ADIEU LA PAIX DES MONTAGNES
Le calvinisme^ en dépit de quelques princes du sang qui en étaient les protecteurs, et le zèle de quelques-uns de ses partisans , ne faisait pas de grands progrès
en France. La religion romaine y conservait heureusement les droits sacrés qu'elle y avait acquis depuis tant de siècles, par tant de bienfaits , et les disciples de l'hérésie ne laissaient derrière eux aucun germe d'une fondation de morale, digne des sacrifices qu'ils venaient lui faire. La persécution était terrible; la haine de Catherine de Médicis augmentait de jour en jour; partout, en France, des arrêts de mort, ou des prisons; les nobles et le peuple, les magistrats et l'armée, rien n'échappait à sa vengeance et à sa haine. Anne Dubourg venait de mourir victime de sa croyance religieuse ; l'amiral de Coiigny, doublement grand par ses vertus et par l'illustration de sa naissance, placé à la tète du parti Calviniste , recevait chacune jpyp l'annonce secrète de quelque complot dirigé contre hii. Le péril où ils étaient tous
ne faisait qu'augmenter chaque jour; abandonnés de leur principaux chefs, dont les uns étaient raorls, et les autres, cachés dans le sein de l'Église Romaine, les plus zélés religionnaires songèrent à Etienne Saulnier. Ayant appris le lieu de sa résidence, ils lui écrivirent le découragement où ils étaient tous, et les maux qui les accablaient. Ils le suppliaient de revenir parmi eux, de les encourager de nouveau par son éloquence , et l'ardeur de ses résolutions. « Avec toi, lui écrivaient-ils , avec » toi, nous sommes forts, courageux, réso- » lusj sans toi , il semble que nous ne pou- » vous rien! ton génie ranime notre faiblesse, » ta foi nous empêche de jeter en silence » des regards sur Babylone, et de nous en- » sevelir, de nouveau dans ses abîmes de » mort. »
Ni les supplications de ses nouveaux disciples, ni les remontrances des vieillards et des sages , ni ses propres pressentimens , qui lui montraient à Paris la mort inévitable, ne purent retenir Saulnier, dès qu'il reçut ces nouvelles.
« Il faut du courage pour vivre , bien » plus que mourir, disait-il à ceux qui se » jetaient à ses pieds pour l'empêcher de • partir} l'existence est une fleur!... elle » n'a de parfum qu'un jour, ce qui reste » n'est plus rien!... — Adieu, frères, leur » dit-il , en jetant un regard triste sur la » vallée qui s'étendait devant lui belle et » riante j adieu, priez! priez pour moi. »
Il partit donc! long-temps les échos des montagnes répétèrent successivement l'adieu des disciples , et celui du maître :
long-temps quelques montagnards , placés de distance en distance sur son passage, s'efforcèrent de le retenir; il échappa à toutes leurs supplications, et se dirigea sur Paris, seul, à pied, sans guide que son espoir en Dieu !