Partie expérimentale personnelle
Préambule : Nous devions tout d'abord nous demander, avant d'entreprendre nos expériences, si des grossesses extrautérines avaient été observées chez les animaux.
Nous avons consulté à ce sujet le livre d'obstétrique vétérinaire de St-Cyr, et nous avons été nous renseignera l'école d'Alfort où le professeur Gadiat nous a obligeamment communiqué plusieurs observations de grossesses ectopiques chez diverses espèces animales (vache, truie et brebis).
Dans l'ouvrage cité plus haut, nous avons trouvé, au milieu de sept cas, une observation qui présente quelques particularités intéressantes ; c'est la suivante :
Obs. I. — Une truie donne naissance en septembre 1870 à trois porcelets bien conformés. Cette portée trop peu nombreuse la fait considérer comme mauvaise reproductrice, et on l'engraisse.
Elle présente ensuite des symptômes de rut toutes les 3 ou 4 semaines, mais elle ne fut pas couverte.
Quand on l'ouvrit (Pâques 1871) on trouva, flottant parmi les anses 1 ntestinales, deux fœtus reliés à la région sous-lombaire par deux pédicules vasculaires longs de 8 centimètres environ, entre les 2 cornes de la matrice.
Puis suit une longue description de l'état des fœtus et des sacs membraneux distincts qui contenaient chacun d'eux. Les ovaires, les trompes et l'utérus ne semblent pas altérés.
L'auteur conclut en disant qu'il s'agissait « donc bien d'une grossesse extra-utérine primitive concomitante d'une gestation utérine normale. »
Il est regrettable que cette observation si complète au point de vue fœtal, soit écourtée au point de vue de l'organisme maternel. Les connexions placentaires n'y sont pas décrites. D'ailleurs cet examen est d'autant plus difficile chez les animaux, que les adhérences péritonéales et les exsudats inflammatoires ont une très grande tendance à se résorber.
Aussi les observations que nous avons pu trouver sont-elles presque toutes incomplètes. Elles n'en ont pas moins leur valeur, puisqu'elles nous montrent la possibilité de cette affection chez les animaux domestiques.
Choix d'un animal. Technique opératoire. — Dans nos expériences, nous avons toujours opéré sur des lapins parce qu'il est facile de s'en procurer, que les gestations sont de courte durée, et en quelque sorte subintrantes, puisque les femelles sont saillies le jour même du part.
Il ne nous paraît pas superflu d'indiquer en quelques mots la technique que nous avons suivie. Nous n'avons pas anesthésié nos animaux ; la laparotomie portant sur la ligne blanche peu sensible et nos interventions durant en somme peu de temps.
L'animal en expérience couché sur le dos, reposait sur une simple planchette présentant quatre pitons disposés de façon à maintenir les membres attachés dans l'abduction forcée et en môme temps dans l'extension. Nous donnions ensuite à
cette planchette l'inclinaison d'un pupitre à écrire pour que les intestins, considérables chez ces animaux ne vinssent pas faire hernie au niveau de la plaie.
La lapine ainsi fixée était rasée sur une largeur de 2 ou 3 centimètres et sur une hauteur de 3 travers de doigt, audessus et à partir de la symphyse.
Une compresse bouillie présentant une ouverture de cette grandeur recouvrait ensuite l'animal.
Les mains de l'opérateur, les instruments et les viscères, s'ils faisaient hernie, étaient ainsi à l'abri des souillures.
Ces instruments et ces compresses étaient simplement bouillis.
L'incision abdominale ne donne pas de sang. La vessie est facilement réclinéeen avant, et les cornes utérines apparaissent de suite, contournées en spire ; il est facile de les suivre pour arriver aux trompes.
Nos ligatures étaient faites à la soie, et la suture abdominale, comprenant tous les plans, au catgut le plus souvent.
Une couche de collodion sur la plaie saupoudrée de salol formait un excellent pansement occlusif.
Avec ces quelques précautions nos vingt opérées n'ont présenté aucun accident. D'ailleurs le péritoine du lapin est peu sensible, beaucoup plus cependant que celui du chien.
Fécondation artificielle sur l'ovaire.
Depuis longtemps nous nous étions demandés, en songeant à la pratique aujourd'hui si répandue des pisciculteurs, s'il ne serait pas possible de féconder artificiellement les ovules à leur sortie des vésicules de Graaf, et ce, en portant directement, après laparotomie, le sperme dans la région ovarienne.
C'était même là, nous semblait-il, si nous réussissions, le moyen le plus sûr d'obtenir des grossesses ectopiques. Rien n'est plus facile en effet que de placer sur les trompes, deux ligatures en même temps qu'on féconde les ovules. Ceux-ci, ne pouvant plus descendre dans l'utérus pour y continuer les phases de leur développement, devraient, pensions-nous, produire sûrement des grossesses ectopiques.
La première chose à faire était donc de voir si la conception était possible.
Mais deux points nous arrêtèrent tout d'abord.
1° Comment savoir chez une femelle le moment exact de la ponte ovulaire ? Ce premier problème fût vite résolu, car chez la lapine, nous l'avons vu, ce phénomène a lieu quelques heures après l'accouchement.
2° Comment nous procurer du sperme ?
Nous n'avons pu provoquer l'éjaculation artificiellement, et nous avons essayé en vain de recueillir du sperme avec une pipette après plusieurs coïts.
Nous avons dû, dès lors, opérer de la façon suivante :
Notre femelle à féconder étant prête à être laparotomisée, nous cherchions à faire saillir une autre lapine.
Puis sans perdre de temps, nous la sacrifiions et nous enlevions le vagin fermé en bas et en haut par deux pinces hémostatiques. Nous avions ainsi une sorte de poche enduite de sperme qui, retournée en doigt de gant, nous permettait à? ensemencer la région ovarienne de l'animal en expérience.
Voici la relation de l'expérience (1), où nous avons réalisé ces données.
Lapine grise adulte a mis bas dans la nuit du 2 au 3 mars. Opérée le 3 dans l'après-midi.
Ouverture de la cavité abdominale sur une assez grande étendue (5 cent.). L'incision passe sans les intéresser entre les glandes mammaires.
L'utérus, très hypertropbié, présente encore un aspect monilliforme (place des fœtus).
Nous avons quelque peine à trouver l'ovaire gauche ; nous détachons avec une pince la mince toile péritonéale qui le recouvre et nous passons légèrement sur cette zone notre paroi vaginale enduite de sperme, obtenue comme il a été dit plus haut.
Nous faisons de même du côté droit.
Suture de la plaie au catgut. Pansement au collodion.
Suites opératoires bonnes. L'animal allaite ses petits. Autopsie le 14 mars.
Quelques adhérences au niveau de la plaie. Les cornes utérines contiennent toutes deux des embryons gros comme des noisettes (4 a gauche, 3 à droite).
Rien à signaler dans les régions ovariennes.
Cette expérience n'avait jamais été, croyons-nous, réalisée. Elle démontre péremptoirement que des ovules fécondés probablement dans la région ovarienne, n'en continuent pas
moins à descendre dans les cornes utérines et à s'y comporter d'une façon absolument normale.
La possibilité de suivre la voie que nous nous étions tracée, pour notre expérimentation, nous était donc démontrée. Mais nous nous étions déjà aperçu des difficultés matérielles que soulève ce modus faciendi.
Il nous était en effet difficile d'avoir absolument en môme temps une lapine venant de mettre bas, et une autre en rut.
Aussi avons-nous dû songer à procéder plus simplement.
Disons cependant de suite que nous avons dans ces derniers temps renouvelé cette expérience : mais dans ce cas, nous n'avons pas obtenu de fécondation.
Voici d'ailleurs le résumé de cette expérience (II).
Lapine multipare. A mis bas dans la nuit du 16 au 17 décembre. Le lendemain, nous ne pouvons réussir à avoir une femelle qui se laisse couvrir, qu'à 6 heures du soir (soit 12 à 24 heures après le part). L'animal est aussitôt sacrifié et nous lui enlevons le vagin tout entier, entre deux pinces hémostatiques.
Opération. Notre femelle accouchée est alors laparotomisée (petite ouverture de 2 centimètres environ). Par cette boutonnière abdominale, nous introduisons le vagin que nous venons d'extraire, et nous l'abandonnons dans la cavité péritonéale.
La plaie est aussitôt suturée. Pansement occlusif au collodion.
Nous voulions voir, en agissant de la sorte, si les spermatozoïdes pourraient réussir à gagner les zones ovariennes. Malheureusement la suite ne nous a pas permis de faire cette constatation.
Suites opératoires. — Remise vers ses petits, elle continue à les allaiter. Mais dans les jours qui suivent, elle ne mange pas, maigrit ; et les petits eux-mêmes souffrent manifestement. A partir du 4e jour cepen-
dant elle ne refuse plus la nourriture et semble se rétablir petit à petit.
Autopsie. — Le 26, l'animal est sacrifié.
Il présente sur la paroi latérale droite de l'abdomen une tumeur fluctuante et volumineuse comme une mandarine coupée en deux. Nous ouvrons l'abdomen en contournant cettè masse. Les cornes utérines sont vides ; les trompes normales ; mais les ovaires ne présentent pas des corps jaunes bien manifestes.
Un seul point est adhérent à la paroi abdominale c'est la corne utérine droite qui vers son milieu semble faire corps avec la paroi profonde de la tumeur signalée plus haut. Celle-ci laisse échapper, quand nous cherchons à rompre cette adhérence, un pus crémeux au milieu duquel nage, déjà fort altéré, et à peine reconnaissable, le vagin que nous avons introduit dans l'abdomen.
Conclusions. Il nous est assez difficile de dire pourquoi nous n'avons pas, dans ce cas, obtenu de grossesse.
Les conditions de l'expérience ont, il est vrai, quelque peu varié. Peut-être avons-nous opéré trop tard ? Notre lapine était placée dans une cage contiguë à celle d'un mâle (circonstance qui n'existait pas chez notre première opérée) et peut être sa présence avait-elle hâté la déhiscence des vésicules de Graaf.
Peut-être encore faut-il incriminer les phénomènes de péritonite (probablement dûs à une faute opératoire ou à l'état septique du vagin) qui finalement se sont localisés pour aboutir à la production d'un abcès?
Expériences où nous avons cherché à produire des G. E U. après fécondation normale.
Nous appuyant sur les données de la physiologie, qui a cru pouvoir avec précision, et presque heure par heure, donner la succession des diverses phases de la fécondation, depuis le coït jusqu'à l'enclavement de l'œuf dans la muqueuse utérine ; admettant en particulier les 3 points suivants :
1° Les spermatozoïdes sont sur les franges du pavillon 10 heures après le coït.
2° L'ovule quitte l'ovaire à peu près au même moment.
3° A la fin du 3° jour ou au commencement du 4e il va pénétrer dans l'utérus.
Nous avons pensé qu'en mettant sur les trompes des ligatures après 12 heures, et avant 3 jours, nous laisserions au spermatozoïde fécondant le temps de suivre physio logiquement son trajet utéro-tubaire, mais nous empêcherions à F ovule de descendre dans la corne utérine correspondante. Si donc il se développait nous aurions une grossesse ectopique.
Une objection s'élevait contre cette manière de faire : c'était la suivante : la ligature juxta-tubaire n'amènera-t-elle pas dans la trompe un trouble vasculaire considérable qui empêchera le développement des produits de conception.
La suite nous a prouvé qu'il n'en était rien, puisqu'au contraire, dans deux ou trois cas, la portion de la trompe adjacente à la ligature était plus tôt vascularisée.
Néanmoins, l'occasion s'en présentant, nous avons voulu par analogie voir ce qui se passerait en jetant sur un utérus en gestation des ligatures entre les produits de conception.
Voici l'observation.
Expérience III.
Lapine grise adulte.
Coït le 29 janvier, bien qu'étant en gestation. On ne s'en aperçoit qu'en l'opérant (2 février).
Opération. — Ligatures entre les œufs.
18 février. — Morte en travail, par ruptures utérines.
Autopsie. — On trouve 4 fœtus morts dans la cavité abdominale. Traces évidentes de péritonite septique, 4 autres fœtus sont encore dans l'utérus, ils semblent bien moins développés.
Conclusions. Les ligatures n'avaient donc amené dans la circulation utérine qu'un trouble passager, des anastomoses s'étant rapidement établies entre les rameaux des vaisseaux oblitérés, puisqu'en somme la vie des fœtus ne fut pas compromise.
Nous en avons conclu par analogie que la vascularisation de la trompe n'aurait pas trop à souffrir de notre intervention.
Dans la relation des expériences qui vont suivre, nous ne suivrons pas l'ordre chronologique, préférant grouper les observations semblables.
Expérience IV. — Ligatures tubaires.
Lapine grise pluripare.
Opération. — 30 janvier à 2 heures (lin du ie jour après le coït).
Ligatures juxta-utérines sur les deux trompes. Suites opératoires bonnes. — Au bout d'une semaine on commence à sentir des fœtus à la palpa tion.
Autopsie le 9 février (14e jour), à G. Sept fœtus bien développés, à D. Deux seulement.
Conclusions. C'est donc bien avant le 4e jour qu'il faut mettre les ligatures pour empêcher les œufs d'entrer dans la cavité utérine.
Nous avons noté dans ce cas plus de deux corps jaunes à à droite. Peut-être quelques ovules n'étaient-ils pas descendus.
Expérience V. — Double ligature tubaire.
Lapine grise pluripare.
Triple coït 2 février à 3 heures.
Opération le 5 (fin du 3e jour).
Ligature juxta-utérine des deux trompes.
Autopsie. — (Mort par ingestion d'alcool) 18 février.
Les ligatures sont intactes, pas d'adhérences ; aucune trace de développement du fœtus dans les trompes. La circulation semble plus tôt activée dans le 1/3 interne. Volume normal de toutes les parties de l'appareil génital.
Dans le liquide qu'on extrait des trompes par expression, on ne trouve que des débris épithéliaux et des granulations.
Les ovaires présentent des corps jaunes (3 a G., 4 à D.).
Conclusions. Les œufs fécondés, arrêtés dans la trompe, (ils y étaient parvenus puisque nous sommes àlafindu 3e jour), ne se sont pas développés. La recherche des ovules a été faite trop tard probablement, ils y étaient déjà résorbés.
Expérience VI. — Ligature sur la corne utérine et sur la trompe.
Lapine blanche multipare.
Coït le 13 mars à 2 heures.
Opération le 15 à 3 heures. Ligature à la soie fine sur la corne utérine gauche à 2 cent. 1/2 de son extrémité tubaire. A droite ligature juxta-utérine sur la trompe, légèrement meurtrie ensuite avec une pince hémostatique sur une longueur de 2 centimètres.
Autopsie le 6 avril,
à G. 1 embryon (long, de 3 cent, environ).
à D. On voit nettement la ligature à la soie ; pas d'inflammation sur la trompe au niveau de la meurtrissure ; elle paraît plus tôt un peu atrophiée.
Conclusions. Une ligature portant sur l'utérus à une certaine distance de la trompe n'a pas empêché un ovule de venir s'y greffer.
Expérience VII. — Ligature stir la corne utérine et sur la trompe.
Lapine blanche et grise, multipare. Coït le 14 mars à 10 heures. Opération le 15 à 3 heures.
à G. Ligature sur la corne utérine à 2 centimètres de l'extrémité tubaire.
à D. Ligature sur la trompe, juxta-utérine. Au-dessus elle est violemment meurtrie avec une pince hémostatique. Autopsie le 7 avril (Mort par hémorrhagie).
à G. La ligature sépare deux embryons, celui du bas, normal ; celui du dessus plus petit.
à D. Adhérences péritonéales solides au niveau de la trompe meurtrie. Celle-ci présente 3 dilatations kystiques transparentes, immédiatement au-dessus de la ligature.
Ces dernières ont été examinées avec soin, au microscope. Leur contenu était purement séreux, et elles provenaient vraisemblablement du traumatisme tubaire.
Nous en avons rencontré de semblables dans quelques autres expériences.
Conclusions. Ce fait qu'un embryon au moins était déjà dans l'utérus est en désaccord avec les principes de physiologie admis par les auteurs. L'opération ayant eu lieu 30 heures environ après le coït, les œufs devaient être à ce moment dans la trompe.
Expérience VIII. — Traumatisme. — Résection.
Lapine blanche, coït le 21 février.
Opération le 23. à D. Trompe dilacérée.
à G. Résection de 1 centimètre, sans ligature. Autopsie. — 9 mars.
Ascite légère. Quelques rares et minces adhérences à la face postérieure de la vessie. L'utérus n'offre rien de particulier. Les deux extrémités tubaires sectionnées sont atrophiées et oblitérées (une injection poussée avec une seringue de Pravaz ne passe pas).
Pas de corps jaunes sur les ovaires.
Conclusions. Difficiles à formuler à cause de cette dernière considération. Peut-être n'y a-t-il pas eu, malgré le rut, de ponte ovulaire.
Expérience IX. — Traumatisme et ligature.
Lapine blanche et noire, primipare. Coït, 21 février à midi. Opération. — Utérus très petit.
à G. Ligature sur la corne utérine à 5 millimètres de son extrémité tubaire.
à D. Trompe meurtrie par places dans son tiers interne, avec une pince à dents de souris.
Autopsie. — 9 mars.
à D. Ovaire libre présentant des corps jaunes.
Trompe d'apparence normale sauf dans la zone traumatisée, où l'on voit quelques kystes gros comme des grains de groseille.
L'utérus présente ses deux cornes remarquablement hypertrophiées (utérus de multipare).
à G. Tout est normal sauf au niveau de la ligature ou le moignon utérin forme une petite masse grosse comme une lentille, d'apparence charnue.
Conclusions. Un seul point intéressant est à noter, c'est l'hypertrophie de l'utérus malgré l'absence de développement embryonnaire. Le petit moignon utérin laissé en connexion avec la trompe n'a pas suffi à provoquer la fixation d'un ovule.
Expérience X. — Ouverture tubaire. — Traumatisme.
Lapine grise. Coït quelques heures après le part (23 février). Opération le 24.
Cornes utérines volumineuses. Vascularisation intense.
à D. Trompe fendue sur une longueur de 2 centimètres sans ligature.
à G. 3 pinces hémostatiques sur la trompe (probablement rompue).
Le 16 mars la plaie est complètement cicatrisée. La palpation facile de l'abdomen ne révélant pas de grossesse, elle est remise en présence du mâle. Coïts nombreux.
Autopsie le 9 avril.
à D. 7 fœtus normalement développés dans la corne utérine. La trompe paraît plus tôt atrophiée au niveau de la section.
à G. Pas de fœtus, la corne utérine est très développée (de la grosseur de l'index).
La trompe présente, près de l'extrémité utérine 4 kystes de grosseur inégale, variant du volume d'un pois à celui d'un haricot.
Conclusions. L'ouverture de la trompe a empêché, dans la première partie de l'expérience, les ovules fécondés de gagner l'utérus.
Mais, après cicatrisation, elle a gardé sa perméabilité. A noter encore ici l'hypertrophie sympathique de la corne utérine gauche.
Expérience XI. — Section tubaire.
Lapine blanche et grise. Coïts répétés le 21 février. Opération le 22 à 2 heures.
Trompe gauche coupée. Ligature sur le moignon utérin. Corne droite liée à 5 millimètres de son abouchement. Autopsie. — (Mort par pneumothorax simple), 8 mars. Pas d'adhérences au niveau de la plaie abdominale, les fds sont cachés sous une couche de fausses membranes qui déjà semblent organisées. Nombreux échinocoques sur les intestins, l'épiploon, etc. L'utérus a l'aspect normal.
Des deux côtés les trompes sont atrophiées, flétris. Il semble plus tôt qu'on ait pratiqué une résection, qu'une section pure et simple. Aucune trace de développement embryonnaire.
Sur les deux ovaires nombreux corps jaunes.
Conclusions. Il est infiniment probable que dans ce cas encore il y a eu fécondation.
Du côté de la section, les œufs restés dans la trompe, ou tombés dans le péritoine ne se sont pas développés.
Du côté de la ligature aucun ovule n'est venu se greffer sur le petit moignon utérin.
Expérience XII. — Trompe fendue. — Epithélium lésé.
Lapine noire. Coït le 15 mars à 2 heures. Opération. — 16 mars à 3 heures.
à D. Trompe fendue sur 1 centimètre et epithélium raclé avec un scalpel.
à G. Ligature sur la corne utérine à un travers de doigt de son extrémité.
Taintuiuek 4
Autopsie (le 9 avril). Mort par piqûre du bulbe.
à D. Dans la corne utérine 2 fœtus normalement développés. La trompe parait légèrement atrophiée. Elle est encore perméable.
à G. Quelques adhérences. La ligature est intacte. Au-dessus la corne utérine est renflée ainsi que la trompe, les 2 organes offrent respectivement le volume du petit doigt et d'un crayon. Leur point de jonction est rétréci.
Ces deux poches sont ouvertes : elles ne contiennent qu'un liquide séreux à peu près limpide.
Nulle part nous ne trouvons la trace de développement embryonnaire.
Conclusions. Le passage des œufs après l'altération de la trompe, offre le principal intérêt de cette observation. Nous ne saurions dire en effet pourquoi dans l'extrémité de la corne gauche aucun embryon ne s'est greffé, et pourquoi elle est devenue kystique ainsi que la trompe.
Expérience XIII. — Ligature sur la trompe et le col utérin.
Primipare. — Coïts répétés le 12 juin.
Opération le 13. Ligature tubaire à gauche.
A droite, ligature sur le col utérin.
Autopsie (le 6U jour). L'utérus dans ses 2 cornes est très hypertrophié. Il semble plus gros à gauche et contient effectivement une quantité assez notable de sérosité, qui s'écoule brusquement au moment où nous ouvrons l'organe. Nous cherchons vainement des ovules fécondés déjà greffés sur la muqueuse.
A droite la trompe est enlevée avec soin. Les œufs y sont cherchés par la méthode et sur les indications du D' Rœtterer. Nous en trouvons trois. Ils sont petits et granuleux, à contours peu nets.
• Conclusions. Il est probable, si l'autopsie avait été faite plus tard, qu'ici encore nous aurions eu grossesse normale à
droite, et qu'à gauche il eut été impossible de retrouver trace d'ovules.
Expérience XIV. — Obstruction lubaire.
Primipare. — Coïts le 14 juin.
. Opération le 15.
à G. La trompe est légèrement fendue pour permettre l'introduction, dans sa lumière, de deux crins de Florence accolés, qu'on fait ressortir par une contre ouverture 2 centimètres plus haut.
Les extrémités des deux crins sont coupées contre l'organe.
à D. la trompe et l'utérus sont laissés intacts.
Autopsie le 26.
à G. Quelques adhérences intestinales au niveau de la trompe, qui contient les crins. Ni au-dessus ni au bas il n'y a de foetus développé, à D. Quatre fœtus normaux.
Conclusions. Un corps étranger placé dans la trompe a empêché la descente des ovules fécondés qui se sont résorbés sur place.
Expérience XV. — Altération épithéliale (agent mécanique). Multipare. Coït le 17 mai.
Opération le 18. Une petite ouverture est faite à la trompe gauche. On y introduit un fil d'argent recourbé sur lui-même pour qu'il pénètre facilement, et sur lequel de légers coups de scalpel, donnés obliquement, ont produit sur toute la surface, des barbes coupantes.
L'épithélium tubaire est ainsi détruit facilement à gauche d'abord, puis à droite.
Autopsie le 26.
Deux embryons se sont développés à droite.
Conclusions. L'altération épithéliale, moins profonde probablement à droite qu'à gauche, n'a pas empêché cependant aux œufs fécondés d'arriver, de ce côté du moins, dans l'utérus.
Expérience XVI. — Altération épithéliak (agent chimique).
Lapine blanche multipare.
Coïts le 22 mai.
Opération le 23.
à G. Nous essayons de faire pénétrer dans la trompe quelques gouttes de nitrate d'argent à 1 0/0. L'introduction même de l'aiguille de la seringue de Pravaz n'est pas sans difficulté.
Nous en injectons une goutte, puis la trompe est légèrement malaxée, et nous neutralisons le nitrate d'argent par une solution saline poussée avec force et qui distend les parois de la trompe.
Autopsie le 10 juin. Pas d'embryons à gauche.
A droite 7 foetus.
Conclusions . La trompe , restée cependant perméable , contenait probablement encore des agents chimiques qui ont détruit les ovules ; à moins que le boursouflement de la muqueuse enflammée n'ait momentanément provoqué l'oblitération tubaire.
Expérience XVII (cf. XV et XVI).
Nous avons dans cette expérience reproduit les altérations signalées dans les deux précédentes expériences.
A gauche altération mécanique, à droite altération par un caustique, de l'épithélium tubaire.
L'autopsie de l'animal, pratiquée 12 jours après, nous a montré qu'il n'y avait pas de gestation.
Conclusions. Conformes aux précédentes : Il y avait eu obstruction tubaire, partielle ou complète. Et cependant malgré la fécondation probable, pas de développement ectopique.
Expérience XVIII. — Variante de l'expérience de Bruzzi. Résultat
négatif.
Pas de coït préalable.
Opération (24 juin). — Nous essayons de détacher la trompe gauche, mais cela devient impossible en arrivant vers l'ovaire qu'elle contourne. Nous en excisons alors 3 centimères environ sans ligatures.
A droite, ligature sur le col utérin.
Nous voulions voir si les spermatozoïdes, pénétrant dans l'abdomen par la trompe restée perméable, iraient féconder les ovules des deux côtés.
Le 27 juin, coïts répétés.
Autopsie le 5 juillet. — Pas de trace de développement embryonnaire bien que l'utérus soit hypertrophié. — Nombreux corps jaunes sur l'ovaire.
Conclusions. Il est probable que la trompe n'est pas restée perméable jusqu'au moment du coït. Le jour de l'autopsie elle ne l'est plus.
Enfin nous terminerons par l'expérience suivante où nous avons réussi à obtenir une greffe sur une portion d'utérus ouverte et isolée dans la cavité abdominale.
Expérience XIX.
Lapine multipare, coït le 18 novembre.
Opération le lendemain (14 heures environ après le coït).
La corne utérine gauche est meurtrie fortement à 2 travers de doigt de son extrémité tubaire. La portion située au-dessus de cette région traumatisée est ouverte sur toute sa longueur du côté opposé au mœsométrium. Cette section ne donne lieu à aucune hémorrhagie (Cf. dans l'hystérectomie par le procédé Quénu-Muller).
Cette sorte de gouttière formée par l'utérus ainsi sectionné longitu-
dinal'ement est repliée de façon à adosser à elle-même sa face mœsométriale et elle est maintenue dans cette position par 4 fils placés latéralement.
L'utérus est réduit, la plaie abdominale fermée.
La trompe gauche (qui à ce moment devrait contenir des spermatozoïdes) débouche ainsi sur la surface muqueuse de l'utérus, libre en quelque sorte dans la cavité abdominale.
Nous voulions savoir si dans ces conditions les ovules fécondés viendraient se greffer sur cette portion de muqueuse utérine.
Autopsie, — L'animal sacrifié 14 jours après, présentait 4 embryons du côté droit.
Du côté gauche, au niveau de la région opérée, quelques légères adhérences intestinales. On aperçoit une sorte de tumeur d'aspect framboisé de la grosseur d'une petite noix.
Ouverte, elle contenait un seul embryon, plus petit que ceux du côté sain, mais bien conformé.
Le tissu qui l'entourait n'était autre, ainsi qu'il a été facile de le voir au simple aspect macroscopique, que la muqueuse utérine qui avait proliféré et avait recouvert l'œuf dans sa totalité. La paroi musculaire de l'utérus, maintenue par la ligature formait la base de ce kyste fœtal.
Nous n'avons pas procédé à l'examen microscopique de celte pièce. Il nous suffisait de savoir que l'œuf fécondé, amené en dehors de l'utérus normal avait trouvé, sur la muqueuse utérine-ectopiée, un terrain favorable à sa fixation.
Il eût été intéressant, cependant, de savoir si cette évolution anormale aurait été jusqu'au bout de la grossesse et quels accidents auraient résulté de l'impossibilité où était l'animal d'expulser ce produit de conception.
De ces expériences et des résultats de Bruzzi et de Lalaste nous pouvons conclure :
1° Que l'œuf fécondé artificiellement sur l'ovaire môme n'en continue pas moins vers l'utérus sa migration normale et physiologique.
2° Que l'intégrité de la trompe n'est pas absolument nécessaire pour que cette migration ait lieu (migr. ext. de l'ovule— altérations épithéliales — section, etc., de la trompe).
3° Que l'œuf fécondé, arrêté dans sa marche vers l'utérus par une ligature jetée sur la trompe saine, ou tombé dans la cavité péritonéale saine, n'y trouve pas les conditions nécessaires à son développement.