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Nous y avons ajouté, comme terme de comparaison , les
décès par tuberculose, ainsi que la moyenne pour 1,000. Enfin, dans ce tableau nous n'avons pas compris la réj)ariiiion par corps et par grade, n'ayant pu trouver, à ce sujet, des renseignements complets.
L'examen de ce tableau est des plus intéressants; et si nous comparons la moyenne des décès par tuberculose et carcinose, nous voyons que celle-ci est cent fois moins fréquente que l'autre. Voici en résumé les différentes moyennes générales que nous en avons tirées :
Cancer. Tuberculose.
Moyenne par rapport à
1,000 hommes d'effectif :
— présents :
— entrés aux
hôpitaux :
— décédés :
4 5îJ,7
des réformés, —
— sortis défi-
nitivement
Partout nous y trouvons cette proportion de 1 à 100, qui d'ailleurs n'a rien qui puisse étonner, la phthisie étant une maladie de la jeunesse.
En résumé les professions déterminent ou favorisent la production du cancer, soit en plaçant l'organisme dans des conditions antihygiéniques, soit en occasionnant une irritation locale et directe.
TRAUMATISMES, IRRITATION LOCALE.
La part d influence qu'il convient d'attribuer aux traumatismes et aux irritations locales répétées dans l'étiologie du cancer, a été très-diversement appréciée par les pathologistes; et les dissidences à ce sujet sont beaucoup plus profondes en Angleterre et en Allemagne qu'en France. Nous y reviendrons tout à l'heure.
Broussais soutenait que le cancer dérivait de l'irritation consécutive à un choc; quelle que soit en effet la variété du traumatisme, celui-ci produit une inflammation, laquelle n'a pas, par exemple, la valeur que lui attribuait Gerdy. Cet auteur admettait la formation de productions primitives, qu'il appelait précancéreuses, mais auxquelles il déniait, d'une manière formelle, toute nature cancéreuse. Sous l'influence de l'inflammation, le ramollissement et la suppuration s'emparaient de ces dégénérations et les transformaient en cancer !
Il voyait une confirmation de sa manière de voir dans cet aphorisme de Boerhaave (1) : c( Sunt per se innocui (les cancers), evadunt ex motu incitato maligni. » Certains autéurs (2), pour ne pas admettre la dégénérescence des tumeurs adénoïdes, survenues à la suite de coups sur le sein, avancent cette loi d'analomie pathologique formulée par Cruveilhier : ce Les productions organiques morbides ne dégénèrent jamais en ^cancer. »
D'autres, niant l'influence de ces traumatismes, nous disent que le nombre des femmes ayant reçu quelque choc sur le sein est bien plus considérable que le nombre de celles affectées de cancer; et puis, qui peut affirmer que l'organe, malade actuellement, était intact avant la contusion, et que celle-ci n'a pas attiré l'attention sur une tumeur déjà en voie de développement? Bousquet (3) pense que la liberté qu'a le cancer d'atteindre les organes les plus cachés, prouve assez qu'il n'a pas une origine traumalique. Enfin, si la contusion avait le privilège, nous dit M. Tournier, de faire déclarer le cancer du sein, pourquoi ne se produirait-il pas à la suite de coups sur toute autre partie du corps?
Toutes ces raisons, plus théoriques que vraies, demandaien!
(I) Bocihaave, Aphorismes, i8S.
ii) Touriiicr, De la contusion du sein (Th. Paris, 1860).
{'>) Bousquet, in Bull. Académie de médecine, l. IX.
cependant à être exposées, ce que nous avons fait brièvement. Mais maintenant, ces réserves une fois faites, il n'est pas possible de mettre en doute l'influence d'une irritation mécanique ou morbide sur la localisation du carcinome.
Les arguments en sa faveur sont nombreujf, et il suffit de rappeller la fréquence du cancer épilhélial chez les fumeurs, du cancer du testicule retenu à l'anneau, ou de l'ovaire dans une hernie. Nous en donnerons plusieurs exemples tout à l'heure, dont deux dus à M. le professeur Broca. Ailleurs on a invoqué des causes d'irritation morbide, telles que l'érysipèie, les affections dentaires pour le cancer de la parotide j les cicatrices, les surfaces de vésicatoires. Pour les organes profonds, la cause irritative, moins manifeste, a cependant souvent été indiquée : par exemple les boissons irritantes pour l'estomac ; le grand nombre de couches pour l'utérus ; une irritation anormale pour le rectum. Nous allons avoir à revenir sur ces points de la question (1).
Sans nier absolument l'influence des causes externes dans la production du cancer, quelques auteurs se bornent à dire qu'il faut au moins une prédisposition spéciale, et que, sans elle, la cause externe n'aurait point eu de résultat. D'ailleurs l'importance prépondérante de la diathèse est presque universellement reconnue par la médecine française (2). Sir James Paget en Angleterre, Billroth en Allemagne, sont les défenseurs de cette théorie. Au contraire, de célèbres analomopathologistes, Virchow, Rindfleisch, et des chirurgiens, comme Thiersch, font jouer le rôle principal aux causes locales. C'est l'opinion qu'a soutenue Campbell de Morgan, dans son livre sur l'origine du cancer^ en 1873 (3), à la Société pathologique de Londres.
(1) Dict. encyclop., art. Carcinome.
(2) Progrès médical^ 1875, p. 770.
(3) la Med. Times and Gazette, 4872.
Nous avons trouvé, sur cet ouvrage, un excellent article de M. Lutaud (1) et nous demandons la permission d'en donner ici quelques extraits, car il résume l'état de la question à l'heure actuelle.
Dès l'origine du débat porté devant cette docte Société, les orateurs s'étaient divisés en deux camps, les localistes et les constitutionnalisles. Parmi les premiers se rangeaient MM. de Morgan, William Gull, Erichsen; parmi les seconds on comptait sir James Paget et William Jenner.
M. de Morgan, dans son ouvrage, repousse énergiqiiement l'hypothèse qui place l'origine du cancer primitif dans le sang (blood poison), et il s'appuie sur trois motifs que nous reproduisons : 1° elle n'est pas nécessaire pour l'explication des phénomènes qui président à l'évolution du cancer ; 2° de nombreux faits pathologiques et cliniques s'opposent à son admission ; 3° si nous l'acceptons, il nous faut admettre, ou bien que le même poison, qui sert à la production du carcinome, donne également naissance aux tumeurs dites bénignes, ou bien que chaque tumeur est fournie par un poison spécial.
Et l'auteur s'appuie sur des faits : on n'observe jamais de symptômes précurseurs du cancer ; il est des observations authentiques de tumeurs carcinomateuses qui n'o'nt jamais récidivé après l'ablation; pendant la période de développement de la tumeur, même pendant celle de cachexie, les plaies qui peuvent survenir accidentellement se cicatrisent avec la plus grande facilité. — Telle est, également, l'opinion de M. Hulchinson.
Voici quelle serait la manière de voir la plus simple, suivant xM. de Morgan: « Tous les tissus de l'organisme, et tous les éléments actifs de ces tissus, ont une propriété vitale particulière ; et le sang, fluide commun, leur est distribué à tous de
Lutaud, in Archives gén, de môd. 1874, t. 24, Gs série, p. 617.
la même manière.^ suivant les besoins de chacun d'eux. Or il est évident que si, pour une raison ou pour une autre, la distribution du sang devient inégale ou insuffisante dans une partie de l'organisme, celle-ci, quoique recevant un sang très-pur, deviendra bientôt le siège d'une altération de structure : l'organe ainsi lésé peut subir une dégénérescence carcinomateuse. »
Quant â l'influence de l'irritation locale sur la production du cancer, elle est pour cet auteur surabondamment démontrée et vient également s'ajouter aux autres raisons qui doivent faire repousser les opinions des constitutionnalistes-
Les régions du corps qui, par leur situation, leur structure, leurs fonctions particulières, sont exposées à être souvent lésées, deviennent plus souvent que d'autres le siège de lésions cancéreuses (1): qu'y a-t-il de plus exposé aux froissements ou aux excitations que le testicule, la mamelle et l'utérus, les lèvres ou la langue (2) ?I1 faut aussi compter la prédisposition morbide toute particulière des bords des différents orifices du corps. Et Virchow fait remarquer que les orifices, exposés aux actions extérieures, sont d'autant plus souvent malades, que l'influeiice causale est plus grossière, et ses efforts locaux plus ïudes. M. le professeur Richet est absolument du même avis, et, dans une conférence de janvier 1874, notre savant maître avait attiré l'attention de ses élèves sur l'influence de la pression et du rétrécissement dans la production du cancer. 11 citait comme exemple le cancer de la lèvre siégeant le plus souvent sur la partie pressée par la pipe du fumeur ; celui de rS iliaque, causé par le rétrécissement dont l'intestin est le siège à ce niveau; c'est encore ainsi, selon lui, que le cardia
(1) 'Virchow, Loco citato.
[2) Velpeau.
et le pylore, points rétrécis, pourraient devenir h la longue le siège d'une phlogose, prélude d'un cancer.
Comme exen^plé de l'action mécanique agissant comme cause première d'une tumeur maligne, il est curieux de noter que Je cancer du testicule, dont nous avons déjà dit un mot, a été remarqué, surtout lorsque celui-ci est retenu à. l'anneau: là, en effet, retenu entre les bandes fibreuses de la région inguinale, le testicule y est exposé à des tiraillements, à des frottements de toute nature.
De tout ce qui vient d'être dit, et des quelques cas qui vont suivre, résulte selon nous l'obligation de reconnaître l'influence de l'irritation locale sur la localisation du cancer; mais il est nécessaire d'apporter une certaine prudence dans l'appréciation de ces causes. Dans la crainte, cependant, oii nous sommes, d'avoir été Irop affirmalif, nous dirons plutôt qu'elle n'est que l'un des facteurs déterminants de la localisation. Et même il sera très-difficile de fixer la valeur réelle de ce facteur; car, pour cela, il faudra faire une étude très-attentive des conditions étiologiques du carcinome dans chacun des organes; nous n'avons guère d'indications sérieuses que pour l'utérus, et il en a déjà été question en parlant de cet organe, page 31.
Citons cependant quelques résumés d'observations à l'appui de nos dires. Stich (1) rapporte quatre cas de tumeurs nées à la suite d'un traumatisme bien évident :
1° Sarcome, articul. atloïdo-axoïdienne g. Jeune homme de vingt ans, chute occiput;
2° Cancer, face int. lèvre inf. Paysan, trente-six ans, coup de pied de cheval;
3" Sarcome, base du crâne. Enfant, douze ans, fracture petite aile du sphénoïde;
(I) Slich, Klin. Woch. Berlin, ^873, ia Gazette médicale^ Ml i, p, 415.
4o Sarcome, bas-ventre. Femme, trente-quatre ans, coup de corne de bœuf.
Par conséquent le sôtrcome reconnaît parfois une origine (raumatique. Du reste Larrey en a rapporté un cas semblable (1), M. le professeur Broca (2) rapporte l'histoire d'un notaire qui fit une chute d'un lieu élevé. Contusion du talon consécutive, collection sanguine, puis légère induration. Six mois après il présentait tous les signes d'un cancer mélanique.
Voici le second fait du même auteur : une bouquetière ambulante portait des fleurs dans un éventaire. Dans une chute en avant, l'éventaire vient buter sur le pubis, sur lequel on voyait quelques mois après un encéphaloïde mélanique. Il se fit une généralisation rapide, et la mort ne tarda pas à arriver.
M. le professeur Verneuil a présenté à la Société anatoraique, en juillet 1873, le cas d'un homme de quarante-cinq ans, atteint de sarcome des bourses, et qui avait fait huit ans auparavant une chute sur le périnée, avec contusion assez vive des bourses. Le début s'était montré quelques mois après l'accident.
Quel est maintenant le rapport précis qui existe entre ces tumeurs et le traumatisme ? celui-ci est-il une cause occasionnelle ou déterminante des néoplasiesj les causes générales utilisent-elles les points vulnérables de l'économie pour y donner naissance à leur manifestation favorite? Autant de points difficiles à éclaircir et que le mémoire de Stich laisse encore indécis .
Pourtant, en réponse à ces questions, il est permis de se demander pourquoi, si les causes externes sont étrangères à la naissance du cancer; pourquoi, si cette affection est d'abord une maladie constitutionnelle, pourquoi, disons-nous^ débute-
(1) Larrey, Unionméd. 1852, n° 43.
(2) Broca, Trait des tumeurs, t. I, p. 143
t-elle presque constamment par un point très-limité de l'économie ? Il nous semble qu'il serait aussi facile d'admettre que l'altération générale de l'économie est la conséquence de l'iatluence externe, que d'aller disant qu'elle la précède toujours.
Hypothèse pour hypothèse, comme dit Velpeau., nous croyons rationnel d'admettre que le carcinome naît réellement sous l'influence d'une cause externe quelconque. Une fois établi, il tend sans cesS'e à infecter l'économie. D'ailleurs, n'est-ce pas de la sorte que procèdent les virus syphilitique, rabique ou morveux? Nous ne voyons pas, en un mot, quel besoin on a eu d'admettre que les tumeurs cancéreuses ne pouvaient être que la manifestation locale d'une maladie générale préexistante.
En résumé deux systèmes sont en présence: celui des localistes, qui mettent en avant le rôle important de la transformation du cancer, et celui des constitutionnalistes, qui attribuent tout à une certaine prédisposition cancéreuse, prédisposition que nous ne connaissons pas du tout. Il est un troisième système, mixte celui-ci, qui résulte de la réunion des deux précédents. . Pour nous, ainsi qu'il a déjà été dit, nous nous rangeons du côté des localistes, fort de l'appui d'hommes aussi considérables que Yelpeau, Virchow, de Morgan et tant d'autres.
On doit se demander, il est vrai, et cela avec une juste raison, comment une violence externe, qui n'a rien de spécifique, peut amener la formation d'une entité si complète, d'une spécificité si manifeste, d'un cancer plutôt que de toute autre production morbide. A cela nous ne pouvons répondre rien de satisfaisant; nous avons raisonné par analogie. D'ailleurs (( le voile dont toutes ces questions semblent enveloppées, en y> couvre bien d'autres en médecine, sans que la science s'en » préoccupe sérieusement. 5) (Velpeau.)