‹ Étiologie Des Occlusions IntestinalesChapitre 9 sur 15 · IIL — OCCLUSIONS DUES À LA PRÉSENCE D'UN ÉLÉMENT ÉTRANGER · texte numérisé non relu

IIL — OCCLUSIONS DUES À LA PRÉSENCE D'UN ÉLÉMENT ÉTRANGER

Les éléments qui portent ainsi obstacle au cours des matières alvines sont :

r” Les corps étrangers cheminant dans l'intestin ;

2° Les concrétions inteslinales, assez rares chez l'homme ;

3° Les vers intestinaur ;

4° Les concrétions provenant d’un organe abdominal ;

5° Les gaz ;

6° Les calculs intestinaux et les égagropiles, au point de vue vétérinaire et sur lesquels nous nous étendrons plus

particulièrement.

1° On sait que parfois un corps étranger, un noyau, une arête, un morceau de bois, un bouchon, une balle de plomb... un calcul intestinal et même biliaire deviennent la cause accidentelle de l’accumulation des matières stercorales.

Les chiens sont particulièrement les victimes d’occlusions intestinales par corps étrangers. Personnellement nous avons rencontré, en clientèle, d'assez nombreux cas d’occlusion, aussi nombreux que variés (par des pierres ou des bouchons sur des chiens que l’on fait jouer ‘1) ———

(1) Drouin, ancien chef des travaux d'Alfort. 9 janvier 1896, Bul, Soc. C. de Méd Vét,

—— occlusion par des mèches de chanvre ingérées au Mmoment des pansements de chevaux blessés — ou encore par des débris de peaux de lapins sur les chiens de brocanteurs..….). Quelquefois ces occlusions sont passagères et l'expulsion du corps étranger se fait assez aisément ; mais la coudure du cœcum en forme de cornue, chez le chien, provoque parfois un arrêt définitif des matières et les phénomènes ictériques, presque toujours mortels, appa-

raissent.

Qu'il nous soit permis de raconter ici le cas suivant

Obs. 6. (Personnelle). — Un propriétaire, meneur de bestiaux aux aballoirs, nous présente un jour le cadavre d'un chien qu'il avait ouvert lui-même aux fins d’aulopsie; et, en même temps que le cadavre il nous présente ce qu'il pensait être la cause de la mort de l'animal. « Mon chien est mort pour avoir avalé un serpent, nous dit-il, Lenez voici la tête et la langue ». Il s'agissait simplement d'un chien à jaunisse dont la putréfaction avancée ne nous permit pas de faire une autopsie minulicuse. La cause de cette maladie était bien, due, en effet, à une obliléralion du cœcum par ce que le propriétaire appelait un serpent el qui, en réalilé, n'étail autre qu'une verge de bélier; ce qu'il avail pris pour la lêle, était le gland de cet organe, et, pour la langue, la prolongation du canal de l'urètre en un appendice vermiforme de 3-4 cm. au-delà de la partie inférieure du gland.

Nichoux à vu un chien qui, pendant 12 ans, porta dans l'estomac une pièce de 5 francs. Cadiot a observé un chien, avaleur de toupies, qui en conserva deux dans l'estomac pendant 11 mois sans témoigner aucun malaise : l’une de ces toupies finit par s'engager dans le duodénum, s'V enclava, détermina des troubles graves d’occlusion com-

plète et la mort survint.

Taskin (de Paris) a publié plusieurs observations rela-

tant fa présence de corps étrangers dans l'appareil digestif

du chien et le diagnostic par la radioscopie fut des plus “précis.

2° Les concrétions inteslinales ou bézoards humains sont assez rares. Il ne faut pas confondre avec elles les fécés durcis qu'on rencontre chez les vieillards. La constipation est la cause de cette altération des matières alvines ; elle tient aussi à l’inertie des fibres musculaires des tuniques intestinales et aux maladies organiques qui occupent la fosse iliaque (le rectum, la prostate, le col de la vessie). Il faut, dans ce cas, se garder de prendre la constipation et l'accumulation des matières pour la cause première

d’oblitération.

a) Lingots slercoraux. — Dans le cas d’obstruction intestinale, on trouve parfois dans le rectum des scories stercorales amorphes, dures, plus ou moins enrobées de mucus : tantôt aplaties en forme de galette, tantôt muriformes ou pralinées, ou encore comparables à des lingots ou à d'énormes pépites (lingots stercoraux). Ces scories s’observent dans le calcul plutôt que dans la coprostase, bien que la forme en galette puisse s’observer dans la stase stercorale lorsqu'une anse vient s'appliquer contre la face interne ou la branche montant de l’iléum. Les crottins en galette ou laminés se rencontrent dans les rétrécissements et les compressions. « Ils sont moins éloquents que Îles sewrégats d'egagropiles dont Ia constatation de FPexistence dans le rectum est un signe de certitude non seulement

d’obstruction intestinale mais encore d’egagropile.

&) Coprostase. — La définition est presque superflue ; la dénomination du syndrome indiquant qu'il s’agit d'un

temps d'arrêt au cours de Ja progression du contenu du

{tube intestinal dans les parties postérieures de l'appareil digestif. L'arrêt des matières stercorales peut être dû : au défaut de voltage intestinal (parésie d’origine nerveuse) ou à l'excès d'infiux (coliques nerveuses, spasmes segmentaires, aortile abdominale, sables, vers...), à la parésie sénile, à l’inflammation de l'intestin (loi de Stockes), à la myosite des muscles de la paroi abdominale, à la présence d'un obstacle : rétrécissement intestinal, compression par cancer, mélanose ou abcès, à la déshydratation excessive des matières (sudations abondantes, insuffisance d'abreuvement), au sédentarisme, à des troubles stomacaux (hyperchlorhydrie) ou à des troubles hépatiques, à la nalure des aliments, voire même à des affections dentaires qui, ainsi que le fait remarquer P.-J. Cadiot, peuvent occasionner, chez les vieux animaux surtout, de l’obstruction du gros intestin, en particulier lobstruction cœcale, etc., etc.

Chez le chien, la coprostase peut être causée par des corps étrangers et quelquefois par la tuméfaction des glandes anales ou par le feutrage de poils agglutinés qui compriment l'anus et empêchent la sortie des matières (fausse constipation). Dans l’âge avancé elle est, en nombre de cas, une conséquence de l’affaiblissement de la contractilité de l'intestin ou encore, chez le mâle. de l’hypertrophie de la prostate. Pour peu que la constipation se prolonge, les matières deviennent dures, se tassent dans le gros intestin et le rectum, formant le bol fœcal, volumineux, d'une dureté pierreuse. Si la libre circulation des matières tarde à se rétablir, on voit surgir alors les troubles de l’occlusion intestinale aiguë.

Le sédentarisme ou stabulation prolongée offre les

inconvénients résultant du défaut d'exercice : «on digère

autant avec ses jambes qu'avec son estomac », disait M. Chomel. — « Celui qui mange beaucoup ne peut jouir de la santé qu'en usant par le travail de ses muscles ce qu'il a absorbé de nourriture. » (Hippocrate.) — Le sédentarisme pousse à la constipation, au bouchage intestinal, à l’auto-intoxication, à l’anorexie, aux maladies par ralen-

tissement de la nutrition, etc., etc.

3° Les vers int?stinaux. — Ce sont les ankylostomes, les ascarides, les strongles, les tœnia, les uncinaires.…, quelquefois même les associations les plus hétéroclites de tous ces vers ; que ce soit en médecine humaine ou en vétérinaire, ces vers peuvent être des causes très actives d’occlusion intestinale.

On sait, notamment, que les ascaris, chez les enfants et les jeunes animaux (poulains et chiots), se réunissent en nombre parfois assez considérable, sous forme de pelotes plus ou moins volumineuses résultant d’une sorte d’agglutination de ces parasites dans l’iléon ou les colons, déterminant tous les symptômes d’une occlusion dont l'issue est quelquefois heureuse, quelquefois fatale (x).

Les tœnia agissent rarement de la même manière chez l'homme, mais, en vétérinaire, chez le chien notamment,

où le tœnia ne vit jamais seul, mais en société, il

(x) Nous avons constaté sur des chiens des cas d'obstruction intestinale des plus bizarres par des ascaris dont la curiosité est manifeste. C'est ainsi que sur le cadavre d’un jeune fox-terrier ayant avalé un bouton de culotte, des ascaris étaient venus se faufiler à travers les trous de ce bouton pour former une véritable pelote obstruatrice.

Un cas semblable à été relaté par M. Trasboh sur un chien ayant avalé une épingle à bigoudis, autour de laquelle des ascaris avaient fait un véritable enchevêtrement.

ù Lr 32 3C@ peut se produire de véritables bouchons obstruant Îintes-

tin et leur expulsion est longue et difficile.

Obs. 7. -— M. le Professeur Henry, de l'Ecole d’Alfort, rapporte dans le « Bullelin de la Société Centrale de médecine vétérinaire » en date du 8 juillet 1909, le cas d'un chien de chasse âgé de deux ans présentant des troubles intestinaux graves : inappétence, vomissements, constipation, et qui mourut deux jours après l'apparition des premiers symptômes. L'autopsie montra une obstruction de l'iléon avec congestion et grande friabilité des parois intestinales. La cause de cette obstruction fut une pelote formée par l’enchevêtrement d’un grand nombre de « Tæœnia cœnurus » et le professeur Henry conclut en disant : cette observation est d’une grande rareté; les cestodes, si fréquents chez le chien n'ont pas encore été signalés comme cause directe de l’obstruction de l'intestin. »

Obs. 8. M. Bazin, vétérinaire, signale un cas de coccidiose avec invaginalion du colon flottant, chez une génisse de quatorze mois morte en 24 heures; invaginalion siluée exactement à 6o cm. de l'extrémité de la portion droite qui se termine par le rectum et l’auteur conclut en disant que l’aulopsie n'apporta d'autre résultat que la découverte de quelques lésions récentes des dernières parties du gros intestin, provoquées par le « coccidium bovis » trouvé à l’exa-

imen microscopique. Les différents cylindres engaînés par l’invagination étaient déjà gangrénés. La coccidiose par exagération du péristallisme intestinal a-t-elle été le point de départ de l’invagination ? c'est probable : ou peut-être y a-t-il eu simple coïncidence avec l'apparition des coliques d’invagination sur une bête à coccidiose ! En Lout cas le fait est intéressant à signaler.

D'autre part, le docteur Roger, dans son ouvrage sur « les coliques du cheval », écrit ce qui suit : « Les ascarides sont susceptibles de déterminer des spasmes de l'intestin grêle, des obstructions et des perforations intestinales. Les œstres créent non seulement la gastrite parasitaire aboutissant à Pinsuffisance stomacale, mais encore des troubles gasiro-intestinaux. Nous avons vu deux cas de coudure du duodénum imputables à des œstres. » (Roger, Coliques du cheval. Prix Pangoué, p. 138.)

4° Les concrélions biliaires et celles qui sont contenues dans les reins, l’uretère, la vessie peuvent se frayer une route jusque dans l'intestin. Certains auteurs, anciens, rapportent plusieurs faits curieux de ce genre, notamment celui d'un caleul cystique qui aurait atteint 5 cm. de diamere.

Dans la majorité des cas, la migration du calcul de l'appareil biliaire, accessoire vers l'intestin, s'effectue par effraction au milieu d'un foyer d’adhérentes et c'est naturellement le duodénum, l'élément le plus voisin qui reçoit alors le calcul. Le calcul pénétrant dans l'intestin va migrer; s'il est de petit volume, il est expulsé; s'il est de gros volume il s'arrête au niveau d’un point où le diamètre de la lumière intestinale diminue. C’est pour celte raison que l'arrêt du calcul s'effectue le plus souvent dans la partie terminale de l’iléon (6 fois dans les 7 cas de Wortmann pour 1 seule fois dans le jujunum).

M. Cauchemez à offert au laboratoire de M. Moussu, à l'Ecole d'Alfort, un calcul de teinte jaunâtre, de forme ovoïde, du poids de 30 gr. trouvé dans Ja vésicule biliaire d'un porc et dont l’analvse indique la présence presque exclusive de pigments biliaires, d’acides biliaires, de lipoïdes

(lécithines) mais la cholestirine n'a pu être décelée.

5° Les gaz développés dans l'intestin et incapables d’en sortir par les voies ordinaires peuvent-ils devenir une cause d'oblitération intestinale ? En réalité, lorsqu'il existe un rétrécissement où tout autre obstacle à la libre circulation des gaz, ceux-ci ne jouent qu'un rôle secondaire; mais quand on ne trouve aucune lésion des parois du tube digestif on peut attribuer au spasme et à la compression que

les anses intestinales opèrent les unes-sur les autres, une cer-

taine part dans la production des symptômes d'occlusion.

Le tympanisme ou météorisme est bien connu chez nos animaux domestiques; les ponctions du cœcum et de rumen sont couramment faites par les praticiens.

À ce point de vue il est toujours utile de demander à quel moment un animal « se ballonne ». On sait, en effet, que chez le cheval. tout au moins, un ballonnement précoce coïncide toujours avec une indigestion intestinale tandis qu'un ballonnement tardif coïncide toujours avec une indigestion stomacale et de cette constatation découlera tout le trailement à instituer.

Le météorisme est particulièrement fréquent chez les ruminants (gros ou petits) mis aux pâturages, ils demandent alors une surveillance attentive, notamment le mouton et des vieux bergers, rares aujourd'hui, pratiquent empiriquement des ponctions salutaires. Le tympanisme est plus rare chez les chevaux en liberté.

Pourtant cet accident peut être d’origine alimentaire, à l'écurie, et il se produit particulièrement dans notre clientèle sur les chevaux des graissiers et nourrisseurs qui nourrissent leurs bêtes avec beaucoup de pain sec, quelquefois moisi (1). Ce pain sec, une fois ingéré, se gonfle aux dépens de l’eau d’abreuvement notamment : il en résulte la formation de véritables bouchons alimentaires et la fermentation des matières fécales qui ne peuvent suivre leur libre cours.

Nous avons eu maintes fois en traitement dans notre infir-

(1) M. Henry, d'Alfort, signale également dans ce même ordre d'idées des cas d'obstruction intestinale, ayant entraîné la mort de nombreux sujets sur un seul effectif de chiens de meute, dans la région de l'Est. Ces animaux étaient nourris abondamment avec des pâtées de pain et de pommes de terre. Le traitement et le régime nutritif institué par M. Henry ont eu raison de ces accidents.

ho

merie des chevaux de propriétaires exerçant ce genre le métier; ces chevaux sont restés littéralement « bouchés » pendant 4-5 jours malgré le traitement.

Nous signalons ici, une certaine observation (1909), de dilatation ventriculaire de l'iléon chez le cheval, consécutive aux fermentations gazeuses. Sous l'influence de ces formations gazeuses se produisant dans le cœcum il v aurait occlusion mécanique de l’orifice iléo-cœcal, arrêtant Ia progression des aliments dans l'intestin grêle. Pour vaincre cet obstacle, l’iléon se trouverait donc obligé de produire. un effort de péristaltisme plus puissant et cet hyper-fonctionnement souvent répété finirait par entraîner, à la longue, l’hvpertrophie de la tunique musculeuse, d'où la formation du « leiomyôme diffus » de l’iléon et de la sténose consécutive. La tunique musculeuse, considérablement épaissie, ne se laisserait alors plus distendre et les aliments tassés, dans un conduit rétréci par une poussée musculaire accrue, exerceraient sur Ja muqueuse plissée et mobile une pression qui arriverait à faire évaginer celle-ci à travers les endroits de moindre résistance que la tunique musculaire offre au niveau des points où les vaisseaux sanguins

la traversent.

6° Les calculs intestinaux que nous allons examiner plus spécialement et qui se rencontrent exclusivement chez nos /

solipèdes.

Calculs intestinaux

Ce sont des concrétions pierreuses accidentelles qui se forment, en général, dans le gros colon ou le colon flottant, quelquefois dans le cœcum, aux dépens des sels charriés dans les liquides de lorganisme.

Ces calcuis sont excessivement variables :

1° de forme : Lantôt lisses, arrondis, parfaitement polis, d'autres fois mamelonnés, hérissés à leur surface ou plus ou moins déprimés, au cours de leur formation, par la com-

pression des bandes charnues intestinales.

2° de poids : depuis quelques grammes jusqu'à plusieurs kilogs. Moston en cite de 12 kilogs.

3° de voluine : certains ont les dimensions d’un œuf de pigeon, d’autres atieignent celle de la tête d’un homme.

4° de quanlilé : parfois il n'y a qu'un seul calcul; mais il n'est pas rare d'en trouver toute une série, se taillant alors en facettes par frottements réciproques. Quelquefois même ils sont nettement individuels et agissent séparément les uns des autres. Le docteur Roger nous cite notamment un cas de calculose multiple où 3 calculs s’échelonnaient à différents points du gros colon :

Le 1° calcul siégeait à la portion terminale du gros colon :;

Le »° à la réunion de la troisième et quatrième portion;

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