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III. Maladies locales

Presque tous les anciens ont cru que la plupart des tumeurs, quelle qu'en soit la nature première, étaient susceptibles de subir la transformation cancéreuse. Les phlegmasies aiguës où chroniques ont également été élevées au rang des causes les plus fréquentes (Prus). C'était l'opinion de M. Bouillaud ; Trousseau l'exprimait en ces termes : € La manifestation de la diathèse se fait vers les appareils, vers les organes affectés. » Scanzuni, pour l'utérus, admettait toujours une maladie primitive, qu'il disait être presque toujours un engorgement. Tout près de nous, l'année dernière, M. Chenet est venu nous dire que les affections du foie, en général, prédisposaient plus particulièrement à une production néoplasique.

Pour ce qui est de la dégénérescence possible des tumeurs, voici ce que Yirchow en pense. Sur les muqueuses, les tumeurs apparaissent le plus souvent aux points qui ont été antérieurement le siège des maladies simplement inflammatoires. L'hyperplasie inflammatoire du catarrhe chronique conduit à la formation de polypes, et ceux-ci peuvent, plus tard, devenir à leur tour le siège d'un développement cancéreux oucancroïde. « On trouve, dit-il, dans le cancer de l'estomac, aux alentours pes ulcères, des altérations dues au catarrhe chronique et qui se confondent insensiblement avec la formation particulière du cancer. 3) Mais pourquoi ne pas dire au cas contraire que ce catarrhe est Teffet de la nosorganie; qu'il l'a suivie, au lieu d'avancer qu'il l'a précédée?

M. Chaillou (4) n'ose pas répondre catégoriquement à cette question qu'il se pose : une tumeur hypertrophique peut-elle, en dégénérant, devenir cancer? Il renvoie le lecteur à l'opinion de Leblanc ('2) qui répond affirmativement. Pour lui, l'hypertrophie est une prédisposition au cancer, qu'elle précède souvent ; et il termine : « Il y a donc lieu de croire à la possibilité de la transformation cancéreuse de ces tumeurs. » C'est là l'opinien de Bonnet, de sir Paget.

W. Aitken (3), tout en admettant que de simples tumeurs peuvent devenir le siège du cancer, «au même titre, dit-il, que toute autre partie du corps,» fait cependant une restriction, en regardant l'événement comme fort rare.

Ces assertions nous semblent tout au moins mal fondées, car il est fréquent en clinique de voir des tumeurs à apparence bénigne, parce que leur marche était lente, et leur action générale sur l'économie nulle, de voir, dis-je, ces tumeurs prendre tout d'un coup une marche plus rapide et présenter des caractères de malignité, qui font crier à la dégénérescence. M. le professeur Broca a, de sa main de maitre, réfuté cette théorie dans son remarquable mémoire sur le cancer. Et, d'accord en cela avec l'école de Laennec, à laquelle se rattache Velpeau, nous dirons comme lui : «Tout cela n'est qu'erreur et mensonge! Le cancer est distinct dès le principe, comme à la fin. Chaque classe de tumeurs a son existence propre, qu'elle soit homologue ou hétérologue. »

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