PROFESSIONS
Il est difficile, plus même qu'on ne peut se le figurer, de se faire une idée exacte de l'influence que peut exercer la profession sur le développement de la carcinose. Le nombre, d'ailleurs, des professions qui ont été le plus particulièrement étudiées est fort restreint.
En tout cas il ne suffit pas de rechercher dans les statistiques le nombre des victimes causées dans chaque corporation par le cancer : combien d'influences étrangères au métier sont venues compliquer l'étiologie, qu'il faudrait pouvoir débrouiller pour connaître réellement la part das professions dans les causes du cancer. Ainsi aucune des statistiques que nous avons pu trouver, et que nous citerons tout à l'heure, n'a tenu compte de l'hérédité. Le nombre des individus qui ont pu hériter de la prédisposition n'est certainement pas le même dans toutes les professions ; par conséquent c'est un facteur (|u"il eût été important de ne pas négliger.
Hannover (3), qui a fait et publié, sur les maladies des
, ('!) Milivié, Hérédité 7iatarelle (T/i. Paris, IST'l).
(2) Bouchutj Maladies des nouveau-nis ,
(3) Hannover, Maladies des artisans de Ccpenhayue, in Annales d'hygiène, série, t. XVII, 4 862.
ouvriers, de très-intértssanles recherches, nous (lit qu'il a observé, delSiS à 18i7 pour 1,000 malades artisans, 6 cas de cancer, tandis qu'il en a vu 9, sur i;000, da:ns la catégorie de ce qu'il appelle les non-artisans, c'est-à-dire 'les étudiants, les médecins, domestiques, etc. La proportion des décès, de 1840 à 1859, a été de 60 pour 1,000 dans le prem ier càs, et de 56 dans le second.
Avant de donner rextrait qui nous intéresse parliculièrement, de la statistique de cet auteur, voyons donc 'les professions oij on a noté une influence directe et spéciale. Il est à remarquer que c'est surtout vers le cancer du scrotum que convergent toutes les recherches qui ont été faites depuis Percival Pott (1) jusqu'à nos jours. Selle en avait paiié déjà et le désignait sous le "nom de verrues fuligineuses (infwar'tzen des Anglais) (2).
C'est surtout chez les ramoneurs, nous dit 'Curling (3), que l'on rencontre le cancer du scrotum ; et il n'est pas douteux, dit-il, que l'action irritante de la sui'e sur la peàù des bOursès n'en soit la cause occasionnelle. Cette affectioii peut se moritrer ailleurs, mais il est évident que 'es plis de la pëàu, que l'On rencontre en abondance aux bourses, expliquent cette fréquence, en permettant le séjour plus prolongé de la suie. Comme preuve de l'action de ce corps, sir Earle rapporte le cas d'un jardinier qui portait un ulcère analogue àù cancer des ramoneurs sur tout le dos de la main gauche; or cet homme, au printemps, avait l'habitude de jeter de la suie (avec la main droite) autour des jeunes plantes j il portait celte suie, dans un pot de fleurs, avec la main gauche.
Cependant il est une obj'îction facile à faire, c'est qu'il y a beaucoup de rartioneurs, et lelativement Irès-peu de cancers du
(1) P. Polt. Œuvres. Loodon ^90.
(2) Selle, Médedne clinique, 4 787, p. 217.
(3) Curling, Maladies des teslimles , traduit pur M. Gosselin, 18"j7.
scrotum dans cette corporation. La suie n'agirait alors, probablement, par son contact prolongé, qu'en (donnant à, la peau un état favorable à la production de la maladie, chez un individu prédisposé.
Et qette prédisposition, ici aus.si^ pe.ut être héréditaire ! Sir Earie cite le cas d'un homme , de trente^cinq ans, qu^.l avait opéré , et dont le gra^id-père le pèr,e et un frère é,ta.ient moris de cette affection. Çusack {j) a opéré \}m femme quelque temps aprh son fils.
L'âge moyen de cette atfec^ion varierait entre 30 et 40 ans. Cependant Wadd en a présenté un cas de 15 ans, et sir Earl,eun de 8. Chez quelques sujets la suie semble exercer une action à manifestations très-éloigriées ; ainsi un matelot, qui depuis vingt -denx ans n'était plus ramoneur, dut être opéré..
Cettemaladie, observée presque exclusivement en Angleterre, a été rarement rencontrée aux Etats-Unis par Warreu. Pour la France, Richerand (2) avance la même opinion.
D'autres substances irritantes peuvent également amener cette maladie ; Warren (3) l'a rencontrée chez des individus qui n'étaient pas ramoneurs. Le D'' Fergusson dit avoir enlevé un cancer du scrotum chez un homme qui n'avait jamais été ramoneur, mais qui travaillait au guano depuis plusieurs années.
Le D"" Paris rapportait que les chauffeurs de fourneaux dans les mines étaient parfois atlèints de cette affection ; pareille observation a été faite par M. Manouvrier (4). D'après ses recherches, en effet, les ouvriers de cave, vivant dans une atmosphère confinée, chargée de poussières charbonneuses,
(4) Cusack, Dublin joiivnQ,lof mvd. scienc, t. XXI.
(2) Ilichcrand, Nosoçirçiphie chirurgicale^ t. VI.
(3) Warrea, Surcjical observation on tumours.
(41 Màmnyner, Fabrication des agçilom-?rés de houille et de brai.Ann. d'hygiène, î'sério, -1870, t. XLV.
sont fréquemment atteints de cancroïde, variété opilholiome papiilaire, siégeant le plus souvent au scrotum ; sur 3 cas, il était 2 fois sur la bourse droite, 1 fois sur la gauche. Cependant cette affection peut se rencontrer également sur la face, notamment dans le pli naso-génal, d'où il part pour se propager aux lèvres. Selon cet auteur, ce cancer a de grandes analogies avec le cancer des ramoneurs, dont nous parlions tout à l'heure.
Il a été fait, au troisième congrès des chirurgiens allemands, à Berlin, en 1874, par M. Wolkmann (1), une communication relative à des accidents professionnels. Il a signalé 3 cas de cancer primitif du scrotum chez des ouvriers d'une fabrique de paraffine. D'après lui, Langenbeck avait déjà signalé les inconvénients des bandages en paraffine, qui occasionnaient des accidents débutant par des démangeaisons, et aboutissant à l'ichthyose.
Comment agit ce corps ; quels ouvriers atteint la maladie de préférence ? Nulle part nous n'avons pu trouver de renseigne ments capables de nous éclairer. Nous signalons donc simplement ce fait aux recherches des hygiénistes futurs.
Nous remarquons, cependant, que c'est surtout sur les ouvriers que leur état force à vivre dans une atmosphère confinée, chargée de poussières dures, que s'est manifestée la maladie, tandis que ceux de la mênîe profession, qui travaillaient à l'air libre, ont paru en être préservés, dans une certaine mesure.
Nous extrayons de la statistique de M. Hannover quelques résultats sur l'influence des poussières végétales j ce sont les tourneurs qui ont offert le plus de mortalité, puis les menuisiers, les charpentiers et les tisserands, eœ œquo. Les boulangers et les maçons ont offert une mortalité relativement rare.
(1) Voll^mann, in Ann. cVhygiène, sùric, 1875, f. 44.
Voici d'ailleurs, par ordre de décroissance, cette statistique :