‹ Étiologie et pathogénie de la fièvre jaune [electronic resource]Chapitre 19 sur 27 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

iY. L., âgé de 35 ans, Espagnol; poids kilog. 61.

12 novembre iS9Q, S h. 20 s., température axillairc37o,3. Injection intraveineuse, dans la veine céphalique du bras gauche de 5 c. c. de culture filtrée et stérilisée avec de l'aldéhyde formique.

Peu après l'injeclion, le patient se plaint de malaise général, se trouve anéanti, et est obligé de se mettre au lit.

On lui donne à boire une tasse de lait, mais les phénomènes d'intolérance gastrique se manifestent avec une telle intensité que non seulement le lait est in:médiatement rejeté, mais les nausées et le vomito incoercible commencent.

A 8 heures du soir, la température est très élevée, atteignant le maximum de toute la période fébrile 4io,2, et le malade commence à se plaindre d'une intense céphalalgie, surtout à la région frontale, d'une grande anxiété épigastrique, de rachialgie, de douleurs musculaires et articulaires, avec des irradiations lancinantes vers les membres inférieurs.

A cette période, le malade est en pioie à une violente agitation générale, qui lui arrache des plaintes continuelles.

Il se manifeste en même temps une congestion générale, étendue à toute la surface cutanée, qui est brûlante et sèche. Cette congestion est intense, surtout à la figure et aux conjonctives, ce qui fait paraître les yeux rouges, humides et brillants; les pupilles sont dilatées, le regard est vague et inconscient, et l'ensemble du tableau donne à la physionomie du patient l'aspect d'un homme ivre.

13 novembre. — A 8 heures du matin, la'température axillaire est de 39", 2, et les imposants symptômes généraux de la veille, surtout les douleurs, ont diminué un peu.

Cependant Vinsomnie a persisté toute la nuit et la diarrhée est survenue ; les déjections, peu abondantes, sont tout à fait liquides et extrêmement fétides, présentant une couleur jaunâtre, semblable à celle des déjections des enfants à la mamelle.

La langue est saburrale dans son milieu et fortement rouge sur les bords. Le pouls est faible mais régulier. A midi, la température est montée à40o.

La diurèse diminue considérablement et les urines présentent une teinte très foncée. L'examen démontre la présence de l'albumine, mais l'absence "des pigments biliaires.

Celle diurèse a diminué progressivement pendant toute la journée, et, à 4 heures de l'après-midi, on peut à peine obtenir une quantité d'urine suffisante pour l'analyse, qui révèle encore une grande quantité d'albumine et l'absence de pigments biliaires.

A 5 heures s., la température est toujours à 40", et l'état général s'aggrave visiblement.

Les douleurs reparaissent, plus intenses qu'auparavent, et le malade présente à chaque instant des accès de délire.

Il peut à peine repondre à nos questions et il signale avec insistance les régions épigastrique, lombaire et frontale comme les sièges principaux des douleurs.

La plus légère pression au niveau de ces régions arrache au patient de vives plaintes.

Les vomissements bilieux se répèlent toujours; leur fréquence est plus grande. A 7 heures s., tout le corps est pris d'un violent tremblement; ïanurie est complète et la surface du corps commence à présenter une coloration sub-ictérique, appréciable surtout dans la région des mâchoires. Les pupilles se contractent peu à peu et, vers le soir, des accès de dyspnée apparaissent.

Les actes respiratoires sont courts, incomplets et précipités (40 resp. par minute).

Il y a désaccord entre le pouls et la température, qui est encore à 40°, tandis que le premier est presque imperceptible et rare.

Pendant la nuit, l'état s'est aggravé : l'insomnie et Vanurie ont été complètes ; les vomissements et la diarrhée ont aussi continué presque sans interruption.

14 novembre. Vers la pointe du jour, le patient est complètement accablé et sa température est de 38o,4.

Je pratique aseptiquement une petite saignée d'environ 30 c. c. de sang, que je fais coaguler dans des vases stérilisés, pour en recueillir le sérum.

Je pratique, comme dans le cas précédent avec toutes les précautions aseptiques, quelques ponctions exploratrices du foie et des reins, en aspirant des deux viscères de petites quantités de suc, queje m'empresse d'ensemencer sur divers milieux nutritifs et d'examiner au microscope.

A 8 heures m., le patient tombe en collapsus.

La peau se refroidit, les extrémités deviennent cjanoliques, la dyspnée est plus marquée, les pupilles se dilatent de nouveau et le pouls devient imperceptible.

Mais une fois surmontée, cette grave crise, qui dure quelques heures, le malade commence à se sentir un peu mieux, et après quelques jours finit par se rétablir.

Étude du sang. — Les cultures pratiquées sur différents milieux nutritifs restent stériles. La coagulation s'effectue régulièrement et met en liberté environ 15 c. c. de sérum couleur jaune-ôr, très vive. Ce sérum, ajouté aux cultures fraîches du bacille ictéroïde, dans la proportion de 1 : 85, détermine une immobilisation et une agglutination seulement partielles; cepen-. dant, au bout de 10 heures, il se fait une précipitation totale au fond du tube.

Les résultats de l'analyse chimique signalent la présence de I/JO 0/0 d'urée.

Études des sucs hépatiqueet rénal. — Les petites quantités de suc hépa-

(15) sua LA FJÈVRE JAUNE. 687

tique, retirées au moyen d'une forte canule stérilisée, restent absolument stériles dans les cultures, mais l'examen microscopique, avec l'acide osmiquo, démontre une profonde dégénérescence graisseuse de toutes les cellules hépatiques, lesquelles présentent leur protoplasma rempli de gouttes graisseuses de toutes dimensions.

Les cultures pratiquées avec du suc rénal donnèrent pour résultat la présence du coli-bacille en petite quantité.

Page 1