère de larmes , comme les gens du grand monde sont trop désillusionnés pour rien regretter sérieusement, en les voyant si joyeux, si occupés de plaisirs et de choses frivoles , je ne compris pas qu'entre leur nature étiolée, et ma nature primitive , il y avait tout un monde, d'ignorance d'une part, et de satiété de l'autre. Je né ^vis que ce que je pouvais partager de leur félicité , sans me douter que pour moi seul peut-être se réservait l'amertume. Car les cœurs ardents et sincères, sont rarement heureux ; je ne sais comment il "se fait que pour ceux-là , la coupe est toujours vidée jusqu'à la lie.

Toutefois j'étais trop nouvellement arrivé

Page 1